Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)
Non, non, je voulais simplement vous dire que depuis bientôt un an que j'habite une petite maison au milieu de jardins, je goûte au bonheur de me réveiller le matin au chant d'oiseaux variés et inconnus...
Oh ! J'en connaissais bien certains, mon grand-père m'avait appris à reconnaître leur chant grâce à des paroles :
Par exemple, le pinson dit :
Quant à la mésange charbonnière, elle dit : "P'tit têtu ! P'tit têtu !"
Cela n'allait pas chercher bien loin... Sauf que le pinson, en pays d'oc, a l'accent du sud et chante :
"Si vous voulez mon avis on aura une belle journée " (?)
- "Sapristi de sapristi j'ai oublié mon bistouri" (Tiens, le pinson ! Il a changé de ton aujourd'hui...)
- "Je vous redirai ça cet après-midi" (?)
Une grosse voix : "J'acco-ste ! J'acco-ste !" (Un pigeon en plein vol vers un toit !)
- " Vous voulez vraiment faire vos courses avant le déjeuner ?" (?)
Je croyais que c'était le verdier, qui vient souvent picorer nos graines devant la cuisine.

En voici une photo, tirée cette fois d'un site (ici) .
Il évoque la traversée en bateau d'un jeune homme au coeur sensible, vers une île sans doute de Bretagne... que j'ai toujours associée à l'île de Bréhat, au large de Paimpol, célèbre pour son climat doux et son paysage fleuri. Frémissant, le poète sent qu'il va y rencontrer l'amour. Hélas, la bien-aimée, toute charmante qu'elle se soit montrée le premier jour, ne demeurera pas dans ces sentiments, et lors de la visite ultérieure du poète, au printemps suivant, lui opposera une hostilité telle qu'il croit voir des spectres hanter les paysages autrefois embaumés par les roses et les lilas. Apparemment le temps, radieux à son premier voyage, aurait aussi viré au gris menaçant, et la mer, calme et étincelante au premier jour, serait devenue sinistrement houleuse...
J'ai toujours adoré la ferveur naïve qui anime le début de la première partie (celle qui s'achève précisément au vers que je vous ai mentionné : « Et des cieux entrouverts pleuvaient sur nous des roses »), mais étrangement c'est la fin que l'on entend toujours, fin tragique et douloureuse intitulée « La Mort de l'Amour ». Je suppose que c'est parce qu'elle forme un tout dans une tonalité mélancolique et peut-être interprétée comme une mélodie à part entière, accompagnée éventuellement au piano, alors que le reste de l'oeuvre conserve un ton plutôt narratif et requiert davantage la présence de l'orchestre pour lequel elle a été initialement écrite.
Je n'avais pas pensé à fouiner dans Youtube pour en trouver des enregistrements, et finalement je viens d'en trouver deux ; mais seulement de cette dernière partie, dont je déplore la tristesse en ce superbe week-end ensoleillé. Je vous la livre tout de même, pour deux raisons :
- pour vous permettre de mieux entendre cette oeuvre (au cas où vous ne la connaîtriez pas déjà).
- à cause de la qualité de l'orchestre et notamment du violoncelliste solo, pour la vidéo transcrite ici. En ce qui concerne la cantatrice, je suis un peu réservée ; si elle possède d'indéniables qualités vocales, sa voix est un peu rauque, du moins au début, et surtout son manque de connaissance du français est assez gênant et déforme le texte. Il s'agit de Ilca Lopez, et l'enregistrement vient du Centre des Beaux-Arts de Santurce, à Porto-Rico.
Mais pourquoi aussi les français ne chantent-ils pas leur propre musique ? Pourquoi faut-il toujours que ce soient des étrangers qui mettent en valeur notre répertoire ? Dans le disque dont je vous ai donné un extrait, c'était Janet Baker qui chantait, et dans le commerce, vous trouverez l'interprétation de Jessye Norman ; quant au microsillon que j'ai possédé par le passé et qui emporte encore ma totale préférence, il était tchèque (c'était un disque "Supraphon").
Une autre question aussi : pourquoi ce "poème" est-il toujours interprété par des femmes alors que le personnage central en est un homme ? Pourtant il ne semble pas que cela soit un voeu du compositeur, puisqu'il en fournit la première interprétation en 1893 avec le ténor Désiré Demest.
Voici les paroles, pour mieux comprendre :
Le temps des lilas et le temps des roses
Ne reviendra plus à ce printemps-ci ;
Le temps des lilas et le temps des roses
Est passé, le temps des œillets aussi.
Le vent a changé, les cieux sont moroses,
Et nous n'irons plus courir, et cueillir
Les lilas en fleur et les belles roses ;
Le printemps est triste et ne peut fleurir.
Oh ! joyeux et doux printemps de l'année,
Qui vins, l'an passé, nous ensoleiller,
Notre fleur d'amour est si bien fanée,
Las ! que ton baiser ne peut l'éveiller !
Et toi, que fais-tu ? pas de fleurs écloses,
Point de gai soleil ni d'ombrages frais;
Le temps des lilas et le temps des roses
Avec notre amour est mort à jamais.
En suivant les liens qui entourent l'enregistrement de Youtube, on trouve aussi ce récital donné par un jeune anglais, où « Le temps des lilas » est chanté après deux autres mélodies, avec accompagnement de piano. Et si l'orchestre manque, si le jeune homme parle lui aussi très mal le français, le résultat est cependant très honorable car la pianiste (Elizabeth Wallace) réussit à rendre correctement l'ambiance orchestrale, tandis que le ténor (Chris Rosborough) a une voix chaude et agréable. Je vous encourage donc à l'écouter (ici démarrage à 4'35 environ).
Voici cependant une image du ciel tourmenté de ces derniers jours où, si mon appareil n'a pas été trop mauvais, vous discernerez un nuage très noir derrière les arbres bien verts et les fleurs de lilas illuminés par le soleil du soir.

Mardi, à mon travail, j'ai été témoin toute la journée d'une féerie extraordinaire : les cerisiers du Japon avaient, sous les averses répétées, perdu leurs pétales en telle abondance dans la rue située sous mes fenêtres, que l'on marchait sur un tapis rose aussi épais et glissant que de la neige ; et bientôt le vent se leva et l'on vit s'envoler les pétales, qui tourbillonnèrent sous les bourrasques jusque devant les fenêtres premier étage ! C'était sublime, mais hélas je n'avais pas de quoi photographier... Quand je revins mercredi, non seulement une bonne partie de ce tapis avait été balayé, mais en plus le vent ne soufflait presque plus.
Voici cependant la photo que j'en ai prise : en regardant bien, vous discernerez peut-être encore quelques points roses en suspension.

Car une belle enfant était sur le rivage,
Laissant errer sur moi des yeux pleins de clarté,
Et qui me souriait d'un air tendre et sauvage...
Toi que transfiguraient la Jeunesse et l'Amour,
Tu m'apparus alors comme l'âme des choses ;
Mon coeur vola vers toi, tu le pris sans retour,
Et des cieux entrouverts pleuvaient sur nous des roses... »







