Inspiration
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Saint-Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Saint-Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Fin juin j'ai passé une semaine à Saint-Palais-sur-Mer, en Charente Maritime ; plus exactement juste au bord de la plage de Nauzan, à la limite de Vaux-sur-mer en direction de Royan.
Pas de touristes ! Et déjà du beau temps ! Le rêve !
En voici quelques traces... (Toutes les images peuvent être agrandies)
L'entrée de la plage. Personne... Pas de voiture... ni de barrières !
Vue de la plage déserte... Il faisait encore un peu frais.
Du même point vers la droite. Pas de régates ! Personne sur la plage ! (ou presque...)
Au loin, un bateau quitte l'estuaire de la Gironde, dont l'autre rive est visible à l'horizon.
Même vue moins zoomée. Oui, Saint-Palais regarde vers le sud, et on voit bien l'autre versant de l'estuaire, avec la pointe de Grave. C'est d'ailleurs sans doute ce qui y rend les flots si calmes, parce que l'endroit est abrité.
Le petit bateau s'éloigne
Vue vers le versant Vaux-sur-Mer. Ce jour-là il faisait déjà très chaud et la vue est prise tard le soir. La mer était à
son point le plus bas.
Vers le large, encore un gros bateau...
De l'autre côté, la pointe dont on fait le tour par une ravissante promenade de corniche.
En voici un aperçu, pris sous une chaleur accablante...
Laissons le bateau s'éloigner, et allons dîner sur la digue !
Bon appétit !
Comme vous l'avez peut-être remarqué, je suis férue de littérature jeunesse. Dans cette catégorie qui a pris une remarquable ampleur, il n'y a pas que des livres "faciles" pour amuser les enfants, et l'on peut tomber sur des auteurs de grande qualité. Ce sont évidemment eux qui retiennent mon attention, et c'est le cas de celui qui m'intéresse ici.
Il s'agit d'Eric Boisset, dont les premiers ouvrages, couronnés de prix ("Le grimoire d'Arkandias", Prix PEEP 1997 - Prix des Incorruptibles 1998, et "Nicostratos", Prix Jeunesse de Saint-Dié-des-Vosges 1998) présentent des qualités littéraires qu'hélas je n'ai pas retrouvées dans sa "trilogie des Charmettes", beaucoup plus convenue dans le style jeunesse.
Au moment de vous en parler, j'apprends qu'il fait actuellement l'objet d'une traducion cinématographique, ce qui est une preuve supplémentaire de sa qualité.
Publié pour la première fois en 1998, il a fait l'objet d'une réédition brochée en 2003 dont j'ai eu la chance de profiter (par la médiathèque locale, cherchez donc dans la médiathèque de votre ville !), mais se trouve plus aisément aujourd'hui en édition de poche dans la collection Tipik junior, chez Magnard.
Ce qui m'a d'emblée séduite, c'est que l'action se situe sur une île grecque de la mer Ionienne, proche de Céphalonique et non loin de Zante, dont le nom n'est pas mentionné mais dont la ville, Vathy, me permit d'identifier Ithaque - fait confirmé par la première ébauche de biographie imaginaire évoquée sur le site concernant Eric Boisset, ci-dessus en lien.
L'évocation de la vie sur l'île et de ses paysages est partout présente et envoûtante. Chaque élément, du chant des cigales aux caractères typés des personnages, est rapporté dans une grande richesse de style et un charme perpétuel. Le jeune héros, Yannis, fréquente un moine orthodoxe d'une grande culture et qui lui parle de littérature grecque avec une grande profondeur (on peut seulement déplorer que l'éditeur ait mal retranscrit les caractères grecs insérés dans le texte).
Si l'intrigue peut paraître simple (un enfant s'éprend d'un jeune pélican blanc et l'élève en secret), la magie liée à cet oiseau fabuleux dont de grands pans d'existence se situent en Égypte, aux bords du Nil, est d'autant plus prenante que là encore, l'auteur le décrit avec force détails, dans son aspect, son évolution, ses manières et ses habitudes. On sent une proximité extrême du narrrateur avec l'objet de son récit et on vibre avec lui tout au long de l'histoire, d'autant plus qu'il nous démontre, chose communément ignorée, que cet animal est largement aussi intelligent qu'un chien !
Quelques extraits du livre vous permettront d'en goûter quelques aspects.
Le premier
est pris à la page 45 de l'édition
brochée. Le jeune pélican, baptisé
par Yannis "Nicostratos" et caché par celui-ci dans un placard de sa chambre, n'a alors qu'environ deux mois ; c'est un oisillon incapable de voler mais déjà d'une certaine taille, puisqu'adulte
il atteindra 1m60 dressé sur ses pattes ! Il faut préciser aussi que Yannis vit seul avec son père veuf, et que celui-ci part pêcher le matin vers 5 heures.
Le lendemain matin, la faim réveilla Nicostratos de bonne heure. Il s'ébroua sur le ventre de Yannis et fit bouffer son duvet avant de se précipiter pataudement dans la cuisine. Une alléchante odeur de poisson tombait du garde-manger grillagé pendu au plafond. Mais comment faire pour atteindre le précieux mets ? C'était toute la question. Il commença par battre des ailes en sautillant sur place, dans l'espoir de s'envoler. Puis il tenta de grimper sur une chaise en s'aidant de son long bec et de ses pattes griffues. Enfin il se mit à danser sous la cage comme un Indien afin de faire pleuvoir la manne. Aucune de ces solutions n'ayant montré de réelle efficacité, il se rabattit sur la poubelle, dont il éparpilla rageusement le contenu sous la table. C'était un acte de vandalisme pur et simple, mais Yannis n'avait-il pas le toupet de dormir pendant qu'il mourait de faim ? Il revint trouver le jeune garçon dans la chambre et s'efforça de grimper sur le lit pour le réveiller. Mais c'était encore plus difficile que d'atteindre la cage ! Il se mit à japper avec colère en hérissant sa huppe. Puis il pinça les orteils du dormeur, qui ouvrit enfin les yeux...
D'autres passages, que je ne citerai pas car il faut un peu fouiller, montrent que même en littérature jeunesse le langage cru des pêcheurs d'Ithaque peut-être évoqué sans que les pures petites oreilles s'en aperçoivent...
Par contre voici un extrait d'une des nombreuses descriptions de la vie locale et du paysage (p. 132) :
Après le repas de midi, une grosse salade de tomates et de concombres salée, poivrée, parfumée d'une gousse d'ail et d'un rayon d'huile d'olive, plus quatre sardines grillées et une assiette de gros haricots blancs appelés gigantes, Yannis éprouva le besoin de faire la sieste. Il gagna sa chambre en se frottant les yeux et s'allongea tout nu sur son lit. Une intense lumière dorée pesait de l'autre côté du volet clos, mais la petite pièce chaulée de blanc avait su concerver une relative fraîcheur. Dehors, la brise de mer faisait crisser les herbes sèches et le chèvrefeuille lui-même languissait en jetant, de temps à autre, une bouffée parfumée. Toutes les odeurs du jardin et des collines s'exhalaient dans l'air sec qui vibrait aux stridulations des cigales comme du sable secoué dans un tamis. Au loin, une atmosphère laiteuse voilait la masse verte de l'île de Céphalonie.
Si l'argument annoncé du roman est l'amitié entre un garçonnet et un pélican, il est sous-tendu par toute une réflexion psychologique autour du deuil, et de la relation père-fils. En effet Démosthène, le père de Yannis, est devenu taciturne et irritable depuis la mort de sa femme, Cassandre, et son fils en souffre énormément. L'intrusion du pélican dans leur vie, qui apporte à Yannis la tendresse dont il manque cruellement, va éveiller la colère, puis la mansuétude du père et peu à peu rapprocher les deux personnages. Cependant il faudra pour cela un évènement dramatique dont je vous laisse la surprise.
Jeunes pousses
Toutes rouges
Comme des nouveaux-nés
Qui s'élancent
Joyeusement
Vers le ciel
Pétarades, vrombissements ;
Cataractes, grondements ;
Dans l’après-midi paisible,
L’autre nous a pris pour cibles.
L’orage est pourtant passé !
Le tonnerre s’est lassé,
Mais il faut qu’il éclabousse
Notre sieste bien trop douce.
Et ça monte et ça descend,
Ça dégage un son puissant,
Ça module et ça renâcle,
Ça s’évanouit puis ça racle.
Sommes-nous bien samedi ?
Oui puisqu’il est là, pardi !
C’est le jour où il s’ébroue
Avec sa bête à deux roues.
Va-t-il enfin démarrer ?
Il semble s’y préparer,
Et enfin l’engin s’éloigne
En rugissant sous sa poigne…
Mais il revient aussitôt !
Il joue avec sa moto
A faire des allées-venues
Sans dépasser notre rue.
Les chiens se sont déchaînés ;
Nous restons à fulminer,
Attendant pour être sages
Que fuie ce nouvel orage.
Enfin sa femme intervient ;
Elle lui demande s’il vient.
Ouf ! Ce gamin immature
Enfin range sa monture…
Elles m'ont attendue, mes cerises,
Se gorgeant de soleil, de lumière et d'amour.
Je les ai retrouvées
Plus noires,
Plus sucrées,
Plus charnues et plus fermes !
Grappes tombées du ciel,
Plus douces que le jour,
Offertes à mes mains
Comme au jardin d'Eden...
Et si Eve ma mère
Pécha par gourmandise,
Je lui ressemble bien.
C'est le don de la vie
Qui saigne de leur coeur ;
Sous leur chapeau de feuilles
Elles sont le présent
Des roses endormies,
Le don d'une Nature
Qui nous aime et sourit.
Vos impressions