Voici un poème de la série "Labyrinthes et flammes" écrit durant cette psychothérapie d'inspiration
psychanalytique quelque temps après celui publié ci-dessous ("Meurtre"). On voit que je n'avais pas voulu me complaire dans la tragédie et cherchais à rendre positive l'image figée de cette jeune
femme fragile qui se campait devant moi sans rien dire. Noël approchait, c'est sans doute pourquoi je parais son visage glacé d'une auréole angélique.
Hélas, c'est à peine lorsque je réussis ce tour de force qu'elle me déclara tout de go : "Dans deux semaines, je ne serai plus là !" sans plus de
précision.
Je vous aime
Vous êtes ma fée sans étoile
Vous dormez avec la baguette au doigt
Un fil d’or au bout des cheveux
Je vois maintenant si bien
Votre visage serein
Doux comme un pétale de rose
Que la nuit en est comme transfigurée
Tiède accueillante et bleue
Charmée de votre grâce et de votre abandon
Je vous aime
Mon ange des premiers temps et des derniers
Plus blond que l’étoile du berger
Imperceptible phare de ma route
Mon guide présent et invisible
Maintenant c’est Noël
Et tout devient visible
Même Dieu pour les hommes
Même l’amour enfoui
Au plus profond des cœurs
Et je chante
Je vous aime
Mon étoile aux mille branches qui resplendissent
Comme un feu de Bengale
Là où j’étais tu es
Et ce que tu étais je le suis aujourd’hui
Miracle des osmoses divines
L’amour se multiplie
Je suis partout je suis la Source
Et ce que j’aime c’est TOUT
Le livre que Clémentine vient de publier et dont je vous ai parlé récemment (voir ici) relate une descente aux enfers à l'occasion d'une psychanalyse engagée pour les besoins de sa formation
professionnelle et qui fut manifestement mal conduite.
Il évoque donc ce magma que fut le monde des praticiens en la matière dans les années 70-80, souvent non fiable et de plus soumis à des critères financiers tels que, faute de
moyens suffisants, on était presque sûr de rester sur le carreau.
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J'ai moi-même connu le même type de situation en 1976, et c'est à cette occasion que j'ai écrit les poèmes que vous trouvez sur ce blog et sur In Libro Veritas, regroupés sous le titre de "Labyrinthes et Flammes". Je devrai au moins à la
praticienne fuyante et glaciale à laquelle j'ai eu affaire de m'avoir inspiré certains de mes poèmes les plus puissants - mais sans doute aussi les plus déchirants.
En
hommage au livre de Clémentine, envoici un que j'ai intitulé "Meurtre"... Il reflète bien
l'ambiance qu'elle retranscrit. Par ailleurs je dois ajouter que si elle
s'est lancée dans l'écriture de cette passe difficile, c'est grâce à l'intervention d'un autre psychiatre qui l'a aidée à se reconstruire ; et que de même pour moi, si je me suis tirée de la
dépression dans laquelle j'avais été jetée, c'est grâce aux soins que me prodigua ensuite une autre praticienne, beaucoup plus expérimentée et humaine que la première.
Meurtre
La porte est sacrée
J’entre dans le silence
Où veillent trois dieux de marbre
Repos d’anges défaits
Et retentit alors un hurlement strident
A l’heure de la mort
Les martyre achevé
Elle soumise pleure
Aux sanglots de son âme arrachée
Son cœur gonflé égorgé
Gît à ses pieds comme un petit
Je la vois battre sa tête aux murailles
Dolente et gémissante
Suspendue par les bras aux tentures croisées
Crucifiez-la !
Ont-ils crié
Mais il n’y a personne
Personne que des anges qui dorment
Et les voûtes résonnent de son cri à la mort
Un hurlement strident
Qui a déchiré en deux la tenture béante
Déchiré en deux sa gorge
Un cri qui est sorti de son corps de sa tête tombée
Un cri sorti du couperet d’acier
Sorti des mains de l’étrangleur
Un cri à réveiller les anges
A tuer le diable qui emporte son âme
Un cri à détruire la voûte enfermée
A disjoindre les linteaux de sa croix
Mais c’est ma tête seulement qui éclate
Et je ne vois plus rien
Que la nuit de mes pleurs
La Crucifixion, de Henri Gasq
On vous fait régresser dans l'enfance, vous dit-on... jusqu'à vous faire vivre votre naissance, peut-être
! Eh bien, j'étais pourtant très acquise au principe de la psychanalyse, mais là j'ai pu constater qu'il s'agissait d'une fumisterie notoire et j'applaudis le fait qu'on en soit largement
revenu.
Car je suis totalement certaine que ma naissance s'est déroulée de façon beaucoup plus harmonieuse que ce que l'on en lit ici, et j'en veux pour preuve qu'à d'autres
occasions j'ai pu régresser réellement, grâce à la sophrologie et au rebirth, et que malgré le mal que l'on a pu répandre sur ces pratiques je les ai vécues infiniment mieux, voire même en ai
tiré un réel mieux-être. J'aurai peut-être l'occasion de vous en parler un jour.
En tous cas, je suis certaine - comme Clémentine l'est également de son côté - que la détresse décrite par ce texte était uniquement induite par la personne à laquelle nous
avions affaire, et non à notre propre psychisme.
Mais vous, qu'en dites-vous ? Avez-vous un vécu aussi à cet égard ?
Voici un poème que j'ai écrit en écoutant une oeuvre pour violon et orchestre d'Ernest
Chausson, intitulée précisément "Poème". Dans cette magnifique page, le violon semble s'avancer devant l'orchestre qui lui fait écho, et se lance dans une longue déclamation, d'abord
paisible, puis véhémente, déchirante, avant de retomber dans le calme de l'acceptation.
Chausson, comme ses contemporains Vincent d'Indy ou Guy Ropartz, voulait adapter le style wagnérien à la tradition française, et a souvent puisé l'inspiration dans la légende
arthurienne - notamment avec son drame lyrique "le Roi Arthus" et son poème symphonique "Viviane". C'est ce qui motive mon allusion à Merlin l'enchanteur.
Il est seul
Ses ailes pliées contre son cœur
Il est seul et s’agenouille
Comme l’ange devant Marie
Il est triste
Et plus il est triste et plus il est vibrant
Plus se fait pénétrante la musique de son âme
La musique du désert
Sa nuque est si fragile
Qu’il n’y passe que ses cordes vocales
Sa poitrine si émouvante
Qu’il s’y ouvre deux larges blessures
Mais il est si sensible
Si doux comme une jeune fille
Que dès qu’on l’a touché
Il s’embrase d’amour
Il éveille le désir
Et le désarme aussitôt
Le métamorphosant
En détresse adorante
O violon inviolé
Prisonnier de l’archer qui t’effleure
Mais ne te blesse point
Tu es Merlin en son rempart
Aime et pleure d’aimer
La forêt t’accompagne
Et l’immense tristesse des arbres
Jusqu’en l’éternité
Voici en illustration
musicale
le début du "Poème" de Chausson, interprété par Augustin Dumay
et l'Orchestre Philharmonique de
Monte-Carlo
sous la direction de Manuel Rosenthal
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