Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)
Mais en attendant, pour laisser libre cours au flux de souvenirs musicaux qu'elle m'a évoqués, je vous laisse goûter ici les paroles de l'air si gai chanté par Julie Andrews dans "la Mélodie du Bonheur", le film de Robert Wise adapté de la comédie musicale du même nom, d'abord en anglais, puis dans la traduction française (prises sur ce site, j'ignore de qui est le texte français):
(Rodgers / Hammerstein)
Raindrops on roses and
Whiskers on kittens
Bright copper kettles and
Warm woolen mittens
Brown paper packages
Tied up with strings
These are a few of
My favourite things
Cream colored ponies and
Crisp apple strudels
Door bells and sleigh bells
And schnitzel with noodles
Wild geese that fly with
The moon on their wings
These are a few of
My favourite things
Girls in white dresses
With blue satin sashes
Snowflakes that stay on
My nose and eyelashes
Silver white winters
That melt into Springs
These are a few of
My favourite things
When the dog bites
When the bee stings
When I'm feeling sad
I simply remember
My favourite things
And then I don't feel so bad.
MES JOIES QUOTIDIENNES
Bonnes mitaines et bon feu qui brille
Beau cahier quadrillé cheveux mouillés
C'est là un peu de mes joies quotidiennes
Gros mille feuilles tarte aux pommes fraîches
Grand bol de crème dont on se pourlèche
Belle oie sauvage qui s'envole dans la plaine
C'est là un peu de mes joies quotidiennes
Gaie robe claire coiffures en nattes
Doux flocons blancs sur mon nez écarlate
Les fleurs d'avril en bouquets qui reviennent
C'est là un peu de mes joies quotidiennes
Quand le chien mord quand l'abeille pique
Quand ça marche mal
C'est simple je pense à mes joies quotidiennes
Et tout alors va très bien
Vous en trouverez bien des interprétations sur Youtube, mais je vous propose ici cette version jazz, interprétée à Baden-Baden en 1961 par John Coltrane au saxo soprano, avec Eric Dolphy à la flûte et au saxophone alto, McCoy Tyner au piano, Reggie Workman à la contrebasse et Elvin Jones aux percussions.

Un déluge impitoyable
Les fleurs sont en pleurs

La rue est rivière
Et le jardin devient lac
Un bateau surnage

Tourbillon des eaux
Survivrai-je au tsunami
Dit la rose jaune
Mon texte, inspiré surtout des notes prises pendant le cours, s'éloigne parfois de l'intention initiale du poète latin, mais je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager, tout en vous indiquant en regard l'excellente traduction versifiée du Comte Ulysse de Séguier (qui date de 1883), et la traduction parfaitement fidèle (mais non versifiée) de Leconte de Lisle.
Comme le fit sa contemporaine Renée Vivien dans son adaptation des vers de Sappho (et justement Horace applique ici les règles de versification créées par la célèbre poétesse grecque et son ami le poète Alcée), Ulysse de Séguier s'efforce de rendre les rythmes d'origine, en utilisant deux vers de 11 syllabes, puis un de 9, et un de 10, pour obtenir ce qu'on a appelé "la strophe alcaïque", devenue avec la "strophe saphique" la préférée des poètes lyriques latins (voir ici, et la catégorie que j'ai consacrée à Renée Vivien plus en particulier).
Notez aussi que l'ami du poète, "Postumus", se prénomme ainsi parce qu'il est "le dernier" de sa famille, comme c'était l'habitude chez les romains, le premier se nommant "Primus", le second "Secundus", et plus couramment le cinquième "Quintus" et le huitième "Octavus" : il n'a donc aucun rapport avec l'adjectif français "posthume", et ne prend pas de "h" comme on le voit parfois par erreur.
Portrait d'Horace, levant son verre à l'occasion d'un banquetIl s'agit de l'Ode n°14 du livre 2,
surnommée couramment "Mélancolie"
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Las ! Postumus, les ans glissent, s'échappent,
Et la piété ne retardera pas
Notre vieillesse en pleurs qui nous rattrape
Avec la ride et l'odieux trépas.
Quand chaque jour, ami, de tes étables,
Tu offrirais trois cents beaux taurillons
Au grand Pluton, ce dieu impitoyable
Qui tient Tytios et le triple Géryon
Emprisonnés dans l'eau noire et amère,
Il ne faudra pas moins tous la passer,
Quelque travail que nous fassions sur terre,
Du roi puissant au plus humble berger.
En vain, de Mars évitons-nous les guerres
Et de la mer les grands flots déchaînés,
En vain, l'automne, essayons-nous de faire
Obstacle au vent nuisible à la santé.
Il faudra voir le Cocyte aux eaux lentes,
Ce fleuve noir, et du roi Danaüs
La race infâme et la peine accablante
Dont est puni l'orgueilleux Sisyphus ;
Quitter sa terre et une épouse chère ;
Et du verger que tu as cultivé,
Seul te suivra, toi son maître éphémère,
Le noir cyprès, funeste et détesté !
Un héritier répandra, moins timide,
Ton Cécubus conservé sous cent clés
Et baignera ton blanc dallage humide
D'un vin plus pur qu'aux plus beaux des banquets.







