Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Voici un nouveau poème tiré du recueil publié ci-contre (Renaître, aux éditions Stellamaris), et que je n'avais pas encore édité sur ce blog. Il est extrait de la série "Labyrinthes et Flammes".
Dessin de moi représentant l'Incarnation
Mon cœur s’épanche à flots
Comme la gorge de l’Agneau Pascal
Immolé
C’est entre mes deux bras une blessure étrange
Au grondement profond
Comme l’appel des gouffres refluant de la mer
Au creux des grottes sombres
Écoutez écoutez
N’est-ce pas Dieu qui parle
Comme pour Moïse au désert
Jaillit la Source du Rocher
Quel drôle de langage
Non plus le Verbe mais le Flux
Mais le Sang épanché de la Mort au Calvaire
Et Dieu dit
Mon Enfant
Je ne t’ai pas abandonné
Voici pourquoi je t’ai quitté
C’est pour tirer de toi ton Ame ensevelie
Et qu’elle resplendisse
« Je suis la Vérité et la Voix !
Vois de mes mains l’éclat insoutenable !
Regarde ! Regarde !
Et Me reconnais-tu ?
C’est moi que tu suivis jadis
Par les chemins poudreux,
C’est moi dont tu suivis la Voix,
Fascinée, incrédule.
Car ce que tu voyais,
Ce que tu entendais alors,
Ce n’était pas vraiment la Vérité !
Ce n’était qu’apparence,
Pour les enfants qui ont besoin d’images.
Bientôt tu n’entendis plus rien,
Tu n’aperçus plus rien,
Et tu me crus perdu.
Où est-il donc passé,
Celui qui me promettait tout ?
Disais-tu ; il ne m’a rien laissé !...
Et cependant, écoute !
Écoute cette rumeur,
Écoute cette tempête,
Ouvre tes yeux cachés !
Tu trembles ! Tu ne vois rien,
Parce que tu ne sais pas où il faut regarder.
Ose enfin soulever les voiles de ton cœur,
Là où tu dors depuis toujours,
Dans la paresse de l’animal enfoui…
Tu entendras craquer la mort,
Comme la glace qui dégèle,
Tu entendras gronder la nuit ;
Écoute mon Silence !
Dans cette flamme qui t’aveugle,
Je Suis, Moi, le Ressuscité,
La Voix impérieuse élevée du Silence
Après l’éclatement du monde.
Regarde autour de toi :
Il n’y reste plus rien… Tous t’ont quittée !
Et tu cherches ma Voix,
Tu cherches mon Éclat ?
Mais cette Voix est tienne, et cet Éclat aussi !
Il y a si longtemps que je t’ai tout donné !...
Ah ! Pourquoi ne m’as-tu jamais vu,
Pourquoi as-tu scellé ton corps,
Et banni de ton cœur la mémoire de moi ?
Je suis Ta Vérité, et tu ne peux m’éteindre !
Aussi t’ai-je brisée,
Jetée dans la tourmente et consumée,
Afin qu’en ces décombres tu me reconnaisses
Unique en toi.
Car Je Règne à jamais, et je ne connais point d’obstacle ! »
Oh ! Silencieuse et pure,
Mon âme intacte et neuve
Brillait comme un anneau
Quand la mer reflua…

Ce poème extrait de "Labyrinthes et flammes", fut écrit un jour où, revenant à mon immeuble parisien je trouvai celui-ci en flammes et cerné par les pompiers. Après une demi-journée d'angoisse je retrouvai mes manuscrits (et mes affaires) trempés d'eau mais sans dommage.
Il contient aussi une variation autour du mot "Voix" parce qu'à l'époque j'étudiais le chant et craignais de ne pouvoir me faire entendre, celle-ci étant trop
fragile...
Image tirée du site Ephphata
Donne-moi ta petite main blanche
Où s'enchevêtrent des tiges fleuries de volubilis
Souris de ta petite bouche fine
Qu'égayent des corolles de liserons blancs
Penche ta chevelure précieuse
Entremêlée de glycine follette
Tu n'es qu'une fleur
O petite bien-aimée
Vers laquelle je me penche pour te respirer
De ta robe violette
S'exhale le parfum des gentianes
Et de ton buste blanc
Je ne vois que la forme en lys
Si je souffle vers toi
Pencheras-tu rêveusement sur le côté
Comme au souffle du vent
La fleur de mon jardin
Et si j'attends le soir
Fermeras-tu ta corolle aux rosées de la nuit
Et quand viendra le temps
Tomberas-tu flétrie en poussière à mes pieds
O grâce sois encore
Devant moi gigantesque
Comme le mur de mon jardin
Le paradis c’est tout petit
Sinon où suis-je qui suis-je que devenir
Il n’y a plus de paradis
Aux éditions Stellamaris vient de paraître mon recueil
Renaître.
Vous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.

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