Jeudi 1 novembre 2007
4
01
/11
/Nov
/2007
19:00
L'automne vient,
la nuit descend... Rêvons au coin du feu au son de musiques chaleureuses. Voici le souvenir d'un concert donné dans un château. Il y avait un violoncelle et un piano (deux dames), et elles
jouaient successivement la sonate de Chopin et celle de Rachmaninoff.
1 - Prélude
Sous le scintillement diffus des projecteurs,
Les instruments au loin resplendissent dans l'ombre...
Le piano ténébreux comme un miroir obscur
Ressemble à un félin faiblement assoupi ;
Près de lui est couché l'élégant violoncelle,
La nuque renversée comme un enfant rêveur...
2 - Sonate
Le piano gronde
Au fond d'un gouffre de splendeur,
Tandis que monte, intermittente,
La plainte âpre du violoncelle...
Puis c'est un lac profond à nos regards noyés,
Sur lequel vient glisser en volutes d'espace
Le chant sonore et grave d'un adolescent...
Par questions et réponses, ils luttent un instant,
Puis s'estompent en mourant, comme repris par l'ombre.
Leurs voix s'enlacent encore
Au-dessus de nos têtes,
Flamboyant caducée
Au ciel imaginaire...
3 - Postlude
Le rêve chaud vibre dans l'air,
Comme une chevelure ondulante et soyeuse
Jetant à profusion
Ses flammèches fluides...
La vision arrêtée
Fige les cœurs en suspension,
Le souffle sur les lèvres,
L'âme prête à jaillir...
Mais le torrent subit des applaudissements
Brise soudain l'extase
De cette nuit d'été.
Et pour illustrer, voici un
merveilleux enregistrement du troisième mouvement de cette sonate de Rachmaninoff trouvé sur Youtube (les autres y figurent aussi), par le violoncelliste israëlien Amit Peled, accompagné du pianiste espagnol Daniel del
Pino (enregistrement de décembre 2004).
J'avoue que je tiens ce mouvement lent pour un des sommets de la musique pour violoncelle, et qu'il m'avait laissé une impression impérissable.
Par Martine Maillard
-
Publié dans : Musique
6
Dimanche 7 octobre 2007
7
07
/10
/Oct
/2007
19:05
Une reprise intéressante, mais controversée...
Hier soir, en allumant mon poste de radio sur France Musique, j'eus la surprise de découvrir une musique inconnue, mais superbe, et qui me tint sous le charme aussitôt. Je pariai d'abord, dans mon ignorance, pour de la musique anglaise (style Lord Elgar...) ; mais bientôt des voix féminines s'exprimèrent en français, ce qui m'orienta vers un opéra du début du 20e siècle : mon attention était piquée. J'entendis prononcer le nom de Mélisande, et le thème du Pelléas de Debussy retentit à l'orchestre, ce qui me plongea dans des abîmes de perplexité : Pelléas et Mélisande ?? Y aurait-il tant de passages que je n'en connaîtrais pas ?
- Non, ce n'était pas possible, la texture musicale, l'ambiance orchestrale n'avaient rien de debussyste ; j'hésitais sur une transition étrange entre Massenet et le jeune Messiaen. Qui pouvais-je ignorer à ce point, qui n'était ni Albert Roussel ni Poulenc, mais cependant me semblait largement les égaler ?... Là-dessus, coup de théâtre : j'entends formuler le prénom d'Ariane ; s'agirait-il du mythique opéra de Paul Dukas Ariane et Barbe-Bleue, dont j'avais entendu parler mais ne savais rien du tout ?
Ouvrant internet, je découvris qu'en effet il s'agissait bien de la dernière représentation, à l'Opéra Bastille, d'Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas.
(cliquez sur la photo pour rejoindre Wikipédia)
Né à Paris le 1er octobre 1865 et mort en cette même ville le 17 mai 1935, Paul Dukas aurait pu voir ces jours-ci célébrer son anniversaire. C'est en effet un musicien bien méconnu, et en bonne partie par sa faute si j'ai bien compris : en effet, doutant de lui, il aurait jeté la plupart de ses oeuvres, et certaines auraient même été sauvées par ses élèves.
On le connaît surtout pour l'Apprenti Sorcier ; mais pour qui écouterait son ballet La Péri (l'histoire d'une fée entraînant à la mort les voyageurs passant dans ses parages, en les faisant danser jusqu'à épuisement), ou encore sa Symphonie en ut, il apparaît vite comme un musicien de premier plan, malgré sa maigre production - ou du moins ce qui nous en reste. D'ailleurs, n'a-t-il pas été le maître en composition musicale d'Olivier Messiaen, qui le tenait en haute estime ? C'est pourquoi sans doute j'avais cru retrouver dans « Ariane » l'ambiance orchestrale des premières compositions de ce dernier.
Ariane et Barbe-Bleue, qui date de 1907, est un conte d'inspiration contemporaine écrit par le symboliste Maurice Maeterlinck - d'où l'allusion au personnage de Mélisande - qui imagine en Ariane une jeune femme déterminée à refuser la domination de son mari, et donc à s'émanciper ; sixième épouse du célèbre monstre de Charles Perrault, elle pousse ses soeurs (qui ne sont pas mortes, mais simplement soumises), à se libérer, à fuir l'emprise d'un maître illégitime. Mais elle n'y réussira pas, et partira seule - d'où le sous-titre ajouté parfois : « le refus de la délivrance ». (Voyez ici la présentation de l'oeuvre, et là, la présentation de la reprise à l'Opéra Bastille).
Malheureusement, si l'oeuvre m'apparut splendide à l'oreille (tout au plus dirais-je que je comprenais mal les propos de l'héroïne, son interprète étant anglaise), je découvre sur le net un déluge de critiques, plus généralement orientées contre la mise en scène (en voici un exemple fort négatif, puis voici l'article du Monde, plus modéré, et enfin l'avis du Figaro, le plus positif). Heureuse étais-je donc, d'avoir pu profiter d'une retransmission toute naïve, où liberté m'était laissée d'imaginer les décors !
Nous pouvons les retrouver sur le livret ici, mais aussi déguster la musique grâce aux enregistrements qui en existent. Par exemple celui-ci, où l'on voit - pour revenir à mon point de départ - l'intérêt porté par les anglais à ce type de partition : heureusement que nous les avons pour sauvegarder nos chefs d'oeuvres oubliés !...
(cliquez sur l'image pour trouver des extraits à écouter)
Il ne me reste plus qu'à attendre la reprise au Châtelet de « Padmâvatî » d'Albert Roussel - autre chef d'oeuvre méconnu.
Par Martine Maillard
-
Publié dans : Musique
3
Vendredi 5 octobre 2007
5
05
/10
/Oct
/2007
21:15
C'est en consultant le site de
Jean-Pierre que j'ai découvert avec stupéfaction un enfant de 11 ans jouant, avec orchestre, un concerto pour
violoncelle que je n'avais entendu jusque là exécuté que par de grands virtuoses (Mstislav Rostropovitch, Christine Walevska...). Malgré les coupures pratiquées dans la partition sans doute par
son professeur, avec quelle maîtrise, avec quelle maturité domine-t-il cette oeuvre ! Et, qui plus est, quelles sonorités réussit-il à tirer d'un petit violoncelle qui, semble-t-il, n'est encore
qu'un instrument trois quarts, adapté à sa petite taille ! Jugez plutôt (en double-cliquant deux fois sur l'image ci-dessous) et comparez sur Youtube avec
les autres interprètes.
Oliver Aldort, 1er
concerto pour violoncelle et orchestre de Saint-Saëns
Mais
où ma stupéfaction est à son comble, c'est lorsque je découvre qu'il est tout aussi performant au piano !!! (même consigne pour rejoindre "Youtube")
Oliver Aldort, concerto n°20 pour piano et orchestre de Mozart
Moi qui avais tant entendu
dire, par des personnes très autorisées, que "l'on ne pouvait pas pratiquer correctement à la fois le piano et le violoncelle, les deux instruments étant antithétiques", je suis obligée de
constater que, lorsque l'on commence très jeune et que l'on se donne à fond, tout est possible.
En effet, les techniques de ces deux instruments demandent aux mains des efforts totalement opposés, et je dois avouer, pour les avoir pratiqués moi-même, qu'il peut en
résulter une véritable torture pour les mains. Autant le piano exige des doigts musclés au niveau des articulations, une grande souplesse des paumes en ce qui concerne l'écart en largeur, une
grande indépendance de tous les doigts, et de plus une mémorisation qui m'a toujours posé problème de la position spatiale du clavier devant soi ; autant le violoncelle, presque à l'inverse,
exige une fermeté fixe de l'une des mains (la droite) sur l'archet, et une pression extrême des doigts de l'autre main (la gauche) sur les cordes, créant des courbatures dans l'épaule et des
durillons sous les doigts concernés, avec des écartements parfois pénibles entre les doigts, et un instrument que l'on serre sur soi, qui vibre presque en soi... à condition que l'on réussisse
à exercer la pression voulue avec l'archet, ce qui n'est pas évident du tout.
En fait, des violoncellistes d'abord pianistes, j'en ai connu, il est vrai. Il est même très possible que beaucoup de nos grands concertistes aient débuté la musique avec le
piano, comme ce gamin radieux qui semble si heureux de ce qu'il fait.
Comme le disait Hélène Grimaud dans son livre "Variations Sauvages", la
musique ne peut être qu'une passion - même pour un enfant. Le temps des enfants poussés, comme Mozart le fut, par des parents trop sévères, est révolu. La contrainte ne mène qu'à la révolte, et
Mozart lui-même n'échappa pas à cette règle : il ne resta pas interprète mais s'affirma compositeur, et qui plus est, révolutionnaire dans sa composition.
Si Oliver Aldort met tant de personnalité et de fermeté, du haut de ses onze, puis douze, puis enfin treize ans (et voyez, dans les vidéos de 13 ans, son bonheur et sa fierté
à jouer sur un magnifique violoncelle neuf de taille adulte !), c'est que tout son être la réclame, cette musique, c'est qu'il la ressent au plus profond de lui-même.
En débutant très jeune, les mains, les bras, le corps tout entier se développent en même temps que l'exercice imposé par la pratique musicale, et donc la nature se modèle
d'elle-même aux difficultés rencontrées. Ainsi à l'âge adulte l'adaptation aux deux instruments sera parfaite...
Notes - Si l'on lit attentivement les réponses aux commentaires formulées sous la vidéo dans Youtube, on découvre
:
- qu'en fait son instrument n'est pas un trois quarts comme je le croyais, mais un demi violoncelle ! ("what kind of cello does he
play?""It is a half cello from Germany, maybe 80 years old, unknown maker. It
is awarded to him as a loan by the Carlsen Foundation and he will keep recieving the next size up as he grows.")
- qu'il a commencé les deux instruments à l'âge de 6 ans et donnait ses premiers concerts à l'âge de 10 ans, à Seattle. Voir
ci-dessous mes réponses aux commentaires.
Par Martine Maillard
-
Publié dans : Musique
-
2