Jeudi 27 octobre 2005
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« Phèdre est une chrétienne à qui la grâce a manqué »
Dans ton sommeil de marbre obscur,
Des mers, des temples, des montagnes,
Des géants aux fronts multiples ;
Et la nuit qui parcourt ses cercles inlassables,
Jambes ailées, bras éclatés,
A pourchasser des sphères indistinctes...
Souriante au milieu des fleurs,
Je suis posée en cœur de lotus,
Trop petite pour être aimée,
Trop frêle pour être aperçue,
Pétale fermement accroché à sa tige
Pour demeurer en toi…
Et j’entends sans relâche ton cœur comme un tambour,
Ta vie qui bat puissante,
Et ton souffle grandit,
Gonfle les siècles à venir,
Bénit les longues hyménées blanches !
Vois-le, ce ridicule petit monstre rampant
Qu’un seul souffle de tes lèvres
Aurait pu ranimer !
Le serpent de l’Apocalypse,
C’est lui, ce mutilé du cœur,
Ce mutilé sans membres, sans pattes,
Sans voix,
Cet enfant avorté !
Et la bouche de l’esclave que l’on traîne à genoux
Par le lourd coller de fer
Sur les pavés mouillés
Hurle à la mort, hurle sans fin :
« La mort est en moi !
Qui comblera le gouffre où fut ravi mon cœur,
Qui me rendra le souffle
De cette vie battante au grand espace !
Autrefois j’ai rêvé de mondes infinis,
Où l’ombre était égale au soleil, où dormir
Était le plus haut vol …
Jamais on ne m’apprit que je serais vaincu ! »
Mais vous,
Jardins-vapeurs de la montagne bleue,
Temples-clameurs de vagues et d’étoffes,
Si de nouveau s’ouvraient vos ombres bienfaisantes,
Nous aurions peut-être une chance
De ne pas mourir tout à fait !…
Et si renaissait l’Océan,
Toi, mon bateau gracile,
Plus léger qu’une fleur de mai,
Tu te nommerais Tempête,
Tu te nommerais Beauté,
Tu te nommerais Je Veux,
Tu te nommerais JE T’AIME…
1977
Ce poème, comme tous ceux de "Labyrinthes et flammes", correspond à une période où je suivais à Paris une "thérapie analytique" dans un
centre médical. A cette époque, j'étais une inconditionnelle de la psychanalyse, et je dois dire que ce "grand réservoir de mythes" qu'est l'Inconscient aura pu au moins me faire écrire de
belles choses...
Cependant, aujourd'hui que l'on dénigre la "Psychanalyse" (du moins celle de Freud), force m'est simultanément de reconnaître, puisque j'en ai enfin le recul, que ce n'est peut-être pas
l'inconscient du patient qui était exhumé, mais plutôt, paradoxalement, celui du thérapeute !
C'est une drôle d'histoire... La "psychanalyse", comme ensuite les "Voies spirituelles" qu'inventa le New Age, était l'Eldorado qui devait nous permettre de trouver enfin la solution à
tous nos maux, l'exhutoire à tous nos questionnements, le remède-miracle à toutes nos difficultés ; comme si, dans la vie, il y avait un moyen
d'échapper à l'échec, à la souffrance, qui sont pourtant l'essence même de notre séjour sur cette planète... Mais il est vrai que n'étant pas trop riche, et ayant été rebutée par les allures
fortement matérialistes de certains thérapeutes à domicile, je m'étais adressée à un centre médical, et donc ne suivais pas la "cure" au sens strict ; et même, le médecin-chef de cet "hôpital de
jour" m'avait confiée à une jeune femme extrêmement guindée, dont l'évidente fragilité se conjuguait à un mutisme obstiné, à une froideur glaciale frisant parfois l'inconscience.
Ne disparut-elle pas durant plusieurs séances en oubliant de me prévenir, tandis que j'apprenais par le portier qu'elle "avait été opérée" ; ne s'exhiba-t-elle pas un matin ostensiblement avec
sous le bras un énorme ouvrage dont le titre, tourné vers moi, me narguait : " l'Effort pour rendre l'autre fou" ? ...Alors que par ailleurs elle conservait toujours le même mutisme obstiné, m'opposant un sourire goguenard si je lui disais : "Mais enfin,
vous n'êtes qu'un masque, j'ai l'impression que vous êtes un piquet et que je suis l'âne qui tourne autour..."
Ne m'annonça-t-elle pas enfin un beau jour : "dans trois semaines, je vous quitte" ; puis " dans deux semaines, je vous quitte"; et enfin :
"c'est la dernière fois que nous nous voyons". Cette dernière fois, comme nous piétinions dans le vide depuis plusieurs mois, je hasardai :" Très bien, et je suppose que si vous partez, vous
serez remplacée ?" C'est là que je découvris que non.
Je m'effondrai. Cette relation n'avait été que vide, que dialogue de sourdes, que questionnements sans réponse, comme si j'avais sonné constamment à une porte qui ne s'était jamais ouverte.
Je tentai de lui adresser un courrier pour obtenir une explication. Celui-ci demeura sans réponse.
Devant mon désespoir mon compagnon interrogea le médecin-chef. Idée constructive au moins, car celui-ci s'insurgea contre ma tortionnaire et lui enjoignit de me répondre. Mais la lettre que je
reçus me consterna, tant elle était faite de phrases vides, de mots dénués de sens... Je me rappelle vaguement ceci : "Est-ce bien à moi que vous vous adressez, et non pas plutôt à "Elle
fantasmée" ?
Quoi ??? Une jeune femme fragile et glacée qu'on me dit malade, et ce n'est pas à elle que je m'adresse ??
Et c'est alors que je connus - toujours grâce au médecin-chef interrogé par mon compagnon, bénis soient-ils ! - que cette pauvre Nicole (c'était son nom), atteinte d'un cancer (lequel ?? Et s'en
est-elle sortie ??), était une ORPHELINE DE MERE......
Et en fait, qui faisait la psychanalyse de l'autre ?? Si vous lisez ce poème, dans lequel face à tant de froideur ( et tous les poèmes de "Labyrinthes et Flammes" en sont là), je poussais des
cris de nouveau-né face à une mère absente ou... décédée (ce qui n'était pas du tout mon histoire, à moi), vous verrez que je ne faisais qu'exprimer... son propre désarroi, à elle.
D'autant plus que j'ai ensuite - grâce au même médecin-chef - trouvé en ville une femme merveilleuse pour reprendre cette thérapie sur un tout autre ton... et je vous assure que mon "inconscient"
a alors changé de figure !! (Et ma vie aussi d'ailleurs, heureusement).
Peut-être suis-je un peu "medium" quelque part, peut-être ai-je une certaine tendance à "éponger" les émotions d'autrui pour les exprimer à ma façon. En tous cas, je me suis au moins toujours
félicitée de ce que j'avais pu écrire sous l'influence de cette relation, que je n'appellerai pas "psychothérapie analytique", mais plutôt "descente aux enfers" ou "ascèse
imprévue"...