L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Poètes antiques traduits ou adaptés

Mardi 14 juillet 2009 2 14 /07 /Juil /2009 00:00

Puisque vous avez aimé l'Amour Mouillé, voici un autre poème d'Anacréon, une "chanson à boire", thème très prisé à l'époque (mais je pense aussi qu'Anacréon était un "chaud lapin" tout de même...)

Je l'ai traduit à la même époque, mais j'ai eu beaucoup plus de mal. Vous vous en rendrez compte...
J'y ai ajouté un petit topo sur l'auteur.

Vase grec représentant des convives lors d'un banquet, avec une joueuse de flûte double.

 

    Anacréon, poète grec du VIe siècle avant Jésus-Christ, serait né à Téos, en Asie Mineure, d'un père lui-même déjà poète. En cette grande époque du lyrisme, qui voit s'épanouir au Moyen-Orient une civilisation riche et raffinée, il se fait le chantre des banquets, du vin et de l'amour facile. N'oublions pas que le dieu du vin est Dionysos, et que l'"ivresse" qu'il communique s'apparente à l'inspiration poétique aux yeux des anciens. Le terme de "poésie lyrique" lui-même provient du nom de la "lyre", l'instrument avec lequel s'accompagnaient les artistes, qui chantaient toujours leurs oeuvres, gaiement rythmées et soutenues par les petites flûtes et les tambourins. Le rythme affectionné par Anacréon était le rythme iambique, un rythme à trois temps particulièrement entraînant avec l'accent sur le 2e temps.

    Sa poésie devint si célèbre que les poètes latins, puis de la renaissance française s'en inspirèrent (par exemple, Ronsard).

 

 

Je veux chanter ici le doux et gent Amour
Aux diadèmes fleuris ; car des dieux il est maître
Et des mortels nés ou à naître.

Esclave, apporte l’eau, le vin et les fleurs, cours,
Pour que je rivalise avec le bel Amour !

Va, esclave, je veux boire à en perdre haleine !
Prends dix mesures d’eau, cinq de vin et, bien pleine,
Donne la coupe d’or : célébrons Dionysos.

Va, et buvons sans cris, sans tapage et ivresse,
Avec modération ; chantons notre allégresse
Avec nos hymnes les plus beaux !

Je n’aime pas celui qui, en buvant, rappelle
La guerre triste et les morts tant pleurés ;
Chantons les Muses, nous, Aphrodite si belle,
La vie heureuse et le plaisir d’aimer !

Traduction de Martine Maillard
Tous droits réservés.

Par Martine Maillard - Publié dans : Poètes antiques traduits ou adaptés
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 00:00

      Voici un charmant poème d'Anacréon (Poète Grec du VIe siècle av. JC), que j'ai traduit étant élève, à 16 ans en classe de première. Il s'agit d'une adaptation en vers réguliers et rimés, reproduisant le plus fidèlement possible le style du modèle. Ronsard a fait également une adaptation de ce poème dans ses Odes (II, 19), et vous en trouverez une traduction "fidèle" en ligne ici.

 

 


 


    Vers l’heure de minuit, un jour,

    Alors que l’Ourse fait son tour

    Par la main du Bouvier guidée,

    Et que la race fatiguée

    Des mortels dort profondément,

    Tout à coup Eros, m’éveillant,

    Frappa le heurtoir de ma porte.

    « Qui, dis-je, frappe de la sorte,

    Chassant mes rêves sans douceur ? »

    Mais il me dit : « Ne prends pas peur ;

    Je suis un enfant, ouvre vite,

    Qu’en ta demeure je m’abrite !

    Dans la nuit noire j’ai erré,

    Je suis trempé. » Je m’éclairai,

    Émue au son de sa prière,

    Et lui ouvris : à la lumière

    M’apparut un petit enfant

    Tout blond et délicat, portant

    Un arc, des ailes et des flèches.

    Je le guidai pour qu’il se sèche

    Devant mon feu, et de mes mains

    Lui épongeai ses cheveux fins,

    Le frictionnai ; lorsque la pluie

    Fut toute de son corps enfuie

    Et qu’il fut réchauffé, soudain,

    Il dit d’un petit air malin :

    « Je veux essayer cet arc, donne :

    La corde en est-elle encor bonne

    Malgré l’averse de ce soir ?

    Je vais le tendre un peu pour voir. »

    L’arc se tendit, la flèche fine

    Vola tout droit en ma poitrine

    Et m’y causa un mal cuisant.

    Mais lui bondissait en riant :

    « Ah ! Le bon tour ! Je t’ai bien eue,

    Ma flèche en ton cœur est venue !

    Ma corde a l’air en bon état,

    Mais c’est toi qui en souffriras ! »

Traduction de Martine Maillard
Tous droits réservés

 

 

Par Martine Maillard - Publié dans : Poètes antiques traduits ou adaptés
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 15:49
    Entraînée vers la poésie latine à l'occasion d'un départ en retraite, j'ai retrouvé une traduction en vers d'une ode d'Horace que j'avais composée alors que j'étais en classe de seconde.
    Mon texte, inspiré surtout des notes prises pendant le cours, s'éloigne parfois de l'intention initiale du poète latin, mais je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager, tout en vous indiquant en regard l'excellente traduction versifiée du Comte Ulysse de Séguier (qui date de 1883), et la traduction parfaitement fidèle (mais non versifiée) de Leconte de Lisle.

    Comme le fit sa contemporaine Renée Vivien dans son adaptation des vers de Sappho (et justement Horace applique ici les règles de versification créées par la célèbre poétesse grecque et son ami le poète Alcée), Ulysse de Séguier s'efforce de rendre les rythmes d'origine, en utilisant deux vers de 11 syllabes, puis un de 9, et un de 10, pour obtenir ce qu'on a appelé "la strophe alcaïque", devenue avec la "strophe saphique" la préférée des poètes lyriques latins (voir ici, et la catégorie que j'ai consacrée à Renée Vivien plus en particulier).
    Notez aussi que l'ami du poète, "Postumus", se prénomme ainsi parce qu'il est  "le dernier" de sa  famille, comme  c'était l'habitude chez les romains, le premier se nommant "Primus", le second "Secundus", et plus couramment le  cinquième "Quintus" et le huitième "Octavus" : il n'a donc aucun rapport avec l'adjectif français "posthume", et ne prend pas de "h" comme on le voit parfois par erreur.


Portrait d'Horace, levant son verre à l'occasion d'un banquet
(voir le site ici)

Il s'agit de l'Ode n°14 du livre 2,
surnommée couramment "Mélancolie"
_______________

Las ! Postumus, les ans glissent, s'échappent,
Et la piété ne retardera pas
Notre vieillesse en pleurs qui nous rattrape
Avec la ride et l'odieux trépas.

Quand chaque jour, ami, de tes étables,
Tu offrirais trois cents beaux taurillons
Au grand Pluton, ce dieu impitoyable
Qui tient Tytios et le triple Géryon


Emprisonnés dans l'eau noire et amère,
Il ne faudra pas moins tous la passer,
Quelque travail que nous fassions sur terre,
Du roi puissant au plus humble berger.


En vain, de Mars évitons-nous les guerres
Et de la mer les grands flots déchaînés,
En vain, l'automne, essayons-nous de faire
Obstacle au vent nuisible à la santé.


Il faudra voir le Cocyte aux eaux lentes,
Ce fleuve noir, et du roi Danaüs
La race infâme et la peine accablante
Dont est puni l'orgueilleux Sisyphus ;


Quitter sa terre et une épouse chère ;
Et du verger que tu as cultivé,
Seul te suivra, toi son maître éphémère,
Le noir cyprès, funeste et détesté !


Un héritier répandra, moins timide,
Ton Cécubus conservé sous cent clés
Et baignera ton blanc dallage humide
D'un vin plus pur qu'aux plus beaux des banquets.

 

 

  Adaptation en vers de Martine Maillard

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Par Martine Maillard - Publié dans : Poètes antiques traduits ou adaptés - Communauté : Pensées d'ailleurs
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