L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Musique

Lundi 10 janvier 2011 1 10 /01 /Jan /2011 00:00

     Dans sa lettre d'information de Janvier, l'Education Musicale, cet excellent bimestriel consacré à l'enseignement de la musique dans les Lycées, Universités et Conservatoires rapporte un amusant pastiche écrit par Marcel Proust à l'intention de son ami musicien Reynaldo Hahn, de l'Opéra Pelléas et Mélisande de Debussy, ou plus particulièrement de son livret "symboliste" écrit par Maurice Maeterlinck.

 

Melisande.jpg

Mélisande lors de la création de l'Opéra en 1902


    Les connaisseurs riront d'emblée d'un humour qu'attire naturellement le style ampoulé et les allusions compliquées du grand poète Belge.

     Pour les profanes, j'expliquerai en quelques mots que ce drame met en scène une jeune fille d'apparence très naïve, Mélisande, trouvée errant dans un bois et comme amnésique par Golaud, un homme célibataire d'âge mûr et de petite noblesse bretonne. L'ayant épousée il l'abandonne souvent dans son triste château pour aller chasser, et c'est son jeune frère Pelléas, beaucoup plus doux, qui s'occupe de la jeune femme et bientôt s'en éprend. Malheureusement Golaud se montre très vite d'une jalousie maladive et épie leurs rencontres, voire les provoque. Malgré l'intervention effrayée du vieil Arkel, grand-père de Golaud et de Pelléas, Golaud finit par tuer son frère tandis que Mélisande, qui était enceinte, accouche prématurément et meurt des suites de ce traumatisme.

 

pelleas_decor.jpg

Esquisse du décor prévu pour la première de Pelléas

 

    J'ai essayé de déterminer les principaux passages dont Marcel Proust s'est inspiré pour le texte qui va suivre, et vous les livre avec la musique de Claude Debussy, qui est sublime.

     Dans le premier d'entre eux, Pelléas sort d'une visite très éprouvante des souterrains du château que lui a infligée Golaud. Symboliquement cela évoque les tréfonds de l'âme torturée de ce dernier. En voici le texte et la musique, dans l'interprétation d'Armin Jordan dirigeant l'orchestre national de Monte-Carlo, avec Eric Tappy dans le rôle de Pelléas (enregistrement Erato de 1979). 

 

    En voici le texte :


Acte III- Scène 3 (début)

Une terrasse au sortir des souterrains.

Entrent Golaud et Pelléas.

 

PELLÉAS

Ah ! Je respire enfin !...

J'ai cru, un instant, que j'allais

me trouver mal dans ces énormes grottes ;

j'ai été sur le point de tomber...

Il y a là un air humide et

lourd comme une rosée de plomb,

et des ténèbres épaisses

comme une pâte empoisonnée...

Et maintenant, tout l'air de toute la mer !...

Il y a un vent frais, voyez, frais comme une feuille qui vient de s'ouvrir, sur les petites lames vertes...

 

 

(Musique de Claude Debussy)

 

 

      Dans le second, qui clôt le drame, Mélisande se meurt sous les yeux de Golaud éperdu de n'avoir jamais pu lui faire avouer de relations coupables avec le frère qu'il vient d'assassiner, ainsi que du médecin impuissant à la sauver, et du vieil Arkel plein de sagesse. C'est François Loup qui interprète le rôle du vieillard, tandis que Michel Brodard est le médecin et Philippe Huttenlocher Golaud. Le rideau tombe à la fin de cet extrait.

 

  (Musique de Claude Debussy)


Acte V - Scène unique (fin)

 (La chambre est envahie peu à peu par les servantes du château qui se rangent en silence le long des murs et attendent)


GOLAUD (se levant brusquement)

Qu'y a-t-il ?

Qu'est-ce que toutes ces femmes viennent faire ici ?

LE MÉDECIN

Ce sont les servantes...

ARKEL

Qui est-ce qui les a appelées ?

LE MÉDECIN

Ce n'est pas moi...

GOLAUD

Que venez-vous faire ici ?

Personne ne vous a demandées...

Que venez-vous faire ici ? Mais qu'est-ce que c'est donc !

Répondez !...

(Les servantes ne répondent pas)

 

ARKEL

Ne parlez pas trop fort...

Elle va dormir ; elle a fermé les yeux...

GOLAUD

Ce n'est pas ?...

LE MÉDECIN

Non, non ; voyez, elle respire...

ARKEL

Ses yeux sont pleins de larmes. Maintenant c'est son âme qui pleure...

Pourquoi étend-elle ainsi les bras ? Que veut-elle ?

LE MÉDECIN

C'est vers l'enfant sans doute. C'est la lutte de la mère contre...

GOLAUD

En ce moment ? En ce moment ? Il faut le dire, dites ! Dites !

LE MÉDECIN

Peut-être...

GOLAUD

Tout de suite ?...

Oh ! Oh ! Il faut que je lui dise...

Mélisande ! Mélisande !...

Laissez-moi seul ! Laissez-moi seul avec elle !...

ARKEL

Non, non, n'approchez pas... Ne la troublez pas...

Ne lui parlez plus...Vous ne savez pas ce que c'est que l'âme...

GOLAUD

Ce n'est pas ma faute, ce n'est pas ma faute !

ARKEL

Attention... Attention...

Il faut parler à voix basse maintenant...

Il ne faut plus l'inquiéter...

L'âme humaine est très silencieuse...

L'âme humaine aime à s'en aller seule...

Elle souffre si timidement...

Mais la tristesse, Golaud...

Mais la tristesse de tout ce que l'on voit !...

Oh ! Oh !

(En ce moment, toutes les servantes tombent subitement à genoux au fond de la chambre)

 

ARKEL (se retournant)

Qu'y a-t-il ?

LE MÉDECIN (s'approchant du lit et tâtant le corps)

Elles ont raison...

ARKEL

Je n'ai rien vu. Etes-vous sûr ?...

LE MÉDECIN

Oui, oui.

ARKEL

Je n'ai rien entendu... Si vite, si vite... Elle s'en va sans rien dire...

GOLAUD (sanglotant)

Oh ! Oh !

ARKEL

Ne restez pas ici, Golaud...

Il lui faut le silence, maintenant...

Venez, venez...

C'est terrible, mais ce n'est pas votre faute...

C'était un petit être si tranquille, si timide et si silencieux...

C'était un pauvre petit être mystérieux,

comme tout le monde...

Elle est là, comme si elle était la grande sœur de son enfant...

Venez. Il ne faut pas que l'enfant reste ici dans cette

chambre...

Il faut qu'il vive, maintenant, à sa place...

C'est au tour de la pauvre petite...

  Maurice Maeterlinck

 

       Et maintenant, voyons ce qu'en fit Marcel Proust à l'intention de son ami Reynaldo Hahn, avec lequel probablement il avait coutume de se rendre parfois à l'Opéra.

     J'avoue qu'il picore à de nombreux autres passages (la découverte dans le bois de Mélisande qui déclare qu'elle "n'est pas d'ici", ou la quête désespérée de la bague perdue dans la fontaine et "qu'on ne retrouvera jamais"...), mais ceux que je vous ai cités sont particulièrement beaux et représentatifs.

 

proust.jpg

Marcel Proust

 

« Je vous avais fait un joli petit pastiche de Pelléas... C'est Pelléas et Markel qui sortent de soirée et qui ne peuvent retrouver leur chapeau [il faut chanter en même temps] :

 

  Pelléas (dans l'antichambre) :

- Il faisait là-dedans une atmosphère lourde et empoisonnée. J'ai cru plusieurs fois que j'allais me trouver mal. Et maintenant tout l'air de toute la terre ! (très doux) On dirait que ma tête commence à avoir froid pour toujours.

 Markel :

 - Vous avez, Pelléas, le visage grave et plein de larmes de ceux qui sont enrhumés pour longtemps. Ne cherchez plus ainsi. Nous ne le retrouverons pas. On ne retrouve jamais rien ici. Quelqu'un qui n'est pas d'ici l'aura emporté. Il est trop tard. Mais comment était-il ?

   Pelléas :

 - C'était un pauvre petit chapeau comme en porte tout le monde ! On n'aurait pu dire de chez qui il venait. Il avait l'air de venir du bout du monde.

   Markel :

 - Nous n'en retrouverons plus d'autre maintenant. C'est une chose terrible, Pelléas. Mais ce n'est pas notre faute.

   Pelléas :

 - Quel est ce bruit ?

  Markel :

 - Ce sont les voitures qui s'en vont.

   Pelléas :

 - Pourquoi s'en vont-elles ?

   Markel :

 - Nous les aurons effrayées. Elles auront su que nous nous en allions très loin. Elles ont eu peur et elles sont parties. Elles ne reviendront pas.

 

Tu comprends, mon cher Binibuls, ils vont revenir sans chapeau et sans voiture. C'est embêtant. »

 

Marcel Proust.

 

Reynaldo_Hahn-_par_Lucie_Lambert_-1907-.jpg

Reynaldo Hahn peint par Lucie Lambert (1907)

Par Valentine - Publié dans : Musique - Communauté : Partager
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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 18:23

      Un petit coucou avant le réveillon pour vous souhaiter à tous une belle soirée !

    reveillon.gif

      Et pour vous changer de la musique que vous allez entrendre ce soir, un petit "Tambourin" pour orgue et musette de Charles Buterne (1700-1750) enregistré récemment par mon "petit frère" Jean-Christophe (que vous voyez à gauche sur la photo).

 

Musique-dOccitanie
  Cette photo, comme l'extrait musical ci-dessus, est tirée d'un disque qui vient de paraître chez Elegia records (marque italienne) et qui s'intitule "Musique d'Occitanie". A l'orgue vous entendez Silvano Rodi (photographié ci-dessus au centre) et c'est François Dujardin (je ne pense pas qu'il soit le frère de Jean !!) qui tient le fifre, le galoubet et le tambourin.
nouvel_an_025-copie-1.gif

         Et voilà, on se quitte avec Jean-Sébastien Bach, et à bientôt en 2011 !!

 

 

Grosses bises à tous !

Par Valentine - Publié dans : Musique - Communauté : L'art et la manière
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Samedi 12 juin 2010 6 12 /06 /Juin /2010 06:40

      Mon "petit" frère joue de la Musette de cour, instrument qu'il a entièrement réhabilité et ressuscité.

      Le voici en 1996 dans "la béquille du père Barnaba", XIIIe concerto comique de Michel Corette.

(Jean-Christophe Maillard, musette baroque, orchestre baroque de Montauban dir. Jean-Marc Andrieu).


 

 

 

    L'instrument originaire du XVIIe siècle est animé d'un soufflet situé sous le bras droit, ce qui évite l'utilisation d'un chalumeau, et a été progressivement recouvert de belles tapisseries évoquant les bergeries ; il était affectionné par la noblesse pour sa sonorité tendre et discrète et intervenait donc dans les spectacles de cour où l'on voyait des bergers.

 

    En consultant Youtube, vous pourrez voir Jean-Christophe, plus âgé, dans un concerto de Vivaldi transcrit par le compositeur baroque Nicolas Chédeville et intitulé "Les Plaisirs de l'été".

 


Par Martine Maillard - Publié dans : Musique - Communauté : L'art et la manière
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