L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Le Passage

Vendredi 29 avril 2011 5 29 /04 /Avr /2011 09:24

        Le poème qui suit a été écrit il y a longtemps, alors que j'étais jeunette et n'avais pas vingt-cinq ans. Cependant je ne le renie pas car il exprime réellement ma "profession de foi" - de façon un peu précipitée et intinctive certes - et ce n'est pas par hasard si c'est de lui que j'avais tiré le titre du recueil qui a suivi immédiatement Le Rossignol d'Argent, publié en 1974 aux éditions Saint-Germain-des-Prés (devenues depuis Le Cherche-Midi éditeur) : Mourir une seconde fois.

      Les familiers de ce blog se souviendront de cet intitulé que j'ai appliqué longtemps à l'un des thèmes de mes propos, ainsi qu'à l'oeuvre elle-même publiée sur le site In Libro Veritas ; cependant aujourd'hui, à l'heure où ces poèmes vont être publiés aux éditions Stellamaris j'ai décidé de modifier ce titre, évocateur de souffrance, pour le remplacer par celui-ci : Le Passage.

      C'est donc sous ce nouvel intitulé que vous retrouvez la section correspondante sur ce blog, ainsi que la plaquette présente sur in Libro Veritas ; et vous pourrez constater que, si la section du blog ne comporte que onze poèmes, c'est parce que beaucoup des textes de ce recueil ont été dispersés sous d'autres appellations (certains dans "poèmes de détresse", d'autres dans "poèmes d'amour", "poèmes mystiques", ou encore dans "acrostiches" ou dans "sonnets") ou bien non publiés (comme celui qui suit) : car en réalité Le Passage contient 32 poèmes répartis à l'intérieur de quatre chapitres (L'Espace des Amants, Chute, Histoire et Légendes).

     La notion de "mourir une seconde fois" exprimée ici est située au début de la section Chute, qui intervient pour souligner une rupture après la "lune de miel" de L'Espace des Amants : elle suppose une "vie avant la vie", qui fait que ce que l'on appelle communément "naissance" est en réalité une mort, et ce que l'on appelle communément "mort" (mais qui est une "seconde mort" !) peut être considéré comme une nouvelle naissance... Naissance à la vraie vie "cosmique", dans laquelle ce qui  est apparemment fragmenté n'est en fait qu'une unique Lumière.

    Le nouveau titre du recueil est inspiré du dernier poème, Château, déjà publié sur ce blog ici.

 

Nebuleuse.jpg

 

Courir les rues avec la certitude

De mourir au premier pas

Demander aux étoiles de marcher avec moi

Renoncer au désert pour connaître l’amour

 

Un soleil de demain perdu dans un fossé

L’emporter comme trophée à bout de bras

Le jeter à la mer pour qu’il éclabousse le ciel

De mille étoiles nouvelles

Plonger avec lui pour mourir une seconde fois

Et me partager aussi en étoiles

 

 

La vie cosmique

Cet éparpillement de l’âme déchirée en mille étincelles

Que l’on ne parvient pas à rassembler

Cette course éperdue de l’une à l’autre

Ce flottement dans l’inconscience entre l’être et le néant

Cet éblouissement quotidien

Cet étourdissement des sens

Qui se perdent et se retrouvent sans cesse

 

Le soleil éclate en étoiles et en planètes

Mais les étoiles les milliers d’étoiles

Ne sont au loin qu’un seul et brillant soleil


Par Valentine - Publié dans : Le Passage - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 29 janvier 2011 6 29 /01 /Jan /2011 11:52

(J'ai ajouté dessous la musique qui s'imposait).

 

Oehme-scharfenberg_bei_nacht.jpg Ferdinand Oehme (1797-1855) : Château Scharfenberg la nuit (1827)

 

C'est un château sans lune,

Mirage dans l'espace étoilé...

 

Elle n'avait qu'un sourire à donner :

Elle en mourut.

 

Souffle ta bougie,

Et traverse les corridors déserts,

Dans le froid et la nuit,

Jusqu'à la salle obscure

Où veillent les cheminées ;

 

Telle une fumée légère,

Glisse-toi dans l'âtre vide,

Et remonte le goulet jusqu'à l'air libre,

Jusqu'à l'espace ouvert,

Jusqu'au ciel nocturne !

 

Une sorcière sur son balai

A traversé l'air en sifflant

A une vitesse étourdissante.

 

Et tu te lances à sa poursuite,

Cramponnée à la crinière de tes rêves

Qui filent comme le vent ;

Il faut aller au-delà du rideau noir,

Le soulever, passer, passer coûte que coûte !

 

Il se plisse à l'horizon ;

Les machinistes du ciel le relèvent à grand ahan,

Tirant de toutes leurs forces sur les cordages des constellations.

Et tu glisses sur ton esquif léger,

Humant le vent du large à pleins poumons...

 

Courage ! Le but est proche !

 

Et soudain, sans que rien ne cessât d'exister

Au décor de cette grotte obscure,

Sans ébranler sur son passage

Ni le ciel, ni le château, ni le paysage,

Le vaisseau toutes voiles gonflées

Franchit la barre dans un grand frémissement...

 

 

Extrait de "Le Passage"
Poèmes composés entre 1974 et 1975

 
 

Et pour accompagner cette fin "en ouverture", voici la fin de "Mort et Transfiguration" de Richard Strauss, interprétée par Herbert von Karajan et l'orchestre philharmonique de Berlin.

 


Par Valentine - Publié dans : Le Passage - Communauté : L'âme du poète
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Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 00:00

"Le Bateau Ivre" Peinture d'Arlette Art, tiré de ce site.



Je descends du sommeil des étoiles prochaines
Elles tournent pareilles au feu de mes décombres
Eclaboussées d'ailleurs oubliées des serpents
Pauvres comme la nuit des rêves engloutis

La chaleur des tes yeux était comme un navire
Et j'avais pris la mer vers tes contrées sauvages
Mon épave abîmée abandonnée des voiles
Où as-tu donc perdu ta flambée d'étincelles

Le brasier t'a quittée tu n'es plus qu'un reflet
Ton image dans l'eau peu à peu disparaît
Tu t'enfonces enchaînée aux bras gluants des algues
Et mes larmes en tombant effacent ton image

Je suis liée au ciel par mes bras écartés
Et la barque poursuit son chemin extasié
Vers les bords chatoyants des horizons cachés
Silencieuse parmi les retombées d'azur


Par Martine Maillard - Publié dans : Le Passage - Communauté : L'âme du poète
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