Vendredi 23 juin 2006
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Fin du séjour à
Mopti
Notre situation devenait difficile :
nous n'avions plus un sou en poche, et pas une banque ne pratiquait le change à Mopti ! Nous interrogeâmes en vain les passants, et surtout le propriétaire du bateau amarré qui nous
servait d'hébergement.
Celui-ci ne sembla pas très conciliant et s'énerva lorsque nous lui proposâmes de le payer en francs français (la monnaie en usage était le "franc CFA")... Heureusement
pour nous, un ange gardien entendit la conversation, sous la forme d'un négociant aisé qui passait par là. Encore une fois, quelle gentillesse ! Portions-nous notre honnêteté sur notre visage
? Toujours est-il qu'il convainquit l'hôtelier de nous garder encore une nuit, en lui payant notre hébergement, et nous offrit de surcroît un beau billet de sa poche, avec ces indications
:
- "Pour rentrer sur Abidjan, la meilleure solution est que vous vous rendiez au motel qui est installé à quelque distance de la ville, au bord de la route nationale. Là,
vous trouverez beaucoup d'européens propriétaires de voitures, et sans doute l'un d'eux acceptera-t-il de vous reconduire. Une fois à Abidjan, rendez-vous à la banque [X], où j'ai un compte ;
vous pourrez y retirer de l'argent au bureau de change, et vous me rembourserez... "
Nous nous répandîmes en remerciements ; mais je commençais à me faire sérieusement du souci : car si nous n'avions plus de liquide, c'est aussi que nous avions dépassé nos
capacités de dépense sur place !
Je commençais à me sentir perdue, un peu comme une mendiante ou une SDF... De plus je souffrais de plus en plus au niveau des chevilles, de blessures étranges dues à la
démangeaison. En effet, je portais des petites sandales à lanières de cuir lacées qui dégageaient complètement le pied, et au Mali, il sévissait un genre de moustique moins dangereux certes
que celui des régions humides, mais très petit et à la piqûre quasiment microscopique. Comme je me badigeonnais encore le corps de citronnelle, mes chevilles, à l'instar du talon d'Achille,
n'étaient apparemment pas assez protégées, et ces insectes imperceptibles
m'y avaient infligé d'infimes lésions, que je me grattais en glissant sur la sueur abondante engendrée par la forte chaleur. Là-dessus la poussière de sable s'introduisant dans les écorchures
toujours renouvelées y avait créé une infection creusant dans ma chair des stries profondes. Cela me piquait comme une blessure mais aussi m'inquiétait beaucoup.
C'est ainsi que nous gagnâmes à pied le motel, bien moderne et jurant avec le caractère local, et que nous tentâmes d'amadouer le patron. Celui-ci accepta de nous laisser
dormir gratuitement dans un couloir, mais à la condition expresse que nous attendions que tous ses résidents soient couchés, afin que personne ne nous voie... C'était bien la moindre des
choses !
Je ne sais plus comment, nous rencontrâmes aussi un couple de coopérants(1) en voyage touristique depuis la Côte
d'Ivoire, qui revenaient de Tombouctou. Le mari était propriétaire d'une grosse voiture noire, et la femme était arrivée par avion, étant enceinte de
quatre mois. Le fait que je sois moi aussi enceinte attendrit celle-ci, et elle obtint de son mari qu'il nous raccompagne à Abidjan le lendemain, tandis qu'elle-même reprenait l'avion, par
égard pour sa grossesse.
Ainsi fut dit. Nous devions être éveillés pour cinq heures afin de partir au plus tôt. Tandis que les pensionnaires dînaient, l'hôtelier nous fit asseoir dans un coin de
son hall.
Ce fut le moment le plus triste du voyage... Je pensais à ces gens aisés, qui vivaient tranquillement et confortablement ; et nous, assis dans notre coin, nous n'avions
plus rien, nous ne pouvions plus que quémander auprès des autres...
J'avais faim. Je me mis à pleurer sur l'épaule de Robert. C'est alors qu'apparut un maître d'hôtel portant un plateau sur lequel trônaient deux verres de champagne,
voisinant avec deux assiettes garnies d'une tranche de rôti froid chacune. Confuse, je séchai mes larmes, tandis que Robert demandait :
- "Nous n'avons rien commandé ! Il y a erreur !"
Le maître d'hôtel répondit :
- "C'est une dame de la salle qui vous l'offre."
Un sourire radieux éclaira mon visage. Du champagne ! Quelle délicatesse ! Elle ne nous traitait pas en mendiants, mais semblait au contraire vouloir trinquer avec
nous.
Du plus triste moment, cela devint le plus émouvant. Avec quel délice ai-je dégusté cette tranche de viande froide, ce pétillant champagne ! Avec quelle effusion avons-nous
recommandé au serveur de remercier notre bienfaitrice !... Plusieurs fois dans ma vie, j'ai pu expérimenter cette grande vérité : "Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés..."

(1) "Coopérant" : français travaillant en Afrique pour y
exécuter une mission précise. C'étaient souvent des fonctionnaires payés au double de leur équivalent de métropole.
Par Martine Maillard
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Publié dans : Voyages et promenades
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Mardi 20 juin 2006
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Mopti (2)
Notre séjour à Mopti dura trois jours environ. Voici quelques anecdotes issues de mes souvenirs.
Alors que nous nous trouvions à la terrasse de notre "bar" favori, nous vîmes
arriver une enfant triste, enveloppée dans une grande robe bleu nuit, qui se traînait derrière les rambardes de bois de la terrasse, nous regardant de ses grands yeux. Nous lui dîmes bonjour, et
alors elle nous tendit la main.
Ce
n'était qu'un moignon. Elle n'avait plus de mains... Elle avait la lèpre.
Je réfléchis très vite : "Si elle tend la main, c'est qu'elle n'est pas contagieuse".
Robert ajouta : "Tu peux y aller, elle a sans doute
la lèpre sèche."
Je n'y
connaissais rien, mais je savais que dans nos pays on est si bien soigné que je ne risquais pas grand chose.
Je lui ai donc serré son petit moignon. Je pense que cela lui a fait plaisir...

La
lèpre est très répandue en Afrique
Un après-midi, alors que nous flânions comme à l'accoutumée sur le port, nous vîmes
soudain tout le monde déménager et rentrer chez soi.
Mopti : le port
Etonnés, nous aperçûmes au loin sur notre gauche un nuage de sable à l'horizon,
comme posé sur le fleuve très large à cet endroit, et nous décidâmes de rentrer à notre bateau-hôtel. Cette subite disparition de toute âme qui vive était saisissante, mais nous n'avions
que la baie à contourner pour rejoindre notre abri.
Soudain une voiture vint s'arrêter à nos côtés :
-"Montez, vite !" C'était un taxi.
Nous nous récriâmes :
-"Mais nous n'allons pas loin ! Vous voyez notre bateau n'est qu'à cent mètres !"
-"Ce n'est pas grave ! insista notre interlocuteur. Il ne fait pas bon rester ici. Cela peut être dangereux. Je vous emmène, cela vaut mieux. C'est gratuit."
Ces gens étaient décidément très prévenants. Nous nous empressâmes de monter, et en cinq minutes nous réintégrions notre chambre.
Une tempête de sable se levait, et du bateau nous ne vîmes ni ne sentîmes pas grand chose ; mais dehors, peut-être aurions nous été aveuglés ou asphyxiés.

Vent de
sable au Niger
Finalement, à Mopti,
nous faisions quand même du tourisme, et même, nous nous achetâmes un chapeau Peul qui est un des souvenirs les mieux conservés de tous nos voyages.
Par Martine Maillard
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Publié dans : Voyages et promenades
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Mercredi 14 juin 2006
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17:36
Suite de notre voyage en Afrique Noire effectué en août 1975 et commencé ici. Voici le
trajet effectué depuis Abidjan : d'abord jusqu'à Sikasso, puis jusqu'à Mopti.
Mopti
J'imagine que nous arrivâmes directement sur ce port, au bord de l'immense fleuve Niger, auprès duquel nous
nous plûmes à rester pratiquement tout le temps de notre séjour. Nous n'étions plus bien riches, et avions sorti de la banque à Abidjan pratiquement tout ce qui nous restait de disponible
jusqu'à la fin de notre voyage. Coucher à la belle étoile ? C'était bien hasardeux. Rentrer en stop ? C'était ce que nous espérions...
Nous commençâmes par nous intéresser à un petit bar installé sur une terrasse de bois face à la large étendue d'eau et y prîmes racine : Robert était passionné par l'atmosphère
de ce port très pauvre et grouillant de petits marchands de poissons la plupart du temps fumés (sinon rien ne se conserve !), et quant à moi, j'étais écrasée par la chaleur et sur le film que
prit Robert, je faisais triste mine.
Voici une vue de ce bord de fleuve , avec au premier plan les barques typiques du Mali,
équipées de nattes de protection contre le soleil,
et en arrière-plan la ville avec sa cathédrale.
C'est dans ce bar que nous avons pris tous nos repas
durant les quelques jours où nous sommes restés. Nous y étions pratiquement les seuls clients et la patronne était charmante. Elle nous proposait grillades et poissons fumés, ce qui
nous convenait parfaitement, pour un prix modique. De belles chaises de bambou me permettaient de m'allonger à l'ombre l'après-midi, et il fut même question d'y dormir sur le toit en
terrasse, à l'aide d'une natte : beaucoup de gens faisaient cela par ici, nous affirma-t-elle.
Par contre, dans les toilettes, je trouvai deux énormes cafards collés aux murs... Et quand je m'en ouvris à notre hôtesse, elle me répondit avec un air navré qu'il n'y
avait rien à y faire, car ces insectes comme nous cherchaient la fraîcheur et l'humidité. Je dus m'y habituer.
Voici Robert assis sur la balustrade de la
petite terrasse que nous occupions.
Il faut savoir que ce que l'on voit en face n'est pas la rive opposée du fleuve,
mais la suite de la même rive, qui forme une profonde échancrure en forme de plage
(ce que j'appelle "le port")
Bien sûr nous nous sommes promenés dans la ville, et
avons admiré la majestueuse mosquée d'argile aux tours fuselées... Je n'ai pas de photos et vous en cherche une "de secours"...

(Cliquez sur l'image pour voir le site dont elle est tirée)
Puis nous avons fait le tour du port et avons
repéré une zone plus "industrielle" vers le fond, où de grosses barques venaient entreposer d'énormes sacs de céréales.
(Voir ici)
Non loin de là nous apparut un magnifique bateau
de style colonial, tout en boiseries et peint en bleu, qui s'était recyclé en hôtel ! Sur deux étages nous apparaissaient des cabines constituées de deux banquettes face à face
faisant figure de couchettes, avec de chaque côté ces volets de bois qui sont partout utilisés au Mali pour filtrer le soleil en laissant passer l'air - d'un côté sous forme de
porte, de l'autre sous forme de fenêtres. C'était propre, aéré, bon marché... Nous nous y précipitâmes avec enthousiasme, et passâmes une nuit délicieuse.
Celui-ci lui ressemble un peu...
Par Martine Maillard
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Publié dans : Voyages et promenades
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