L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Pensées, réflexions

Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 00:00

   Ce dimanche 13 novembre est consacré "journée de la gentillesse". Belle attention sur laquelle se ruent, comme à leur habitude, tous les commerçants de tous bords - à commencer par la société "dromacarte" qui propose une petite série de ses meilleures créations ...

    Mais aussi, comment parler de gentillesse ?! "Si tout le monde était gentil, il n'y aurait plus de problèmes" pense-t-on parfois ; mais pourquoi y a-t-il des "méchants" ? Et n'y a-t-il pas, comme dans tous les domaines sur cette terre, une limite au-delà de laquelle "trop" de gentillesse nuit ?

Tarot-Zen-Le_Conditionnement.jpg

Lame n°XV du Tarot Zen de Rajneesh, "le Conditionnement", modifiée par mes soins

 

    Jusqu'à l'âge de 45 ans environ, j'ai toujours été "gentille" ; et pourtant, paradoxalement, les gens étaient "méchants" avec moi. Mes profs se moquaient de moi ; mes jurys d'examen étaient injustes à mon égard ; les gens dans la rue m'agressaient ; les élèves de mes classes se rebellaient contre moi ; mes chefs d'établissement, loin de me soutenir, m'écrasaient ; et les inspecteurs me traitaient comme une gamine... !

    Prendre des tranquillisants ne servait à rien, et même les médecins n'avaient pas de solution.

    Ce fut lorsque j'eus la chance de rencontrer des stages d'évolution spirituelle, paradoxalement, que je rencontrai enfin des personnes qui me dirent : "Toi, tu as besoin d'exprimer la colère".  - Comment ça, la colère ?? Mais je suis gentille, moi ! Je ne me suis jamais fâchée ! Je ne sais même pas ce que c'est ! - "Justement !"

    Quand on a toute son enfance entendu dire : "Sois gentille avec Maman !" "Sois gentille avec ton petit frère !" "Sois gentille avec ta maîtresse !" Ou encore : "Tu ne vas pas nous faire une crise d'adolescence comme le fils untel, toi n'est-ce pas ? - Oh, non ! Je suis gentille moi" et que finalement on se retrouve avec tout le monde à dos, parce qu'on n'est pas transparent tout de même, et correspondre totalement au projet d'autrui n'est pas possible, en effet, il faut commencer à se poser quelques questions sur la gentillesse.

 

   Le premier stage me mit face à des partenaires que je devais croiser en exprimant ce qui me venait spontanément à l'esprit en les voyant... Je ne trouvai rien d'autre à dire qu'un timide : "Tu as l'air gentille !" à quoi il me fut répondu par un sarcastique : "Tu devrais te méfier des apparences !!"

    La suite fut plus périlleuse : il me fallut me bagarrer, contre tous ceux qui tentèrent de me dissuader de suivre cette voie, voie de perdition sans aucun doute puisqu'il s'agissait à l'évidence "d'une secte" ! Et ce fut le début d'une longue rééducation à ce que je n'avais pas fait enfant : basculer dans le camp des "méchants".

 

   Après trois stages où j'appris à hurler, à crier, à me déchaîner, à me bagarrer, à invectiver... Miracle ! Ma vie bascula : tout le monde devint gentil avec moi !

Gustave_Dore-Le-loup-et-l-agneau.jpg

    Gravure de Gustave Doré pour la Fable de La Fontaine - modifiée par mes soins

 

     J'avais simplement découvert la manière d'élever la voix, de regarder en face, de me tenir plus ferme... Et de faire ce que j'avais décidé.

   C'est ce que d'autres appelleraient "apprendre à dire non"  ; mais pas vraiment : il n'y a pas forcément à dire non, il y a simplement à s'imposer, ou même, à SE POSER. A montrer que l'on est là, de chair et d'os, que l'on existe, et qu'on ne se laissera pas marcher dessus.

    Il est évident que la douceur, la courtoisie, sont des qualités fondamentales pour vivre en société, car elles reflètent simplement le respect de l'autre ; la patience aussi est un élément fondamental qui nous fait souvent défaut. Mais parler de "gentillesse" peut prêter à confusion : une personne qui s'efface sans cesse agace ; elle peut passer pour faible, voire molle. Ainsi, de même que le corps humain est bâti autour de la charpente du squelette, et protégé par la peau, de même notre gentillesse doit s'appuyer sur une solide fermeté intérieure et s'enrober d'une protection suffisante.

 

    Que serait le Bisou, sans la peau qui le diffuse, et sans les dents cachées derrière les lèvres ?

Bisous.jpeg

  Je vous souhaite à tous une belle journée de la gentillesse, pleine de douceur et de convivialité ! (Quand le soleil est là, tout va... et il est "gentil" avec nous lui, pour le moment...)

 

soleil_040.gif Bisou-coeurs.gif      

Par Valentine - Publié dans : Pensées, réflexions - Communauté : papierlibre
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 18:25

   J'aurais peut-être dû être météorologue... Mais comment choisir entre les nuages et les étoiles ? Toutes ces merveilleuses forteresses volantes qui passent sur nos têtes peuvent être, de jour, les nuages, et de nuit, les constellations. En tous cas la vision du ciel me fascine toujours lorsque je me trouve dans un endroit dégagé, particulièrement si la plaine s'étend à perte de vue, donnant l'impression que l'on est debout sur un disque plat, avec sur la tête un immense globe.

    Quelle extraordinaire position que celle d'un individu humain, qui par ses yeux perçoit un univers circulaire, et plat sous lui parce qu'il est obligé de se tenir posé sur quelque chose ! Et encore n'ai-je pas expérimenté la position d'un homme volant, qui sous lui aussi percevrait l'univers comme rond... ! Mais la terre forcément arrête le regard avant qu'il atteigne sa limite, sauf si l'on est dans une station spatiale et regarde au-delà d'elle...

     En voyage ce dernier mercredi je me suis arrêtée sans cesse pour photographier le ciel, passant d'une stupéfaction à une autre, et parvenant à cette conclusion qu'à aucun moment sur cette terre un instant ne ressemble à un autre instant, et que même le temps de prononcer le mot "instant" celui-ci est déjà passé ! Pourtant je ne parlais pas que des nuages dont les formations étaient particulièrement spectaculaires, vous allez le voir ; je comparais aussi l'aspect du paysage car à force de parcourir régulièrement les mêmes chemins on découvre que JAMAIS un paysage ne peut être identique d'un jour à l'autre, d'une saison à l'autre, d'une année à l'autre. Et cela, c'est le désir d'immortaliser un moment par une photo qui permet de le constater : si l'on n'a pas pu photographier une image, jamais la même image ne se représentera... Il y aura toujours une différence.

    Et moi qui étais là à fulminer de ne pouvoir poser mon véhicule à temps pour saisir la photo entraperçue, j'ai pu me comparer à Faust criant à l'instant : "Arrête-toi ! Tu es trop beau !"... et comprendre enfin pourquoi il sonnait là son arrêt de mort. Si tu arrêtes le flux des choses, tu arrêtes la vie ! Et mes photos sont des images mortes ! La vie est perpétuel mouvement, la vie est perpétuelle mouvance, et comme le disait Héraclite : "On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve"...

 

    Le titre même de mon blog : "L'espace d'un instant" n'a pas de sens car un instant n'a pas d'épaisseur - pas d'espace. Et si je cours après les instants, je perds mon temps car j'aurai toujours un instant de retard !

     Mouvance, mouvance bénie des choses qui nous berces comme une mère berce son enfant, sans toi nous serions perdus car l'immobilité nous terrifie. Même en méditation nous recherchons une mouvance de la pensée... Ma méditation est semblable à ces nuages qui explosent dans le ciel et font rêver la lumière ; une lumière que, moi si petite, je ne sais appréhender que par son reflet dans le ciel...

    Tiens ! Il y a une photo que j'ai oublié de prendre : c'est celle de la Vierge qui veille sur cette route, à la sortie de Brion vers Levroux. A chaque fois je la salue, et comme la route se poursuit ensuite vers Pellevoisin (où elle est apparue à de jeunes enfants) je la sais très présente, toujours présente, comme un sourire posé sur les nuages qui nous portent. Mais là encore je ne suis pas près de vous la montrer, car personne ne l'a photographiée : on ne la trouve pas sur le net...  Sauf que...

       Miracle !! Sur Google Earth, on la voit ! Et c'est mon petit-fils (celui qui est la mascotte de ce blog, précisément) qui vient de me faire découvrir qu'en s'approchant du sol dans Google Earth, on pouvait carrément ATTERRIR. Eh bien ... ! J'en suis encore stupéfaite.

Vierge-de-Brion-1.jpg 

    Regardez-la de plus près ; dans son petit bosquet, à gauche de la route lorsque l'on vient de Brion et que celle-ci s'infléchit vers la droite, on ne peut la manquer et elle est vraiment délicieuse...

Vierge-de-Brion-2.jpg

    Bon, eh bien maintenant je vais vous montrer tous ces merveilleux nuages que j'ai rencontrés sur cette route...

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    En quittant Issoudun, un regard en arrière vers ces étranges pylônes qui appartiennent à une station de Radio-Télévision.

nuages-02.jpg

   Du même point vers la droite (mais je me suis retournée) de superbes nuages qui ressemblent à de la mousse - mais avec tant de reliefs, d'effets de couleurs !

nuages-03.jpg

   Un peu plus vers devant, on voit qu'il tombe de l'eau là-bas... Le nuage se déverse sur la terre.

nuages-04.jpg

    Là, je regarde à gauche : encore des mousses fantastiques, des rondeurs, des formes, des couleurs... !

nuages-05.jpg

   Un peu plus loin : oui, on va vers un nuage de pluie... Les vapeurs se délitent, de grands espaces de flou apparaissent.

nuages-06.jpg

    Au loin devant, la pluie !  Mais je suis fascinée par ces abîmes où des nuages prennent forme, ou par ces espaces luminescents. Je pense alors à tous ces peintres des XVIIe et XVIIIe siècles que les nuages ont fascinés également et qui les ont si merveilleusement peints. Et je m'aperçois que jamais aucune de mes photos ne pourra rendre compte de la splendeur de ce qui m'apparaît.

nuages-07.jpg

   Ça se gâte ! Et justement, le château d'eau que vous voyez là-bas est celui de Brion, il surplombe l'autoroute A20 que nous allons traverser par le dessus.
    Ce que je trouve extraordinaire, c'est cette ligne qui limite le nuage par-dessous, et dont pourtant s'échappent les traînées de pluie, ou que transgressent de petits nuages posés on ne sait comment.

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  La voici bien visible, cette ligne ; elle est traversée non seulement par des bandes de pluie, mais aussi par des rayons du soleil ! (Cette fois je suis arrêtée après Brion, non loin de la statue de la Vierge que vous avez vue grâce à Google Earth).

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   Même chose un peu plus à gauche. Le nuage se déchire ; mais d'où vient ce bleu alors que dessous tout est or ??

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   Eh oui, plus on va vers l'arrière et plus c'est bleu ; il est 17 heures 30 et le soleil qui descend crée des reliefs dans le ciel... Mais si devant il y a des traînées noires, au fond les vapeurs sont blanches.

nuages-12.jpg

    Après une bonne douche, vient la fin de la tourmente.

nuages-13.jpg

   Les nuées se déchirent et le soleil tente de s'y frayer un passage... Mais ce sont ces trouées qui sont belles, et c'est lorsqu'il est caché que le spectacle est le plus saisissant.

   ... De même nous, de notre terre, ne sommes capables de percevoir la splendeur du divin qu'à travers des revers, des difficultés, des efforts, des émotions ; qu'à travers le prisme du temps et de l'espace, du mouvement et de la beauté.

nuages-14.jpg

   Oh ! Quel étrange édifice !
   Franchement, avec la science-fiction on peut imaginer toutes les planètes extraterrestres possibles, j'ai l'intime conviction que l'on ne pourra jamais imaginer quoi que ce soit qui n'existe ou n'ait existé ou n'ait été une fois visible sur la terre.

nuages-15.jpg

    Je poursuis ma route vers Ecueillé et rencontre encore de belles perturbations.

nuages-16.jpg

   En fait je fais route vers l'ouest mais la saison veut que le soleil descende vers ma gauche - vers le sud...

Ecueille.jpg

    Et voilà, je suis arrivée ; sourire de la vie un beau soir sur la terre.

Ecueille-2.jpg

   Et voici les constructions humaines !

Par Valentine - Publié dans : Pensées, réflexions - Communauté : SPIRITUALITE - SAGESSE
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Vendredi 14 octobre 2011 5 14 /10 /Oct /2011 15:49

    Voici, comme convenu, un conte en complément de celui d'hier.
    En effet les cartes du tarot de Rajneesh s'éclairent souvent les unes les autres, et malgré les titres qui semblent les définir, sont souvent interdépendantes. D'où l'intérêt de posséder le jeu et d'effectuer des tirages dans lesquels on en aligne plusieurs pour répondre à une question.

 

     J'apporte cependant tout de suite une précision sur la nature de ce jeu pour éviter les confusions : c'est le premier qu'ait publié le maître indien, édité pour la première fois en 1983 à Zürich puis repris en France par les éditions "Le Voyage Intérieur" en 1991. Il présente 60 cartes qui sont toutes un sujet de réflexion et permettent de s'auto-observer en étudiant le texte qui leur est lié et en s'imprégnant du message contenu dans l'image. Pour plus de clarté en voici la couverture face et dos :

Tarot-Rajneesh1.jpgLa carte affichée en couverture s'intitule "la concentration" et relate une aventure survenue à Saraha,
le maître du tantra, qui eut la révélation de ce qu'était la méditation en regardant une femme de basse caste
confectionner des flèches.


Tarot-Rajneesh2.jpgDescription du contenu (vous pouvez agrandir)

 
     Rajneesh développera par la suite ce principe dans un tarot beaucoup plus méditatif, plus symbolique et plus construit, qui s'appellera le "Tarot Zen" : composé d'arcanes majeurs et d'arcanes mineurs, avec quatre familles d'arcanes mineurs correspondant chacune à un élément, ce dernier est beaucoup plus ésotérique, quoique formé de lames affectées elles aussi à des thèmes qu'éclairent un texte explicatif. Sa portée est plus intuitive, les cartes richement dessinées portant toutes un message fort (voir par exemple ici, ici ou ). Publié pour la première fois à Zürich en 1994, celui-ci paraîtra en France aux éditions du Gange l'année suivante. On le trouve encore, sous une présentation nouvelle (par exemple ici).

Tarot-Zen1.jpg

La lame représentée en couverture est l'arcane majeur n°2, "la Voix Intérieure"

Tarot-Zen2.jpg(Verso du jeu : vous pouvez agrandir)

 

 

      Je reviens donc à ma carte du premier jeu de tarot, qui s'associe à une petite histoire.

   Celle-ci s'intitule "le jugement", et j'avoue avoir longtemps mal compris cette dénomination, le mot "jugement" ayant plusieurs significations : tantôt je croyais qu'il s'agissait du substantif utilisé dans la langue classique pour désigner une qualité humaine, la faculté de raisonner, et qui peut se dire également "discernement". Mais il ne s'agissait pas de cela. Tantôt je croyais qu'il s'agissait de l'acte juridique, dans un tribunal : passer en jugement, être examiné de fond en comble, rendre des comptes à ses pairs. Mais non, il ne s'agissait pas de cela non plus...

Le-jugement.jpg

   L'image portée sur la carte, voulant rendre compte de la totalité de l'histoire, n'était pas bien claire non plus... Et pourtant je tirais cette carte très souvent ! Cela me permit de lire et relire le conte qui y était associé, et de comprendre qu'il s'agissait en fait du "jugement que l'on porte sur les choses lorsqu'elles arrivent "... 

 

Le Jugement

(lame 27)

   Voici une histoire que Lao-Tseu aimait raconter.

   Un pauvre chinois suscitait la jalousie des plus riches du pays parce qu'il possédait un cheval blanc extraordinaire. Chaque fois qu'on lui proposait une fortune pour l'animal, le vieillard répondait :

  - Ce cheval est beaucoup plus qu'un animal pour moi, c'est un ami. Je ne veux pas le vendre.

    Un jour le cheval disparut. Les voisins rassemblés devant l'écurie vide donnèrent leur opinion :

   - Pauvre idiot, il était prévisible qu'on te volerait cette bête ! Pourquoi ne l'as-tu pas vendue ? Quel malheur !

    Le paysan se montra plus circonspect :

   - N'exagérons rien, dit-il. Disons que le cheval ne se trouve plus à l'écurie. C'est un fait. Tout le reste n'est qu'une appréciation de votre part. Comment savoir si c'est un bonheur ou un malheur ? Nous ne connaissons qu'un fragment de l'histoire. Qui sait ce qu'il adviendra ?

    Les gens se moquèrent du vieil homme. Ils le considéraient depuis longtemps comme un simple d'esprit.

     Quinze jours plus tard, le cheval blanc revint. Il n'avait pas été volé, il s'était tout simplement mis au vert et ramenait une douzaine de chevaux sauvages de son escapade !

    Les villageois s'attroupèrent de nouveau :

   - Tu avais raison, ce n'était pas un malheur mais une bénédiction.

   - Je n'irais pas jusque là, dit le paysan. Contentons-nous de constater que le cheval blanc est revenu ; mais comment savoir si c'est une chance ou une malchance ? Ce n'est qu'un épisode. Peut-on comprendre le contenu d'un livre en n'en lisant qu'une phrase ?

    Les villageois se dispersèrent, convaincus que le vieil homme déraisonnait : recevoir douze beaux chevaux était sans nul doute un cadeau du ciel, qui pouvait le nier ?...

    Le fils du paysan entreprit le dressage des chevaux sauvages. L'un d'eux le jeta par terre et le piétina.

     Les villageois vinrent de nouveau donner leur avis :

     - Mon pauvre ami ! Tu avais raison, ces chevaux sauvages ne t'ont pas porté chance ! Voici que ton fils unique est estropié ! Qui donc t'aidera dans tes vieux jours ? Tu es vraiment à plaindre !

     - Voyons, rétorqua le paysan, n'allez pas si vite. Mon fils a perdu l'usage de ses jambes, c'est tout. Qui dira ce que cela nous aura apporté ? La vie se présente par petits bouts, nul ne peut prédire l'avenir.

    Quelque temps plus tard, la guerre éclata et tous les jeunes gens du village furent enrôlés dans l'armée - sauf l'invalide.

    - Vieil homme, se lamentèrent les villageois, tu avais raison ! Ton fils ne peut plus marcher, mais il reste auprès de toi tandis que les nôtres vont se faire tuer.

    - Je vous en prie, répondit le paysan, ne jugez pas hâtivement. Vos jeunes sont enrôlés dans l'armée, le mien reste à la maison, c'est tout ce que nous puissions dire... Dieu seul sait si c'est un bien ou un mal.


Conclusion du maître :

   Ne jugez pas, sinon vous ne connaîtrez jamais la réalité. Vous réagissez obsessionnellement aux évènements et sautez aux conclusions : immédiatement, vous cessez de grandir. Le jugement déssèche votre intelligence. Votre mental aime prononcer des sentences parce que le flot mouvant de la réalité l'angoisse et lui fait perdre ses moyens.

    Le voyage ne s'achève jamais ; la fin d'une route est le commencement d'une autre. En fermant une porte vous en ouvrez une nouvelle et quand une montagne est gravie vous découvrez celle qui suit.

      L'homme courageux ne se soucie pas du but, il se contente de voyager, se satisfait du moment présent et grandit de seconde en seconde. Un tel homme fusionne avec le Tout.

 

     Pour moi, cette lame avec son histoire est une des plus importantes !

    Notez au passage que les sages sont souvent considérés par le tout-venant comme des imbéciles...

    Une musique pour accompagner votre méditation : "Auberge ", tirée des "Scènes de la forêt" de Robert Schumann et jouée par Abdel Rahman El Bacha. Après tout, mon propos ne rejoint-il pas ici celui de Sabine et de Martine, qui affirment que le chemin est notre maître le plus précieux ?

 

 

 

Par Valentine - Publié dans : Pensées, réflexions - Communauté : SPIRITUALITE - SAGESSE
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