L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Robert Bichet

Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 12:09
       Au printemps dernier, à l'occasion de la préparation du concert "Là-bas sont tous les rêves", deux élèves de la section "audiovisuel" de l'AFPA d'Issoudun (Anne-Sophie Serpossian et Pierre Gilliocq) ont décidé de prendre pour sujet de travail en vue de leur diplôme un reportage sur Robert Bichet.
     Ils nous en ont très aimablement laissé le DVD, que j'ai transféré sur Youtube.
      Le voici.
     Pour le moment, je vous le laisse brut. S'il y a besoin de commentaires, je les ajouterai par la suite.


Par Martine Maillard - Publié dans : Robert Bichet
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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /Nov /2009 10:15
     Voici longtemps que je ne vous ai pas parlé de Robert Bichet.
     Il vient de composer une nouvelle oeuvre, dédiée à son père fauché dans l'accident de voiture dont il a  lui-même été la victime, en juillet 2005 (voir ici). Elle a été jouée a Issoudun lors du concert de fin d'année du Conservatoire Municipal de musique le 25 juin 2009, avec le compositeur au cor anglais, Francesca Paderni comme toujours aux Ondes Martenot, et Frédéric Langé, le professeur de saxophone du Conservatoire, à la direction, qu'il assume avec un brio remarquable.

Au centre, Robert Bichet ; à droite, Francesca Paderni ; à gauche, Jean-Benoît Walker-Viry,
le nouveau directeur du conservatoire de musique d'Issoudun qui a succédé à Robert Bichet
en septembre 2007 - Photo Martine Maillard.

     Cette oeuvre s'inspire d'un poème qu'il avait écrit précédemment en hommage à des personnes disparues de son entourage, et que je vous propose ici.


Là-bas sont tous les rêves,
les étoiles vivantes
et les astres éteints,
où reposent
les volcans des passions infinies...

Là-bas sont les oiseaux
et toutes les musiques,
celles qui chantent doucement
dans le cœur des poètes,
de la renarde rusée
ou du lièvre égaré...

Là-bas sont tous les arbres
d'une verte forêt
où les saisons se perdent
dans l'infini du temps
sans toutefois mourir
de leurs feuilles d'automne...

Il n'y a plus de pluies,
de brumes, plus de frimas,
La lumière illumine
tout l'infini du temps

Robert Bichet, janvier 1999
voir ici le poème commenté et illustré par ses soins

 

     Il s'agit d'une évocation de l'au-delà, où se retrouvent ceux qui nous ont quittés.

     Robert Bichet a donc conçu cette oeuvre en quatre parties distinctes, auxquelles s'ajoute une improvisation du chef d'orchestre, ce qui est une grande première dans le genre, comme si  celui-ci était considéré comme artiste à part entière, et avait droit à ce que dans les concerti on appelle la "cadence" du soliste : un moment de liberté pour improviser sur les thèmes du morceau.

     En fait, vous devez savoir, si je ne vous l'ai pas déjà dit, que Robert Bichet a conçu un langage musical qui lui est propre, et qui est destiné à permettre à de jeunes débutants de participer à l'orchestre : il a créé des "signes conventionnels" correspondant à divers schémas musicaux. Sur l'un d'eux, il s'agira de jouer des notes aléatoires mais naturelles, en notes tenues ; sur un autre, la même chose mais sous forme de petits sons itératifs ; sur un autre il s'agira de notes altérées. Cela forme des "masses sonores", qui sont gérées au moyen de durées précises. D'autres schémas seront notés sous forme d'une mélodie simple (ou pour le piano d'un accord arpégé, ou d'une série de pulsations d'accords écrits) qui se répète ; les cordes seront parfois invitées à exécuter des sons libres en pizzicati, ou à d'autres moments à effectuer des glissandos en montant et  en descendant... Tous ces schémas sont soigneusement répertoriés et utilisés au fil de l'oeuvre, qui apparaît ainsi comme une sorte de montage, analogue aux taches que l'on peut appliquer à un tableau contemporain.

     C'est ainsi que, riche des schémas connus de l'orchestre et désignés chacun par un numéro, le chef d'orchestre, en fin d'oeuvre, peut improviser en indiquant le chiffre avec ses doigts à un groupe orchestral, puis en faisant signe à d'autres,  faisant enfler  le son en écartant les bras puis le stoppant net en ramenant les bras ; ou en désignant les gongs et nombreuses percussions présentes dont Robert Bichet a la passion.

     Pour cela Frédéric Langé, passionné de la musique de Robert Bichet, fut absolument excellent.

    Mais vous en aurez bientôt l'explication claire lorsque j'aurai réussi à télécharger la vidéo d'un reportage qui a été fait par des étudiants de l'AFPA d'Issoudun... Ce qui ne saurait tarder.

 

      Voici donc quelques extraits du concert donné le 25 juin dernier à Issoudun.

Frédéric Langé à la tête de l'orchestre des professeurs et des élèves.
(Photo Daniel Besson)


      L'oeuvre débute par une évocation de l'accident, qui est souligné par l'apparition brève d'une bande son, calquée sur les sonorités métalliques de l'orchestre (cuivres, cloches-tubes).


          Puis sa transposition : on entend des bruissement d'insectes sous le soleil d'été. Très contemplatif, Robert Bichet bascule immédiatement dans l'évocation de la nature de son enfance, et dans ce qu'il appelle "le Rêve".

 


    C'est là qu'apparaît le cor anglais, accompagné de l'Onde. Malheureusement l'enregistrement, réalisé avec des micros disséminés sur la scène, privilégie excessivement le premier violon, trop exposé, au détriment de l'Onde que l'on perçoit à peine.

 

 


 

Robert Bichet (cor anglais) et Francesca Paderni (Ondes Martenot)
Photo Daniel Besson.

 

      Et pour clore cet "Accident transposé" (la première partie de l'oeuvre), un "soleil couchant", représenté par de vastes masses sonores, comme de larges taches de couleur.



        Vient alors le "Premier Rêve transposé ": c'est la nuit, et des crapauds alytes chantent sous le ciel étoilé de juillet (précisions notées avec soin par le compositeur). Là encore, une courte bande-son s'ajoute à l'orchestre pour évoquer le chant des crapauds.



  
     Un second "soleil couchant" y met fin, préparant la troisième partie.



     
     Cette troisième partie évoque le "Second Rêve transposé", qui n'est rien moins que l'Ailleurs - et comme le désigne le compositeur : "l'Eternel Départ". Il y adjoint la bande sonore d'un essaim d'abeilles.



    
     Beaucoup plus lyrique, cette partie inclut la présence du piano, et son achèvement introduit la lecture du poème, par Robert Bichet lui-même, soutenue par le martèlement léger de la grosse caisse (quatrième partie).


(Photo Daniel Besson)



      Enfin, l'improvisation ou cinquième partie clôt cette vaste évocation. En voici la fin, à trois coups de gongs près.





Frédéric Langé en pleine action
(Photo Daniel Besson)

      Sous les applaudissements du public, Robert Bichet félicite le chef, exemplaire et son grand ami.


Frédéric Langé et Robert Bichet
Photo Martine Maillard



Par Martine Maillard - Publié dans : Robert Bichet
Donnez-moi votre impression ! - Voir les 10 petits mots
Jeudi 4 janvier 2007 4 04 /01 /Jan /2007 11:08
    Je vous parlais il y a quelque temps de Robert Bichet, artiste atypique formé par l'écoute assidue de France Culture, devenu d'abord poète à 12 ans, puis peintre par la fréquentation d'un peintre à 14 ans, enfin entré au Conservatoire de Tours pour étudier le hautbois à l'âge de 16 ans, puis au Groupe de Recherches Musicales de Radio-France à l'âge de 21 ans...
    Aujourd'hui directeur de Conservatoire dans la ville que j'habite, il a créé en 1996 une oeuvre musicale pour l'inauguration d'un service de pointe dans l'hôpital local : le service de rééducation fontionnelle.
    Dédiée au personnel soignant de cet hôpital ainsi qu'aux malades en général, cette oeuvre évoque de façon poignante la maladie, en citant intégralement un poème de Sabine Sicaud, lu par un récitant (une femme de préférence) ; puis elle esquisse une voie vers la guérison, s'achevant par une autre citation, un air de jazz connu, interprété au saxophone ténor par Coleman Hawkins : "Body and Soul", à laquelle elle doit son titre.
   Interprétée par l'orchestre des élèves et des professeurs de la ville d'Issoudun, cette oeuvre fut donnée en création le 1er juin 1996 sur le parvis de l'hôpital (photo ci-dessous), puis rejouée en salle pour le concert de fin d'année du Conservatoire (c'est cette version dont je vous livre quelques extraits). La récitante y est Marie-Noëlle Bichet, fille du compositeur, qui a fait des études d'art dramatique au Conservatoire National de Tours ; et à l'orchestre s'ajoute, comme souvent chez Robert Bichet, une bande de sons enregistrés que vous percevrez notamment à la fin, lorsque le retour à la santé est symbolisé par le départ d'un train à vapeur puis par des chants d'oiseaux au printemps, et enfin par l'ambiance colorée d'un marché par un matin frais.



Le concert en plein air devant l'hôpital de la Tour Blanche
Au premier plan, Robert Bichet ; juste derrière lui, Marie-Noëlle Bichet, récitante.


Voici un extrait central de l'oeuvre : fin de la première partie (maladie, souffrance)
et début de la seconde (guérison), avec le poème de Sabine Sicaud




Maladie

Ah ! Laissez-moi crier, crier, crier…
Crier à m’arracher la gorge,
Crier comme une bête qu’on égorge,
Comme le fer martyrisé dans une forge,
[Comme l’arbre mordu par les dents de la scie,
Comme un carreau sous le ciseau du vitrier,
Grincer, hurler, râler. Peu me soucie
Que des gens s’en effarent, j’ai besoin
De crier jusqu’au bout de ce qu’on peut crier.
Les gens ? Vous ne savez pas comme ils sont loin ?
Comme ils existent peu, lorsque vous supplicie
Cette douleur qui vous fait seul au monde.

Avec elle on est seul, seul dans sa geôle.

Répondre ? Non, je n’attends pas qu’on me réponde.
Je ne sais même pas si j’appelle au secours,
Si même j’ai crié, crié comme une folle,
Comme un damné, toute la nuit et tout le jour…
Cette chose inouïe, atroce, qui me tue,
Croyez-vous qu’elle soit
Une chose possible à quoi l’on s’habitue ?
Cette douleur, mon Dieu, cette douleur qui tue…
Avec quel art cruel de supplice chinois
Elle montait, montait, à petits pas sournois,
Et nul ne la voyait monter, pas même toi,
Confiante santé – ma santé méconnue…

C’est vers toi que je crie, ah, c’est vers toi, vers toi.

Pourquoi, si tu m’entends, n’être pas revenue ?
Pourquoi me laisser tant souffrir, dis-moi pourquoi,
Ou si c’est ta revanche, et parce qu’autrefois

Jamais, simple santé, je ne pensais à toi…]


Poèmes posthumes


Le portrait le plus connu de Sabine Sicaud

Voici comment s'achève l'oeuvre,
avec ces bruits de train, de marché, et enfin
"Body and Soul" joué par Coleman Hawkins...
(incomplet, dans cet extrait)





Coleman Hawkins
Par Martine Maillard - Publié dans : Robert Bichet - Communauté : L'âme du poète
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