L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Citations

Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /Jan /2009 17:04
        L'horizon s'assombrit...
Un mail circule avec ce texte, tiré de La République, l'oeuvre majeure de Platon (Livre VIII) :

      « Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien ni de personne, alors c'est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. »


Image tirée du site


     Si le philosophe écrivait déjà cela  vers 370 av. J.C., ce n'est pas par une prescience extraordinaire des temps modernes, mais par l'observation des choses déjà présentes en son temps ; et comme tout se reproduit cycliquement à l'identique, selon des lois certaines inhérentes à la nature de l'humain, incapables que nous sommes de tirer les leçons de l'histoire, nous rencontrons aujourd'hui la même situation.


     Je suis bien placée pour remarquer que dans les écoles, non seulement la plupart des jeunes ne respectent plus rien et n'acceptent même plus de se mettre à travailler ou même à lire, mais qu'encore dans les pires cas, les parents eux-mêmes prennent le parti de leurs enfants et vont jusqu'à insulter les professeurs ! Au mieux, on trouve des parents dépassés qui se laissent mener par le bout du nez par de vrais petits démons... Et à qui la faute ?!

      J'en vois deux :

      - Les films ou dessins animés à la gloire des enfants-héros, qui donnent constamment raison à ceux-ci contre leurs parents (voire : font passer les parents pour des idiots !!).

     - La société de consommation qui cible les jeunes comme consommateurs de choix et oblige les parents, grâce à des fêtes imposées de plus en plus nombreuses (Halloween, Noël, Pâques, Mardi gras...) à les gâter plus que de raison.

     En fait, tout est toujours une question d'argent, à la base.

    Et nous allons mourir de cela, si on ne réagit pas (n'est-ce pas la Bête à dix cornes de l'Apocalypse ?), pour basculer... dans la Planète des Singes, tiens, pardi.


     Voyez plutôt :


(si vous ne pouvez lire le diaporama, téléchargez-le, puis éventuellement cliquez ici et téléchargez la visionneuse)


Par Martine Maillard - Publié dans : Citations - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /Nov /2008 19:07
          Cet article fait suite à celui-ci et plus anciennement, à celui-là.

         Pour Pierre Bottero, les Marchombres, êtres aussi fluides que des ombres, sont comme les poètes, car ils dépassent les limites traditionnelles pour atteindre à une liberté supra-humaine - jusqu'à, pour les meilleurs d'entre eux, chevaucher le vent. C'était le cas pour la légendaire Ellundril Chariakin, surnommée "chevaucheuse de brume".
       Aussi s'expriment-ils en poésie, et voici maintenant les textes que j'ai pu glaner ici et là dans ce domaine.



Neige sur flamme
Roseau dans le vent
Marchombre

(Ellundril Chariakin)

Souffle d'une lame dans la nuit
Danger qui rôde
Comme une onde de plaisir

(Ellundril Chariakin)
Extraits tirés  du second volume de "la Quête d'Ewilan" :
Les Frontières de Glace



Ombre de lune,
Esquive de plume,
Amour absolu.

(Ellundril Chariakin)
Extrait tiré  du 3e volume de "la Quête d'Ewilan" :
L'île du Destin


 Certitudes qui frissonnent
Cœurs qui résonnent
Curiosité

(Ellundril Chariakin)
Extrait tiré  du 3e volume des "Mondes d'Ewilan" :
Les Tentacules du Mal




Elan infini, devenu humain,
Emoi devant le parfait équilibre,
Larme.

Poème écrit par Ellana lorsque pour la première fois

elle découvre la merveilleuse cité d'Al Jeit

Texte tiré du volume 1 du "Pacte des Marchombres", Ellana.


_____________________________


          Et maintenant, pour que vous voyiez comment surgit cette poésie, je vous livre un extrait de ce 1er volume, aux pages 314-315 (pour écourter, j'ai ajouté certains éléments, en italique).

       - Il n'y a qu'une personne à laquelle j'ai envie et besoin de me mesurer, et ce n'est pas Nillem. (déclara Ellana)
      - Qui alors ? (lui demanda Jilano)
      - Moi.

      ( ...)
      - Devenir la meilleure au monde ne te semble pas un objectif suffisant ? s'étonna Nillem.
      - Non, parce qu'il est accessible et marque donc une fin, alors que la voie des Marchombres est infinie. Si, en revanche, je cherche à devenir meilleure que moi-même, je ne m'arrêterai jamais.
      Jilano prit la parole, une flamme douce dans ses yeux bleu pâle :
     - J'ai pourtant l'impression lorsque je t'entraîne que tu tentes de m'égaler. Peut-être même de me surpasser...
      - Non, répondit Ellana avec ferveur. Ce n'est pas vrai. Pas vous ! Vous me guidez sur la voie et je vous suis. Vous croyez en moi et je progresse. Je...je...
      Sa voix se brisa.
      Ce qu'elle ressentait se situait au-delà des mots, si fort, si vrai qu'elle rageait de ne pas pouvoir l'exprimer.
      Ce fut Sayanel qui lui tendit un stylet. Elle le saisit avec un regard reconnaissant et, sans réfléchir, traça trois lignes sur le bois de la table :

Force lumineuse et bienveillante
Gratitude infinie pour celui qui guide
Respect.



     p. 344 : Ellana et Nillem sont seuls dans le désert. Nillem écrit dans le sable sa première poésie :


Crête de sable à perte de vue
Regards entrelacés
Eternité


     (Ellana lui répond) .

      Son propre poème jaillit sans qu'elle ait besoin de réfléchir.


Sculpture d'ocre dans le désert
Partage épuré
Ephémère


     Comme pour lui donner raison, un souffle de vent chaud balaya la dune, effaçant les lettres et les mots. 


     p. 414

La vie est une question.
La voie du marchombre est tout à la fois
La réponse du savant et celle du poète.

(Ellundril Chariakin)


       En supplément à son livre, Pierre Bottero ajoute plusieurs textes en annexe, parmi lesquels celui-ci  (p. 417) :


  Dix rêves pour un Marchombre


· Se glisser derrière l'ombre de la lune
· Rêver le vent
· Chevaucher la brume
· Découvrir la frontière absolue
· La franchir
· D'une phrase, lier la Terre aux étoiles
· Danser sur ce lien.
· Capter la lumière.
· Vivre l'ombre

· Tendre vers l'Harmonie. Toujours.


     Et celui-là - avec encore des interventions de moi, en italique (p. 423-426) :

 

  Voyage 

     Ellundrin Chariakin, la marchombre légendaire pour ses exceptionnelles capacités, vient de poser sa main sur le cou d'un dragon redoutable, sans rien lui voler, mais en lui laissant simplement un message...

       Ecrit en lettres flamboyantes sur le mur qui lui fait face :

Beauté du geste libre
Supériorité de l'esprit sur la force
Rire.


      (...)


      ...Souffle imperceptible, elle se glisse dans le dos de l'homme assis à sa table de travail. Elle regarde par-dessus son épaule sans qu'une seule seconde il se doute de sa présence. Un bref sourire étire ses lèvres quand elle lit les mots qu'il vient d'écrire sur son ordinateur.
       Il est si loin de la vérité.
      Il arrête de taper sur son clavier, comme si la conscience de son incapacité à traduire l'âme marchombre se frayait enfin un passage dans son esprit. Il ferme les yeux un instant. Soupire.
      Deux mains se posent alors sur ses tempes, si délicates qu'il ne les sent pas, si douces que la tension en lui soudain reflue. Il recommence à écrire...
      (...)
      ...Une brise légère fait tourner les pages du livre abandonné sur la table. Une silhouette vêtue de cuir souple s'en éloigne d'une démarche fluide et, sans émettre le moindre bruit, se fond entre les arbres.

 

Limites sans cesse repoussées
Plaisir infini
Ecriture.


        Le premier volume (« Ellana ») se ferme sur ces mots.


       Dans le 3e volume (« La Prophétie »), elle se charge à son tour de la formation du jeune Salim, et voici le 1er texte de son protégé :

 

Racines et frondaisons du monde
Comme celles de l'ouverture et de l'harmonie
En soi



      ... Il y aurait encore tant de choses à dire ! Mais je m'arrête ici pour l'instant, et vous laisse le plaisir de les découvrir.

     En complément, voici simplement une interview récente de Pierre Bottero à Pélissanne, par Le Régional.






Par Martine Maillard - Publié dans : Citations
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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 22:13
        Comme je vous l'avais déjà indiqué dans deux précédents articles consacrés à la trilogie de "l'Autre", de Pierre Bottero (voir ici et ici), je me suis laissée envoûter, comme bien d'autres, par la personnalité riche et généreuse de cet auteur, né en 1964 à Barcelonnette dans les Alpes (voir ici l'article de Wikipédia le concernant, et son interview par la librairie Molla).

Pierre Bottero
portrait tiré du site de la librairie Molla
(voir le lien ci-dessus)


       D'ailleurs, si son imagination semble défier nos limites habituelles, elle est totalement nourrie de son vécu, à commencer par les paysages de montagnes, qui hantent son univers, et qu'il décrit avec une sensibilité captivante. Mais la base de son élan vers cette création de mondes imaginaires qui a fait sa notoriété, c'est sans doute - conjointement à la lecture du Seigneur des Anneaux qui selon lui l'a profondément ébranlé - à ses débuts d'instituteur, puis à sa constante fréquentation des jeunes qu'il la doit, qu'il s'agisse de stages en Salons du livre, ou d'interventions en bibliothèque ou plus couramment en milieu scolaire.
     De plus en plus au fil de son écriture, Pierre Bottero se pose en éducateur; son ambition est de montrer à ses lecteurs la beauté de la vie, d'abord : ce qui explique en partie son choix de situer ses histoires dans un milieu préservé, un monde pour ainsi dire "vierge". Mais elle est aussi de leur expliquer qu'il faut du courage et du désintéressement pour vivre une vie pleine et ouverte : et là l'univers de "l'héroïc fantasy" convient à merveille à l'élaboration de personnages aux qualités chevaleresques.
     Enfin, et c'est l'aspect le plus personnel
et le plus émouvant de son inspiration, il s'attache de plus en plus à montrer comment l'art (qu'il s'agisse d'écriture, de dessin, et parfois même de  danse), permet de matérialiser ses rêves, jusqu'à vivre en projection à travers eux.
      A cet égard, la trilogie d'Ewilan, qui m'avait rebutée au départ par les images de couverture d'une part, puis par ce démarrage sur une gamine en pleine rue, qui bascule dans un autre monde pour apprendre qu'elle est appelée à le sauver (une histoire de fous ! et de plus trop flatteuse à mon goût pour le narcissisme des jeunes), m'a vite enchantée lorsque j'ai découvert que dans ce nouvel univers, non seulement les jeunes apprenaient des valeurs morales essentielles, mais en plus découvraient incidemment leur créateur, occupé sous le nom de "Merlin" à écrire leur histoire, tandis qu'eux-mêmes, à leur tour, devenaient capables de "dessiner" des situations qui, grâce à la précision de leur imagination, pouvaient devenir concrètes.

      C'est ainsi que je me suis décidée à aborder "
Ellana". Or cette trilogie, qui fait suite aux "Mondes d'Ewilan" et a été écrite après la trilogie de "l'Autre", apporte encore plus - du moins dans le premier volume, mon préféré - que les précédents.


       En effet, l'auteur y rapporte une initiation.
     Ellana, orpheline élevée par des nains (clin d'oeil qui dépasse l'univers du conte, pour déboucher sur la réalité d'une enfance toute faite d'insouciance et de contact étroit avec la nature, plus particulièrement les arbres), découvre qu'elle appartient à la race (Pierre Bottero dit, à dessein, la "guilde", pour induire cette notion d'initiation nécessaire) des "Marchombres" - autrement dit, d'individus capables de se déplacer comme des ombres... Et un merveilleux maître, Jilano, va entreprendre de la former, physiquement et spirituellement, à une existence de liberté totale : devenir comme un chat capable de grimper n'importe où, savoir se battre pour ne dépendre de personne, mais aussi savoir écouter le vent, entendre les sons les plus ténus dans le silence le plus absolu, et enfin, devenir poète... A chaque émotion puissante, être capable de traduire celle-ci en mots, mais en mots qui ne doivent pas être dits, mais seulement écrits  : pas plus de trois vers, mais pleins de sens.
    C'est la
Poésie Marchombre.

(à suivre...)
Par Martine Maillard - Publié dans : Citations
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