Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Le poème qui suit a été écrit il y a longtemps, alors que j'étais jeunette et n'avais pas vingt-cinq ans. Cependant je ne le renie pas car il exprime réellement ma "profession de foi" - de façon un peu précipitée et intinctive certes - et ce n'est pas par hasard si c'est de lui que j'avais tiré le titre du recueil qui a suivi immédiatement Le Rossignol d'Argent, publié en 1974 aux éditions Saint-Germain-des-Prés (devenues depuis Le Cherche-Midi éditeur) : Mourir une seconde fois.
Les familiers de ce blog se souviendront de cet intitulé que j'ai appliqué longtemps à l'un des thèmes de mes propos, ainsi qu'à l'oeuvre elle-même publiée sur le site In Libro Veritas ; cependant aujourd'hui, à l'heure où ces poèmes vont être publiés aux éditions Stellamaris j'ai décidé de modifier ce titre, évocateur de souffrance, pour le remplacer par celui-ci : Le Passage.
C'est donc sous ce nouvel intitulé que vous retrouvez la section correspondante sur ce blog, ainsi que la plaquette présente sur in Libro Veritas ; et vous pourrez constater que, si la section du blog ne comporte que onze poèmes, c'est parce que beaucoup des textes de ce recueil ont été dispersés sous d'autres appellations (certains dans "poèmes de détresse", d'autres dans "poèmes d'amour", "poèmes mystiques", ou encore dans "acrostiches" ou dans "sonnets") ou bien non publiés (comme celui qui suit) : car en réalité Le Passage contient 32 poèmes répartis à l'intérieur de quatre chapitres (L'Espace des Amants, Chute, Histoire et Légendes).
La notion de "mourir une seconde fois" exprimée ici est située au début de la section Chute, qui intervient pour souligner une rupture après la "lune de miel" de L'Espace des Amants : elle suppose une "vie avant la vie", qui fait que ce que l'on appelle communément "naissance" est en réalité une mort, et ce que l'on appelle communément "mort" (mais qui est une "seconde mort" !) peut être considéré comme une nouvelle naissance... Naissance à la vraie vie "cosmique", dans laquelle ce qui est apparemment fragmenté n'est en fait qu'une unique Lumière.
Le nouveau titre du recueil est inspiré du dernier
poème, Château, déjà publié sur ce blog ici.
Courir les rues avec la certitude
De mourir au premier pas
Demander aux étoiles de marcher avec moi
Renoncer au désert pour connaître l’amour
Un soleil de demain perdu dans un fossé
L’emporter comme trophée à bout de bras
Le jeter à la mer pour qu’il éclabousse le ciel
De mille étoiles nouvelles
Plonger avec lui pour mourir une seconde fois
Et me partager aussi en étoiles
La vie cosmique
Cet éparpillement de l’âme déchirée en mille étincelles
Que l’on ne parvient pas à rassembler
Cette course éperdue de l’une à l’autre
Ce flottement dans l’inconscience entre l’être et le néant
Cet éblouissement quotidien
Cet étourdissement des sens
Qui se perdent et se retrouvent sans cesse
Le soleil éclate en étoiles et en planètes
Mais les étoiles les milliers d’étoiles
Ne sont au loin qu’un seul et brillant soleil
(J'ai ajouté dessous la musique qui s'imposait).
Ferdinand Oehme (1797-1855) : Château Scharfenberg la nuit (1827)
C'est un château sans lune,
Mirage dans l'espace étoilé...
Elle n'avait qu'un sourire à donner :
Elle en mourut.
Souffle ta bougie,
Et traverse les corridors déserts,
Dans le froid et la nuit,
Jusqu'à la salle obscure
Où veillent les cheminées ;
Telle une fumée légère,
Glisse-toi dans l'âtre vide,
Et remonte le goulet jusqu'à l'air libre,
Jusqu'à l'espace ouvert,
Jusqu'au ciel nocturne !
Une sorcière sur son balai
A traversé l'air en sifflant
A une vitesse étourdissante.
Et tu te lances à sa poursuite,
Cramponnée à la crinière de tes rêves
Qui filent comme le vent ;
Il faut aller au-delà du rideau noir,
Le soulever, passer, passer coûte que coûte !
Il se plisse à l'horizon ;
Les machinistes du ciel le relèvent à grand ahan,
Tirant de toutes leurs forces sur les cordages des constellations.
Et tu glisses sur ton esquif léger,
Humant le vent du large à pleins poumons...
Courage ! Le but est proche !
Et soudain, sans que rien ne cessât d'exister
Au décor de cette grotte obscure,
Sans ébranler sur son passage
Ni le ciel, ni le château, ni le paysage,
Le vaisseau toutes voiles gonflées
Franchit la barre dans un grand frémissement...
Extrait de "Le
Passage"
Poèmes composés entre 1974 et 1975
Et pour accompagner cette fin "en ouverture", voici la fin de "Mort et Transfiguration" de Richard Strauss, interprétée par Herbert von Karajan et l'orchestre philharmonique de Berlin.
Aux éditions Stellamaris vient de paraître mon recueil
Renaître.
Vous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.

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