Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Tournez hélices
L’avion décolle
Le moulin tourne
Le chariot roule
Sur hautes tiges
Dégingandées
Les éoliennes
Virent au vent
Échevelées
Désorientées
Elles en perdent
La tête
(réédition)
En hommage à Russalka et à Sabine, merveilleuses conteuses, je reprends ici un poème écrit il y a quelque temps - car on ne peut être toujours inspiré ! Il faut parfois reprendre des oeuvres anciennes dans les tiroirs...
A l'époque j'avais accompagné une classe d'élèves de sixième jusqu'à la médiathèque de la ville, afin d'entendre notre bibliothécaire jeunesse qui avait suivi la formation de conteuse offerte par le CLIO (Conservatoire Contemporain de Littérature Orale, installé en Loir-et-Cher).
Bruno de la Salle, fondateur du CLIO
Elle était devenue spécialiste du genre et avait même aménagé une petite salle à cet effet : entièrement moquettée cette pièce présentait un carré en creux dans le sol, de telle
sorte que tout le monde s'asseyait sur la petite marche, avec elle. En l'occurrence nous étions bien trop nombreux (deux classes et quatre accompagnatrices) si bien que les enfants avaient été
invités à s'asseoir à même le sol, au centre du cercle.
Elle m'avait bluffée, par la technique passionnante qu'elle avait acquise : en effet, dans sa manière de faire, un conte ne se résume pas à un "récit", c'est surtout une prestation orale qui s'apparente au théâtre et presque à la musique - sans le chant, mais avec le rythme.
"Conter", c'est d'abord se camper en tant que personnage ; elle démarrait à la première personne et affirmait rapporter ce qu'elle avait ouï dire - sur le ton bien sûr de la confidence, en se penchant et en parlant bas : "Oui, moi qui... je peux vous dire que..." etc. Et elle terminait surtout ainsi, sur de grands sous-entendus ramenant à la réalité présente : "... et il court toujours !"
Ensuite, conter, c'est introduire une dimension féérique au moyen de sortes de refrains, d'onomatopées, de petits mots magiques qui reviennent régulièrement, souvent dénués de sens précis mais accompagnés d'un rythme spécifique très rapide ("Et tap, et tap, et tap", ou "et j'me dépêche , et j'me dépêche"...) dans un langage simple mais toujours joli et évocateur, qui petit à petit entraîne l'auditeur dans une bulle de rêve.
Enfin, dernière technique très sensible, associer l'auditoire au récit : "... et
alors, que pensez-vous qu'elle fit ... ?" La voix reste en suspens, le regard interroge les assistants bouche-bée ; et la conteuse ne reprend qu'après avoir recueilli la supposition hésitante
d'un gamin. Sauf que dans le conte apparaissent des répétitions : la même situation se reproduit plusieurs fois... si bien que la question : "... et alors ? " devient si évidente que cette fois
c'est la salle en choeur qui répond ce que fit la jeune héroïne. Hélas ! Au moment même où tout le monde est sûr de la réponse, c'est là que : "Ben non...", fait la conteuse sur un ton désolé ;
c'est là que ça se passe autrement...
C'est en revenant de cette belle prestation que j'ai écrit ce poème en septembre 2006.
Image empruntée au site de la Communauté de communes de Podensac
Le rêve du poète
Ce sont ces feuilles mortes,
Et toutes ces étoiles,
Tous ces nuages
En couleurs dans sa tête
Un peu comme un appel
Du ciel taché d'ouate,
Un peu comme une écharpe
Qui vole au vent
Un peu comme la chanson
Du matelot qui part
En traversant les houles,
Sur l’écume des flots.
Le rêve du conteur
C’est un pays tout blanc
Un pays de chimère
Aux araignées gourmandes,
Aux sorcières déchues,
Où vient le bon Génie
Jouer du tambourin
Sur l’arrière-train des singes
Envolés dans les arbres ;
Ce sont des enfants-rois
Qui écoutent ravis
L’histoire d’une servante
Plus forte qu’une armée !
Quand le conte raconte
Le poète s’endort :
Tout devient plus aisé
Dans un nid de papier.
Tu souris au pommier
Que tes pas ont trouvé,
Et dans le vieux chaudron
T’attend le Fils du Roi !
Raconte-m’en toujours,
Je ne veux plus grandir…
Automne en forêt de Fontainebleau
Peu à peu
l'automne s'étire
apporte sa fraîcheur à nos nuits
et sa douceur à nos jours
Peu à peu
le bois s'engrange
et les roses lancent leur dernier appel
au soleil
Marie immaculée
sourit de son nuage
laissant couler de ses deux mains ouvertes
une lumière d'or
Glissons à pas feutrés
vers le déclin des jours
Rêvons les yeux fermés
d'un univers meilleur
Écoutons le 1er mouvement de la sonate pour clarinette et piano de Camille Saint-Saëns, interprété par Maurice Gabaï (clarinette) et Annie d'Arco (piano).
(Ensemble déjà publié le
19 sept. 2007)
Aux éditions Stellamaris vient de paraître mon recueil
Renaître.
Vous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.

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