Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
1 - Prélude
Sous le scintillement diffus des projecteurs,
Les instruments au loin resplendissent dans l'ombre...
Le piano ténébreux comme un miroir obscur
Ressemble à un félin faiblement assoupi ;
Près de lui est couché l'élégant violoncelle,
La nuque renversée comme un enfant rêveur...
Le piano gronde
Au fond d'un gouffre de splendeur,
Tandis que monte, intermittente,
La plainte âpre du violoncelle...
Puis c'est un lac profond à nos regards noyés,
Sur lequel vient glisser en volutes d'espace
Le chant sonore et grave d'un adolescent...
Par questions et réponses, ils luttent un instant,
Puis s'estompent en mourant, comme repris par l'ombre.
Leurs voix s'enlacent encore
Au-dessus de nos têtes,
Flamboyant caducée
Au ciel imaginaire...
Le rêve chaud vibre dans l'air,
Comme une chevelure ondulante et soyeuse
Jetant à profusion
Ses flammèches fluides...
La vision arrêtée
Fige les cœurs en suspension,
Le souffle sur les lèvres,
L'âme prête à jaillir...
Mais le torrent subit des applaudissements
Brise soudain l'extase
De cette nuit d'été.
(Veille de la fête des Mères)
Au jeu des balançoires
Il a perdu son âme…
Ou n’est-ce pas auparavant,
Tandis qu’enfouie au fond de lui
Il la tenait captive,
Muette et oubliée,
Qu’il en était privé ?
Et voici qu’à force de rire
A gorge déployée
Sur un morceau de bois agité dans les airs,
Atterrissant et décollant sans cesse
En un piqué-levé,
En une chute-élévation,
Allant, venant,
Poussé, chassé,
Il ne fut plus qu’un ample mouvement,
Que vitesse envolée,
Que va-et-vient charmé,
Qu’emportement ravi…
Et soudain,
Son âme s’échappa comme l’eau s’évapore
Et s’immobilisa à le regarder vivre,
Ailes déployées,
Superbe comme un lys
Dressé dans le soleil couchant…
Défaillant, à sa corde agrippé,
Il vit le soir doré
Superbement s’épandre,
Et il sentit les arbres exhaler leur odeur,
Tandis que peu à peu
Leurs effluves le pénétraient…
Et le rayonnement secret du soir,
Comme une nourriture exquise
Entra dans sa respiration,
Y demeura comme en suspens,
S’y déploya…
En un instant,
Il se sentit égal au paysage,
Rire égrené sur fraîcheur répandue,
Et chute suspendue ;
Alors son corps fut si sensible
Qu’il le posa sur le gazon.
Aux éditions Stellamaris vient de paraître mon recueil
Renaître.
Vous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.

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Parvenue à son n°9, Shi-zen, ou "le féminin éthique et pas toc", est un magazine attrayant écrit par des femmes mais aussi par des hommes, pour des femmes mais aussi pour des hommes, dans une optique résolument écologique (imprimée sur papier recyclé bien sûr).
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