L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Poèmes-délires

Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 21:42

    Lorsqu'au sortir de l'adolescence je parvins à Paris pour y faire mes études, il n'y avait pas encore d'Opéra Bastille - il n'en était même pas question ! Le seul opéra, que je découvris avec ravissement, était le Palais Garnier.

Opera-Garnier_survol.jpg

Vue aérienne de l'Opéra de Paris, au début du 20e siècle

    Posé comme un joyau dans son écrin de façades, il m'éblouit par son architecture aussi savante qu'équilibrée et par le mystère impérieux qui entourait ses coulisses. De toutes façons, tout m'y était mystérieux, puisque je n'imaginais pas une seconde y venir en spectatrice, persuadée que j'étais de sa destination à une élite aussi élégante que fortunée...

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Carte postale représentant le Palais Garnier avant sa restauration, dans les années 70

     J'en collectionnais les vues sur cartes postales, et j'aimais particulièrement celle-ci qui évoque les grands soirs où la musique en faisait vibrer les voûtes... Mais je ne m'imaginais pas, moi petite provinciale sans éducation, mêlée au grand monde circulant à l'intérieur ; surtout que dans mon rêve d'adolescente, ce n'était pas par le devant que je devais y pénétrer, mais par l'arrière, par l'entrée des artistes !

     Je chantais beaucoup à l'époque, mais sans avoir eu accès au Conservatoire, si bien qu'aucune expérience ne pouvait me retenir de basculer dans un imaginaire permanent.

    Furieusement tentée par une visite "intime" des lieux, je me mis à guetter l'arrière du bâtiment pour voir comment l'on pouvait s'y faufiler, et repérai vite le passage que je cherchais.

Opera-Garnier_arriere1.jpg

Vue arrière du Palais Garnier, avant sa restauration

      Sur cette vue de la façade dos du Palais Garnier, j'ai ajouté une flèche rouge pour pointer la porte que je découvris comme étant celle de la conciergerie... Ayant vu entrer et sortir par là des personnes, mais ayant aussi remarqué qu'elles saluaient au passage un gardien, je me ruai un beau matin à l'intérieur, en courant à toutes jambes pour que l'on ne puisse pas m'arrêter, enfonçant un couloir puis montant le premier escalier venu...

    J'étais arrivée dans les coulisses ! Toute cette partie arrière du bâtiment était consacrée aux salles de répétition. J'ignorais si des visites guidées du monument étaient alors en place, et d'ailleurs je me promenai dedans tout à fait ingénument, sans guide, et sans indication précise sur ce que je voyais.

Opera-Garnier-Foyer.jpeg

Le Grand Foyer

    Mais ce fut un plaisir sans égal que de découvrir, derrière une porte, de luxueux promenoirs plongés dans le sommeil, ou sous le grand escalier, une fontaine... 

Opera-Garnier-salle.jpg

La salle de l'Opéra Garnier avec son somptueux rideau

    ... Et enfin, la salle ! Plongée dans l'obscurité comme il se doit, mais avec juste l'éclairage nécessaire venu des larges vitres du couloir que je quittais ou de quelques veilleuses.

Opera-Garnier_Salle.jpg

Sur ce cliché emprunté à Wikipédia, la scène a été avancée  par dessus la fosse d'orchestre, puisqu'il s'agit vraisemblablement d'un concert et que les musiciens sont dessus

     Puis, lorsque j'osai transgresser l'interdiction qui me menaçait à chaque étage (à chaque étage au même endroit : une porte grise avec un gros sens interdit, assorti d'une inscription effrayante du type "entrée formellement interdite"), je me trouvai enfin sur la scène. Sombre elle aussi et surtout enchevêtrée de décors immenses, mais éclairée par le haut, juste ce qu'il fallait pour que je ne m'y perde pas tout à fait...

Opera-Garnier_Coupe.jpg

Maquette de l'Opéra Garnier en coupe longitudinale, visible au Musée d'Orsay

    Ce ne fut que de longues années plus tard, qu'à l'occasion de la rencontre avec un représentant d'une encyclopédie, je reçus de celui-ci en cadeau un poster sur lequel je pus découvrir cette coupe de l'édifice, me permettant de mieux comprendre mon périple et mes errances.

Opera-garnier_Coupe1.jpgLa même coupe trouvée commentée sur le net, avec quelques ajouts de ma main (note : je ne sais pas ce qu'est le "Zodiaque", et je n'y ai pas eu accès)

     J'étais là comme Alice au Pays des Merveilles... D'autant plus éblouie que tout m'apparaissait vierge de toute indication d'ordre culturel ou explicatif. Simple et superbe comme une femme qui se déshabille.

    Et c'est pourquoi peu après, plongée dans la psychanalyse, je m'avisai du fait que l'Opéra de Paris pouvait ressembler à un Sphinx.

Opera-Garnier_annees2000.jpgVue actuelle du Palais Garnier (cliché Wikipédia)

 

   La merveilleuse coupole qui surplombe la salle peut faire penser au crâne de l'animal (traditionnellement couché), tandis que les frontons latéraux de la façade évoquent ses pattes avant, et les petits pavillons des côtés, les pattes arrière, le toit de la scène représentant son dos. De son visage on ne perçoit pas la gueule, mais une quantité d'yeux qui vous regardent, comme toutes ces fenêtres ; par contre, lorsque vous vous trouvez dans la salle, ronde et rouge, c'est comme si vous y étiez, dans sa gueule !

   Et de même que Jean Cocteau, dans la Machine Infernale, prête au Sphinx-femme la faculté de se transformer en labyrinthe, de même ce "Palais des Mirages" devenait pour moi le support de tous les fantasmes...

 

    « ... Bouclé comme la mer, la colonne, la rose, musclé comme la pieuvre, machiné comme les décors du rêve, invisible surtout, invisible et majestueux comme la circulation du sang des statues, un fil qui te ligote avec la volubilité des arabesques folles du miel qui tombe sur du miel. »

(Cocteau, la tirade du Sphinx, voir texte complet ici)

 

   J'ai donc écrit ce poème, intitulé SPHINX, pour illustrer cette idée, en ajoutant à la fin le souvenir d'une grande interprète retrouvée un soir de représentation seule sous un porche à attendre son taxi, loin derrière l'entrée des artistes.

 

 

Tu es le théâtre ô mon Sphinx endormi

 

Sous tes voiles veillent mille dragons cachés

Dans les labyrinthes de ton corps accroupi

Sous tes paupières obstinément baissées

Tu me dérobes ton regard de feu

Et je te cherche sans jamais te trouver

 

Par les voies sans issue les portes closes

Les entrées interdites les escaliers de coulisses

Dans les logettes réservées

Les vestiaires d'artistes

Sur les passerelles qui surplombent la scène

Les tours de lumière

Je te cherche en vain

 

Et je te trouve enfin toute de blanc vêtue

Seule sous la porte cochère

Qui regardes pleuvoir la nuit

Douce et abandonnée

 

Tu as fui ce soir-là tu t'es fondue dans l'air

Et depuis tu n'es plus qu'un fantôme irréel

Aux apparitions insaisissables

 

Et dont la voix me déchire

 

 

 

  Tu che le vanita, Air d'Elisabeth tiré de l'Acte V
de Don Carlo de Verdi, chanté ici vraisemblablement
par Maria Callas. 

 

 

    Il faut dire que la voix humaine a un grand pouvoir émotionnel, ce qui explique le culte que l'on a pu rendre aux "divas". Je parlais hier des vibrations transmises par une salle, mais une voix féminine puissante émet elle-même de telles vibrations que l'on ne peut qu'en être profondément bouleversé.

 

     Pour terminer cet hommage rendu à notre bel Opéra, je vous invite à visiter la page que lui consacre Wikipédia, très bien documentée ; ainsi que ce site spécifique, intéressant pour ses visites virtuelles.


Par Valentine - Publié dans : Poèmes-délires - Communauté : Partager
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 22:04

Peniches.jpg

 

Péniches

Bateaux oblongs

Aux noms d’oiseaux

Aux résonances lointaines

Vous rêvez

Penchées

Posées

Maquillées de belles toilettes

Près du quai endormi

Où l’eau palpite

Près de l’île verte

 

Peut-on partir en vos chambrées

Ou simplement glisser

Se laisser dériver

Sans attaches sans but

Vers le bleu indécis d’un ciel désembué

 

Peniche2.jpg

 

 

    Pour illustrer musicalement ce poème, quoi de mieux que "Asie", tiré de Shéhérazade de Maurice Ravel, sur un poème de Tristan Klingsor ?

 

Vous en trouverez le texte complet ici, mais voici les vers qui font écho à mon poème :

« Je voudrais m'en aller avec la goëlette

Qui se berce ce soir dans le port,

Mystérieuse et solitaire ;

Et qui déploie enfin ses voiles violettes

Comme un immense oiseau de nuit dans le ciel d'or ! »

Par Valentine - Publié dans : Poèmes-délires - Communauté : images du monde
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Jeudi 4 août 2011 4 04 /08 /Août /2011 18:41

Sauterelle

 

Seule sur son tableau
Mona Lisa s’ennuie
  Sous son regard pâlot
Il se peut qu’elle fuie

Personne ne la voit
Assise à sa fenêtre
Sous son sourire froid
Elle pleure peut-être

Elle appelle en secret
Une amitié lointaine
 Mais voici qu’un criquet
S’est ému de sa peine

Il la chatouille un peu
En marchant sur la toile
Et bientôt dans ses yeux
S’éveillent des étoiles

Petit criquet sauteur
Tu naquis d’un mirage
Elle vibre et son cœur
Éclaire son visage

Sur l’étrange horizon
Explorateur du monde
Esquisse une maison
Où sourit la Joconde

 

Mona-Lisa.jpg

Par Valentine - Publié dans : Poèmes-délires - Communauté : L'âme du poète
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