Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)
Sur le lac bleu
Là-bas, près de l'île,
Trois jeunes cygnes ont relevé leurs ailes,
Trois enfants-cygnes au plumage fané,
Adolescents trop sages auprès de leurs parents
Aux becs orange et aux yeux noirs...
Sortez tout doucement,
Sans faire de bruit,
Jeunes cygnes couleur de l'œuf !
Le chasseur n'est pas loin...
Restez près de l'île natale
Aux herbes encore vertes,
Au coteau blond doré.
Bientôt vous volerez
De vos ailes immenses,
Vous serez beaux et grands,
Aux longs yeux de velours,
Aussi calmes que l'eau
Que ternira l'automne,
Et chaque nuit pour les hommes
Vous chanterez.
Et comme il s'agit d'acrostiches, je lui rends aujourd'hui cet hommage.
N octuelle beauté aux reflets irisés,
O bserves-tu la vie en clignant des paupières,
R égénérant les mots d'une vague guerrière ?
T u effleures l'abîme en un regard grisé,
I nsufflant la couleur aux formes imprécises,
N uançant les splendeurs de sentiments brisés,
E t dessinant la nuit auprès de l'aube assise...
(Suivez le lien en cliquant sur l'image)
Puisque nos voix s'épuisent à répéter ton nom
Et puisque la forêt reste muette et close
Envoyons nos légions de folie de fureur
Envoyons la lumière d'un immense brasier
La forêt s'ouvrira
La forêt ne veut pas te garder prisonnière
Elle prendra les hommes en ses replis secrets
Et t'ouvrira sa porte
Cela doit se produire
Il est même impossible que cela ne soit pas
Le soleil percera les frondaisons serrées
Il ouvrira le cœur des geôliers endurcis
Et la paix des colombes enfin fera son nid
Dans son propre pays
La blanche Colombie
Alors qu'à cet instant
Il n'est qu'une colombe
Et c'est toi seule Ingrid
En illustration musicale, le thème du "Monde Perdu", de Michael Stearns
(production Hearts of Space, 1995)







