Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Trouvée chez Mamadomi qui l'avait elle-même reçue d'Agathe , voici une merveilleuse carte envoyée du Japon le 16 mars dernier, et que je ne puis me retenir de vous faire lire à mon tour.
Vous admirerez la grandeur d'âme des japonais, qui ont tant à nous apprendre.
Il était une fois un gros bourdon qui s'était fourvoyé dans une véranda. Une petite véranda tout habillée de vitres comme il se doit, et dont la porte d'entrée ne s'appliquait pas tout à fait au bord vitré, si bien qu'en voulant ressortir immanquablement il allait se coincer derrière la porte. Et désespérément, il bourdonnait, il bourdonnait en se tapant dans les carreaux, jusqu'à ameuter le petit garçon de la maison.
Le voyant ainsi perdu, le petit garçon voulut l'aider. Mais plus il tentait, à l'aide d'un morceau de carton, de le repousser en arrière pour le ramener vers l'ouverture de la porte, et plus le bourdon s'énervait et fonçait se cacher dans les anfractuosités des stores levés.
Le petit garçon comprit que le bourdon avait peur et ne savait pas qu'on voulait l'aider. Il attendit un moment que le bourdon se soit apaisé et ait reculé de lui-même.
Puis il apporta un torchon de cuisine, et tout doucement l'approcha de l'animal. Celui-ci, attiré peut-être par l'odeur, s'y posa. Alors très délicatement, le petit garçon emporta le torchon à l'extérieur de la véranda, le leva bien haut... et le bourdon s'envola, libéré, vers le ciel !
Cette histoire doit nous rappeler que nous aussi, souvent, sommes dans la situation de ce bourdon. Sans le savoir, nous nous engageons sur des terrains dangereux, et croyons que "tout se ligue contre nous" pour nous empêcher de faire ce que nous voulons. Nous trépignons de ne pouvoir poursuivre dans la voie choisie... Jusqu'au jour où nous découvrons (peut-être ne l'avons-nous pas encore découvert !) que non pas "tout", mais simplement "quelqu'un" était là pour nous guider, qui voyait beaucoup plus loin et beaucoup plus clair que nous.
Ce "quelqu'un", chacun le nomme comme il veut. Peu importe puisque, de même qu'avec notre conscience plus développée nous sommes à même de venir en aide à de plus petits, de même il existe une Conscience infiniment plus vaste que la nôtre qui veille sur nous et qui nous guide.

Lithographie d'Hippolyte Lecomte et de Godefroy Engelmann (19e siècle)
Le Chêne un jour dit au Roseau :
"Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l'orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. "Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.
(Jean de La Fontaine, 1621-1695)
Je suis du genre "roseau", et les chênes m'ont toujours snobée... Alors il faut bien que je cherche secours auprès de nos classiques si sensés. Surtout que de "roseaux", il n'y a pas que celui de La Fontaine : celui de Pascal aussi est important, ô combien !
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue ; parce qu'il sait qu'il meurt ; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.
Ainsi toute notre dignité consiste dans la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, non de l'espace et de la durée. Travaillons donc à bien penser. voilà le principe de la morale.
(Blaise Pascal, 1623- 1662)
Aujourd'hui prenons garde, nous français si mercuriens par la pensée, de ne pas nous heurter de front au chêne lybien dont la tête voisine le Ciel et les pieds l'Empire des Morts !
La souplesse du roseau est non seulement le fait de sa pensée, qui lui permet de s'adapter et de comprendre, donc parfois de reculer, mais aussi la reconnaissance de sa petitesse face à l'immensité des choses qui, nous venons encore de le constater, à tout instant peuvent le terrasser. Humblement il doit réapprendre à vivre après des cataclysmes qui, sans le déraciner complètement, l'obligent à se remettre en question, à tout réinventer.
Mais c'est en restant petit, tout proche du sol qui l'a porté et le nourrit, qu'il a le plus de chances de conserver ses racines intactes : les japonais en savent quelque chose, qui aujourd'hui s'organisent pour survivre dans des conditions parfois extrêmes.
.... Et pourtant, que c'est beau, un chêne ! Par sa stabilité, il rayonne. Implanté dans un terrain forestier où toute la végétation ambiante le protège, il a bien peu de chances d'être déraciné ! Et dès lors, c'est un refuge, un protecteur des plus précieux, et même un réconfort pour les yeux ...
Aux éditions Stellamaris vient de paraître mon recueil
Renaître.
Vous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.

Découvrez une revue jeune et pleine d'avenir ! (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
Parvenue à son n°9, Shi-zen, ou "le féminin éthique et pas toc", est un magazine attrayant écrit par des femmes mais aussi par des hommes, pour des femmes mais aussi pour des hommes, dans une optique résolument écologique (imprimée sur papier recyclé bien sûr).
Ici la couverture du dernier n° paru.
Sur le site vous pouvez vous abonner, acheter les numéros en PDF ou en version papier (franco de port),
ou consulter en ligne des extraits de différents numéros.