L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Le Passage

Samedi 29 janvier 2011 6 29 /01 /Jan /2011 11:52

(J'ai ajouté dessous la musique qui s'imposait).

 

Oehme-scharfenberg_bei_nacht.jpg Ferdinand Oehme (1797-1855) : Château Scharfenberg la nuit (1827)

 

C'est un château sans lune,

Mirage dans l'espace étoilé...

 

Elle n'avait qu'un sourire à donner :

Elle en mourut.

 

Souffle ta bougie,

Et traverse les corridors déserts,

Dans le froid et la nuit,

Jusqu'à la salle obscure

Où veillent les cheminées ;

 

Telle une fumée légère,

Glisse-toi dans l'âtre vide,

Et remonte le goulet jusqu'à l'air libre,

Jusqu'à l'espace ouvert,

Jusqu'au ciel nocturne !

 

Une sorcière sur son balai

A traversé l'air en sifflant

A une vitesse étourdissante.

 

Et tu te lances à sa poursuite,

Cramponnée à la crinière de tes rêves

Qui filent comme le vent ;

Il faut aller au-delà du rideau noir,

Le soulever, passer, passer coûte que coûte !

 

Il se plisse à l'horizon ;

Les machinistes du ciel le relèvent à grand ahan,

Tirant de toutes leurs forces sur les cordages des constellations.

Et tu glisses sur ton esquif léger,

Humant le vent du large à pleins poumons...

 

Courage ! Le but est proche !

 

Et soudain, sans que rien ne cessât d'exister

Au décor de cette grotte obscure,

Sans ébranler sur son passage

Ni le ciel, ni le château, ni le paysage,

Le vaisseau toutes voiles gonflées

Franchit la barre dans un grand frémissement...

 

 

Extrait de "Le Passage"
Poèmes composés entre 1974 et 1975

 
 

Et pour accompagner cette fin "en ouverture", voici la fin de "Mort et Transfiguration" de Richard Strauss, interprétée par Herbert von Karajan et l'orchestre philharmonique de Berlin.

 


Par Valentine - Publié dans : Le Passage - Communauté : L'âme du poète
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Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 00:00

"Le Bateau Ivre" Peinture d'Arlette Art, tiré de ce site.



Je descends du sommeil des étoiles prochaines
Elles tournent pareilles au feu de mes décombres
Eclaboussées d'ailleurs oubliées des serpents
Pauvres comme la nuit des rêves engloutis

La chaleur des tes yeux était comme un navire
Et j'avais pris la mer vers tes contrées sauvages
Mon épave abîmée abandonnée des voiles
Où as-tu donc perdu ta flambée d'étincelles

Le brasier t'a quittée tu n'es plus qu'un reflet
Ton image dans l'eau peu à peu disparaît
Tu t'enfonces enchaînée aux bras gluants des algues
Et mes larmes en tombant effacent ton image

Je suis liée au ciel par mes bras écartés
Et la barque poursuit son chemin extasié
Vers les bords chatoyants des horizons cachés
Silencieuse parmi les retombées d'azur


Par Martine Maillard - Publié dans : Le Passage - Communauté : L'âme du poète
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Lundi 29 octobre 2007 1 29 /10 /Oct /2007 14:29
    Ce poème, tiré du recueil "Le Passage",  est composé à la façon des Choeurs du théâtre antique, sur une forme en trois parties : la strophe, l'antistrophe, et l'épode - les deux premières se répondant, la troisième concluant (voir ici).
    Les "Choeurs", dans le théâtre grec, intervenaient pour ponctuer l'action tragique d'épisodes méditatifs, sous forme de poèmes assez longs (plus longs que celui-ci, les séquences se répétant plusieurs fois) ; ils étaient chantés et dansés sous forme d'évolutions lentes sur la scène, et commentaient la situation ou les sentiments des personnages.
    Lorsque j'ai écrit ce texte, j'étais plongée dans l'étude de la prosodie et de la musique des passages chantés du théâtre d'Euripide, et forcément, il en est resté quelque chose... Mais son contenu, par contre, n'a pas de rapport direct avec cette lecture. Il rappelle plutôt le Petrouchka de Stravinski, dont je vous livre un extrait ci-dessous.


(image empruntée à ce site - sans aucune allusion)




Le jour de ton départ
J'aurai presque oublié
Avec quelques étoiles
Avec quelques sanglots
Le soleil déchiré sera le rideau rouge
De mon théâtre ouvert

Je serai le Pierrot
Désarticulé sur la scène
Et par les bois lointains dont tu hantes les ombres
Passera comme la mort
Un grand oiseau d'automne

O chante avec la nuit
Toi dont le souffle est semblable au reflux
Des immenses marées

*


Lorsque tu t'en iras
Avec tes traînées d'astres
Le cœur s'arrêtera de battre au firmament
Les ondes répandues sècheront au soleil
Les bois se figeront à la glace d'hiver

Et je serai ce cri
Inarticulé sur la scène
Et par les soirs lointains où tu m'étais promise
Le désert sans limite
S'étendra comme un voile

O chante pour ma nef
Toi dont le souffle est le seul qui m'anime
Au théâtre bouffon
De la mer insensible

*


La plus brillante étoile
Aussitôt née s'éteint
Le bateau fait naufrage
Le pantin agonise
Le théâtre s'écroule

Et il ne reste plus qu'une fumée bleuâtre
Toi qui t'enfuis bien loin
Vers le ciel des vivants

Et moi je suis Pierrot
Qui ne respire plus
Sur la scène inventée



Petrouchka, ballet d'Igor Stravinski
extrait du second tableau
Par Martine Maillard - Publié dans : Le Passage - Communauté : L'âme du poète
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