Inspiration
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Saint-Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Saint-Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Pour progresser dans cette étonnante exposition (voir l'article précédent), je vous propose aujourd'hui les citations indiquées au bas de chacun des grands panneaux présentant des lettres ornementées.
Commençons par celle-ci, en rapport avec le sujet de l'exposition :
Nous l'accompagnerons bien sûr de l'illustration qui lui correspond. Et comme l'autre jour, notez que je me suis efforcée de ne pas utiliser le flash pour éviter les reflets dans les vitres, mais que cela a entraîné, tantôt un léger flou dans l'image, tantôt d'autres reflets plus discrets de la pièce environnante et de ma propre image...
Continuons avec une citation de Marcel Proust, homonyme du créateur de cette exposition, Pierre-Stéphane.
... Allez, je vous ajoute également les deux lettres dont on n'aperçoit ici qu'une partie - adressées à notre collectionneur.
Joli, n'est-ce pas ?
Un peu bougée, hélas... Passons à la citation suivante, de Jules Verne, grand amateur de voyages !!
Ah ! Ah ! Nous abordons la banquise dont je vous précise les motifs.
Admirable lettre postée à bord du navire menant aux îles Kerguelen, et dont le motif s'inspire du timbre central, avec l'adresse autour.... !
Crépusculine constatera que ce monsieur est lui aussi, normand...
Une jolie goélette de l'époque de Jules Verne complète le tableau.
Et passons à la citation suivante, d'un certain Peyron qui m'est
inconnu.
Nous voici en plein surréalisme, avec un facteur volant qui sème ses lettres ! Regardons la lettre de plus près, nous verrons que l'astucieux dessinateur a mis ses coordonnées sur le dos du facteur.
Pour ces deux photographies j'ai préféré le flash, qui n'enlève cependant pas totalement les reflets.
Voulez-vous mieux voir les autres enveloppes ?
Je vous ai agrandi celle-ci, du moins. La Tour Eiffel en vaut la peine !
Une autre citation ?
Ça se corse ! Nous arrivons en Amérique ! Mais seules quelques gravures illustrent ce tableau, nous passons donc à un autre.
Les îles ? De mieux en mieux !
Mais pour clore le chapitre d'aujourd'hui, je garde mon préféré ....
Et sur ce tableau final, que voyons-nous ?
Une merveille, n'est-ce pas, que cet éventail en forme de lettre ? On se demande comment la poste a réussi à le transporter... Et je soupçonne l'expéditeur de l'avoir emportée lui-même après affranchissement.
Terminons avec cet hommage à l'aviateur que fut notre cher Saint-Ex.
(à suivre...
La prochaine fois : pays lointains, temps passé et temps futur)
Le Centre Culturel d'Issoudun présente actuellement une bien belle exposition, due à un certain Pierre-Stéphane Proust (quel beau nom !) dont le site (ici) vous en apprendra encore bien plus que les modestes articles que je me propose de lui consacrer.
Pour débuter, je vous propose une collection de boîtes aux lettres toutes plus originales et plaisantes les unes que les autres....
Commençons par la maisonnette du XVIIIe siècle, avec sa Belle au balcon et son Soupirant à ses pieds.
(Je précise que j'ai pris mes photographies dans un hall bien éclairé, et que souvent les tirages au flash m'ont paru trop durs, si bien que là j'ai préféré celui où je ne l'utilisais pas. Malheureusement il m'est arrivé de légèrement bouger...)
Continuons avec le chalet, admirablement bien réalisé tout en bois.
Et voici l'avenir, la Conquête Spatiale et la Planète des Singes !
Passons au Tour du Monde en maisons, à commencer par un igloo.
Et hop ! Le Far West ! (mais c'est toujours une boîte aux lettres)
Le Japon ! (Là j'ai laissé le flash ; je le regrette un peu, mais on voit mieux le détail de l'intérieur)
... Les pays Arabes - sans flash ; difficile à prendre, on voit mal les deux dromadaires harnachés qui entourent la boîte. Mais vous les voyez mieux sur le site de l'auteur.
Finissons avec l'Afrique,
et pourquoi pas, la Papouasie, puisque c'est le pays de mission spécifique à Issoudun ?
(voir mon article ici : les arts océaniens au Musée Saint-Roch)
Qui a fréquenté l'Anse Cochat, sur la commune de Plouha (Côtes d'Armor), sait que c'est une plage gagnée au tourisme grâce à un tunnel percé dans la falaise, et autrement quasi inacccessible.
(Photo CRDP de Reims)
Cette plage, rebaptisée "Bonaparte" en raison des activités de résistance dont elle fut le théâtre (c'était son nom de code), présente à son entrée une plaque commémorative du Réseau "Shelburn", et est surplombée d'une stèle détaillant les noms des différents réseaux s'étant impliqués avec Shelburn dans l'évasion d'aviateurs anglais et américains depuis Plouha.
Un cinéaste, Rolland Savidan, a conçu à partir d'interviews, de pélerinages sur les lieux, et de films d'archives, un magnifique documentaire qui retrace, images à l'appui, toutes les activités du Réseau, dirigé par un canadien et organisé sur la commune de Plouha par des habitants remarquablement efficaces et d'une discrétion extraordinaire.
On en trouve la présentation ici sur Youtube :
Mais voici, emprunté à l'association "Forcedlanding" la description des activités de ce réseau :
« Provenant de différents lieux de France, les aviateurs alliés étaient pris en charge par les membres du réseau SHELBURN. Bien souvent, on venait les chercher en train dans les campagnes pour les regrouper secrètement à Paris.
A Paris, les "logeurs" se chargeaient de prendre les "colis" aux gares, d'encadrer ces aviateurs, de les réunir si possible, de les loger et de les nourrir. Bien souvent, un même aviateur était relogé successivement chez différentes personnes afin de dissiper les soupçons des voisins et surtout de la Gestapo. A noter que ces aviateurs étaient durement interrogés pour éviter l'infiltration d'agents ennemis. Parfois, les transports intra-muros se faisaient en métro où le risque était grand car la Gestapo y avait des agents en civil pour débusquer les comportements suspects. Le chef de la branche parisienne était un dénommé Paul Campinchi.
Après quelques jours d'hébergement à Paris, les "logeurs" redéposaient leurs colis à la Gare Montparnasse pour être transportés par un convoyeur jusqu'aux gares de Saint-Brieuc, de Châtelaudren ou de Guingamp, en Bretagne. Les aviateurs étaient alors munis de faux papiers avec des noms bretons. En cas de contrôles par les autorités allemandes (ou françaises), le convoyeurs faisait passer ses aviateurs pour des sourds et muets. L'ensemble des aviateurs étaient ensuite logés provisoirement chez des résistants locaux (des "hébergeurs").
Lorsqu'une nuit sans lune s'annonçait et qu'un voyage était confirmé par radio (avec le message "Bonjour à tous dans la Maison d'Alphonse"), les membres du réseau Shelburn préparaient l'opération d'évasion en réunissant l'ensemble des aviateurs dans la maison de Mr J. Gicquel dite "la Maison d'Alphonse", demeurant à deux kilomètres de l'Anse de Cochat, plage choisie pour les opérations d'évacuation. Cette plage fut appelée "Plage Bonaparte" par les résistants. La première évasion par la Plage Bonaparte se fit le 28 Janvier 1944 avec 18 aviateurs regagnant l'Angleterre le même jour.
Conduits de nuit par les Plouhatins qui connaissaient bien les falaises, les aviateurs
étaient amenés sur la plage à marée basse en passant au travers de la lande et d'un champ de mines, puis marchaient dans l'eau jusqu'à la taille et attendaient (parfois longtemps) deux ou trois
barques (sans moteur) qui les transportaient ensuite à trois kilomètres du rivage où une vedette armée de la Royal Navy (la MGB 503), les attendait. Tout cela, sous le nez des Allemands qui
avaient un Blockhaus sur les hauteurs des falaises de l'Anse de Cochat... »
(suite ici)
L'une de ces vedettes, surnommées "autobus de la mer" à cause de leur fréquence et de leur fiabilité, était pilotée par le père de Jane Birkin, David Birkin (voir ici), qui nous a laissé un film tourné en 1944.
(Photo Forcedlanding)
Ce qui est pariculièrement étonnant, c'est que ce réseau d'évasion réussit à embarquer 135 aviateurs vers une vedette ancrée au large de la Pointe de la Tour, au voisinage du Toureau (ou "Taureau"), sans jamais attirer l'attention des nazis installés sur celle-ci.
L'explication en est que les militaires en faction dans les blockhaus de la pointe n'étaient pas habitués à la mer, et
donc n'imaginaient pas que le vol de mouettes soulevé par la vedette amarrée tous feux éteints à quelques kilomètres seulement avait quelque rapport avec la présence d'un bateau.
Vous pouvez vous procurer ce magnifique documentaire ici, à la cinémathèque de Bretagne, pour 20 € - ou peut-être un peu moins ailleurs, mais l'approvisionnement par les gros commerces (Fnac et Amazon) n'est pas garanti.
Vue de la Baie de Bréhec par le versant de Plouha, sur la Pointe de la Tour
On marche vers la mer
Ici c'est la campagne
Et devant le grand large
L'évasion et l'envol
Aile blanche debout
Du bateau minuscule
Point blanc sur la corniche
De la pointe d'en face
Vous n'êtes rien auprès
De mon rêve présent
Je vole sur la mer
Je suis un cormoran
En attendant d'écrire à nouveau, je vous livre ici un magnifique poème méconnu d'Emile Verhaeren, tiré de son recueil "La multiple splendeur".
Comme vous et moi, c'était un mystique ...
L'arbre
Tout seul,
Que le berce l'été, que l'agite l'hiver,
Que son tronc soit givré ou son branchage vert,
Toujours, au long des jours de tendresse ou de haine,
Il impose sa vie énorme et souveraine
Aux plaines.
Il voit les mêmes champs depuis cent et cent ans
Et les mêmes labours et les mêmes semailles ;
Les yeux aujourd'hui morts, les yeux
Des aïeules et des aïeux
Ont regardé, maille après maille,
Se nouer son écorce et ses rudes rameaux.
Il présidait tranquille et fort à leurs travaux ;
Son pied velu leur ménageait un lit de mousse ;
Il abritait leur sieste à l'heure de midi
Et son ombre fut douce
A ceux de leurs enfants qui s'aimèrent jadis.
Dès le matin, dans les villages,
D'après qu'il chante ou pleure, on augure du temps ;
Il est dans le secret des violents nuages
Et du soleil qui boude aux horizons latents ;
Il est tout le passé debout sur les champs tristes,
Mais quels que soient les souvenirs
Qui, dans son bois, persistent,
Dès que janvier vient de finir
Et que la sève, en son vieux tronc, s'épanche,
Avec tous ses bourgeons, avec toutes ses branches,
- Lèvres folles et bras tordus -
Il jette un cri immensément tendu
Vers l'avenir.
Alors, avec des rais de pluie et de lumière,
Il frôle les bourgeons de ses feuilles premières,
Il contracte ses noeuds, il lisse ses rameaux ;
Il assaille le ciel, d'un front toujours plus haut ;
Il projette si loin ses poreuses racines
Qu'il épuise la mare et les terres voisines
Et que parfois il s'arrête, comme étonné
De son travail muet, profond et acharné.
Mais pour s'épanouir et régner dans sa force,
Ô les luttes qu'il lui fallut subir, l'hiver !
Glaives du vent à travers son écorce.
Cris d'ouragan, rages de l'air,
Givres pareils à quelque âpre limaille,
Toute la haine et toute la bataille,
Et les grêles de l'Est et les neiges du Nord,
Et le gel morne et blanc dont la dent mord,
Jusqu'à l'aubier, l'ample écheveau des fibres,
Tout lui fut mal qui tord, douleur qui vibre,
Sans que jamais pourtant
Un seul instant
Se ralentît son énergie
A fermement vouloir que sa vie élargie
Fût plus belle, à chaque printemps.
En octobre, quand l'or triomphe en son feuillage,
Mes pas larges encore, quoique lourds et lassés,
Souvent ont dirigé leur long pèlerinage
Vers cet arbre d'automne et de vent traversé.
Comme un géant brasier de feuilles et de flammes,
Il se dressait, superbement, sous le ciel bleu,
Il semblait habité par un million d'âmes
Qui doucement chantaient en son branchage creux.
J'allais vers lui les yeux emplis par la lumière,
Je le touchais, avec mes doigts, avec mes mains,
Je le sentais bouger jusqu'au fond de la terre
D'après un mouvement énorme et surhumain ;
Et j'appuyais sur lui ma poitrine brutale,
Avec un tel amour, une telle ferveur,
Que son rythme profond et sa force totale
Passaient en moi et pénétraient jusqu'à mon coeur.
Alors, j'étais mêlé à sa belle vie ample ;
Je me sentais puissant comme un de ses rameaux ;
Il se plantait, dans la splendeur, comme un exemple ;
J'aimais plus ardemment le sol, les bois, les eaux,
La plaine immense et nue où les nuages passent ;
J'étais armé de fermeté contre le sort,
Mes bras auraient voulu tenir en eux l'espace ;
Mes muscles et mes nerfs rendaient léger mon corps
Et je criais : " La force est sainte.
Il faut que l'homme imprime son empreinte
Tranquillement, sur ses desseins hardis :
Elle est celle qui tient les clefs des paradis
Et dont le large poing en fait tourner les portes ".
Et je baisais le tronc noueux, éperdument,
Et quand le soir se détachait du firmament,
je me perdais, dans la campagne morte,
Marchant droit devant moi, vers n'importe où,
Avec des cris jaillis du fond de mon coeur fou.
Vos impressions