L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  
Mardi 18 octobre 2011 2 18 /10 /Oct /2011 16:12

     En hommage à Russalka et à Sabine, merveilleuses conteuses, je reprends ici un poème écrit il y a quelque temps - car on ne peut être toujours inspiré ! Il faut parfois reprendre des oeuvres anciennes dans les tiroirs...

   A l'époque j'avais accompagné une classe d'élèves de sixième jusqu'à la médiathèque de la ville, afin d'entendre notre bibliothécaire jeunesse qui avait suivi la formation de conteuse offerte par le CLIO (Conservatoire Contemporain de Littérature Orale, installé en Loir-et-Cher).

Bruno-deLaSalle.jpg Bruno de la Salle, fondateur du CLIO

 
   Elle était devenue spécialiste du genre et avait même aménagé une petite salle à cet effet : entièrement moquettée cette pièce présentait un carré en creux dans le sol, de telle sorte que tout le monde s'asseyait sur la petite marche, avec elle. En l'occurrence nous étions bien trop nombreux (deux classes et quatre accompagnatrices) si bien que les enfants avaient été invités à s'asseoir à même le sol, au centre du cercle.

    Elle m'avait bluffée, par la technique passionnante qu'elle avait acquise : en effet, dans sa manière de faire, un conte ne se résume pas à un "récit", c'est surtout une prestation orale qui s'apparente au théâtre et presque à la musique - sans le chant, mais avec le rythme.

    "Conter", c'est d'abord se camper en tant que personnage ; elle démarrait à la première personne et affirmait rapporter ce qu'elle avait ouï dire - sur le ton bien sûr de la confidence, en se penchant et en parlant bas : "Oui, moi qui... je peux vous dire que..." etc. Et elle terminait surtout ainsi, sur de grands sous-entendus ramenant à la réalité présente : "... et il court toujours !"

     Ensuite, conter, c'est introduire une dimension féérique au moyen de sortes de refrains, d'onomatopées, de petits mots magiques qui reviennent régulièrement, souvent dénués de sens précis mais accompagnés d'un rythme spécifique très rapide ("Et tap, et tap, et tap", ou "et j'me dépêche , et j'me dépêche"...) dans un langage simple mais toujours joli et évocateur, qui petit à petit entraîne l'auditeur dans une bulle de rêve.

     Enfin, dernière technique très sensible, associer l'auditoire au récit : "... et alors, que pensez-vous qu'elle fit ... ?" La voix reste en suspens, le regard interroge les assistants bouche-bée ; et la conteuse ne reprend qu'après avoir recueilli la supposition hésitante d'un gamin. Sauf que dans le conte apparaissent des répétitions : la même situation se reproduit plusieurs fois... si bien que la question : "... et alors ? " devient si évidente que cette fois c'est la salle en choeur qui répond ce que fit la jeune héroïne. Hélas ! Au moment même où tout le monde est sûr de la réponse, c'est là que : "Ben non...", fait la conteuse sur un ton désolé ; c'est là que ça se passe autrement...

    C'est en revenant de cette belle prestation que j'ai écrit ce poème en septembre 2006.

 

conteuse.jpg

Image empruntée au site de la Communauté de communes de Podensac

 

Le rêve du poète
Ce sont ces feuilles mortes,
Et toutes ces étoiles,
Tous ces nuages
En couleurs dans sa tête
Un peu comme un appel
Du ciel taché d'ouate,
Un peu comme une écharpe
Qui vole au vent
Un peu comme la chanson
Du matelot qui part
En traversant les houles,
Sur l’écume des flots.

 

Le rêve du conteur
C’est un pays tout blanc
Un pays de chimère
Aux araignées gourmandes,
Aux sorcières déchues,
Où vient le bon Génie
Jouer du tambourin
Sur l’arrière-train des singes
Envolés dans les arbres ;
Ce sont des enfants-rois
Qui écoutent ravis
L’histoire d’une servante
Plus forte qu’une armée !

 

Quand le conte raconte
Le poète s’endort :
Tout devient plus aisé
Dans un nid de papier.
Tu souris au pommier
Que tes pas ont trouvé,
Et dans le vieux chaudron
T’attend le Fils du Roi !
Raconte-m’en toujours,
Je ne veux plus grandir…

 

 

     Arbre-fruitier.gif             sorciere.gif

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Samedi 15 octobre 2011 6 15 /10 /Oct /2011 22:04

    Fantaisie de la nature sur laquelle je me garderai bien de porter un jugement - du style "Y a plus de saison " ou "Tout est déréglé" ... ?

 

    Toujours est-il que ce matin, me rendant en ville sur une place garnie de marronniers - depuis bien longtemps déjà roussis d'ailleurs - je découvris leur nouvel aspect avec stupéfaction. Regardez plutôt (sauf que malheureusement je ne suis pas parmi les meilleurs photographes du net et je m'en excuse : tandis que mon appareil photos semble bon à changer à cause des taches qui encombrent l'objectif, là je n'avais que mon téléphone portable qui lui, fait soit des photos floues, soit des couleurs altérées...)

Marronniers15oct11-01.jpg

     Si vous faites bien attention, vous découvrez que parmi l'ensemble "très automnal" nous avons des repousses vertes et de nouvelles fleurs !

   L'un de ces arbres est même carrément coupé en deux : une face printemps et une face automne.

Marronniers15oct11-02.jpg

    N'est-ce pas incroyable ? Il me rappelle le Dieu "Janus", avec ses deux faces comme Jean-qui-pleure et Jean-qui-rit.

Janus.jpg

    Je me suis approchée pour que vous voyiez mieux cette petite merveille.

   A y bien réfléchir, il semble que les branches fleuries soient plutôt celles qui regardent vers le sud ; mais enfin cela n'explique pas tout ! L'explication est sans doute dans le fait que ce printemps a été si aride que les plantes ont crevé avant l'heure, l'été faisant figure d'automne ; mais que le retour de la douceur en septembre a fait l'effet d'un nouveau printemps : j'en ai le résultat dans mon jardin avec mes dahlias... Cependant si nous suivons le conseil de Rajneesh nous nous abstiendrons de tout commentaire et nous contenterons de nous émerveiller !

Marronniers15oct11-03.jpg

    En effet j'ajoute que la vie est un miracle permanent et qu'elle n'a pas fini de nous étonner.

 

    Cependant, impossible face à ce tableau de ne pas se rappeler également ma réflexion de l'autre jour, concernant le fait que la vie sur terre est le règne des opposés - noir/blanc, nuit/jour, mort/vie. Cet arbre en est le saisissant symbole.



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Vendredi 14 octobre 2011 5 14 /10 /Oct /2011 15:49

    Voici, comme convenu, un conte en complément de celui d'hier.
    En effet les cartes du tarot de Rajneesh s'éclairent souvent les unes les autres, et malgré les titres qui semblent les définir, sont souvent interdépendantes. D'où l'intérêt de posséder le jeu et d'effectuer des tirages dans lesquels on en aligne plusieurs pour répondre à une question.

 

     J'apporte cependant tout de suite une précision sur la nature de ce jeu pour éviter les confusions : c'est le premier qu'ait publié le maître indien, édité pour la première fois en 1983 à Zürich puis repris en France par les éditions "Le Voyage Intérieur" en 1991. Il présente 60 cartes qui sont toutes un sujet de réflexion et permettent de s'auto-observer en étudiant le texte qui leur est lié et en s'imprégnant du message contenu dans l'image. Pour plus de clarté en voici la couverture face et dos :

Tarot-Rajneesh1.jpgLa carte affichée en couverture s'intitule "la concentration" et relate une aventure survenue à Saraha,
le maître du tantra, qui eut la révélation de ce qu'était la méditation en regardant une femme de basse caste
confectionner des flèches.


Tarot-Rajneesh2.jpgDescription du contenu (vous pouvez agrandir)

 
     Rajneesh développera par la suite ce principe dans un tarot beaucoup plus méditatif, plus symbolique et plus construit, qui s'appellera le "Tarot Zen" : composé d'arcanes majeurs et d'arcanes mineurs, avec quatre familles d'arcanes mineurs correspondant chacune à un élément, ce dernier est beaucoup plus ésotérique, quoique formé de lames affectées elles aussi à des thèmes qu'éclairent un texte explicatif. Sa portée est plus intuitive, les cartes richement dessinées portant toutes un message fort (voir par exemple ici, ici ou ). Publié pour la première fois à Zürich en 1994, celui-ci paraîtra en France aux éditions du Gange l'année suivante. On le trouve encore, sous une présentation nouvelle (par exemple ici).

Tarot-Zen1.jpg

La lame représentée en couverture est l'arcane majeur n°2, "la Voix Intérieure"

Tarot-Zen2.jpg(Verso du jeu : vous pouvez agrandir)

 

 

      Je reviens donc à ma carte du premier jeu de tarot, qui s'associe à une petite histoire.

   Celle-ci s'intitule "le jugement", et j'avoue avoir longtemps mal compris cette dénomination, le mot "jugement" ayant plusieurs significations : tantôt je croyais qu'il s'agissait du substantif utilisé dans la langue classique pour désigner une qualité humaine, la faculté de raisonner, et qui peut se dire également "discernement". Mais il ne s'agissait pas de cela. Tantôt je croyais qu'il s'agissait de l'acte juridique, dans un tribunal : passer en jugement, être examiné de fond en comble, rendre des comptes à ses pairs. Mais non, il ne s'agissait pas de cela non plus...

Le-jugement.jpg

   L'image portée sur la carte, voulant rendre compte de la totalité de l'histoire, n'était pas bien claire non plus... Et pourtant je tirais cette carte très souvent ! Cela me permit de lire et relire le conte qui y était associé, et de comprendre qu'il s'agissait en fait du "jugement que l'on porte sur les choses lorsqu'elles arrivent "... 

 

Le Jugement

(lame 27)

   Voici une histoire que Lao-Tseu aimait raconter.

   Un pauvre chinois suscitait la jalousie des plus riches du pays parce qu'il possédait un cheval blanc extraordinaire. Chaque fois qu'on lui proposait une fortune pour l'animal, le vieillard répondait :

  - Ce cheval est beaucoup plus qu'un animal pour moi, c'est un ami. Je ne veux pas le vendre.

    Un jour le cheval disparut. Les voisins rassemblés devant l'écurie vide donnèrent leur opinion :

   - Pauvre idiot, il était prévisible qu'on te volerait cette bête ! Pourquoi ne l'as-tu pas vendue ? Quel malheur !

    Le paysan se montra plus circonspect :

   - N'exagérons rien, dit-il. Disons que le cheval ne se trouve plus à l'écurie. C'est un fait. Tout le reste n'est qu'une appréciation de votre part. Comment savoir si c'est un bonheur ou un malheur ? Nous ne connaissons qu'un fragment de l'histoire. Qui sait ce qu'il adviendra ?

    Les gens se moquèrent du vieil homme. Ils le considéraient depuis longtemps comme un simple d'esprit.

     Quinze jours plus tard, le cheval blanc revint. Il n'avait pas été volé, il s'était tout simplement mis au vert et ramenait une douzaine de chevaux sauvages de son escapade !

    Les villageois s'attroupèrent de nouveau :

   - Tu avais raison, ce n'était pas un malheur mais une bénédiction.

   - Je n'irais pas jusque là, dit le paysan. Contentons-nous de constater que le cheval blanc est revenu ; mais comment savoir si c'est une chance ou une malchance ? Ce n'est qu'un épisode. Peut-on comprendre le contenu d'un livre en n'en lisant qu'une phrase ?

    Les villageois se dispersèrent, convaincus que le vieil homme déraisonnait : recevoir douze beaux chevaux était sans nul doute un cadeau du ciel, qui pouvait le nier ?...

    Le fils du paysan entreprit le dressage des chevaux sauvages. L'un d'eux le jeta par terre et le piétina.

     Les villageois vinrent de nouveau donner leur avis :

     - Mon pauvre ami ! Tu avais raison, ces chevaux sauvages ne t'ont pas porté chance ! Voici que ton fils unique est estropié ! Qui donc t'aidera dans tes vieux jours ? Tu es vraiment à plaindre !

     - Voyons, rétorqua le paysan, n'allez pas si vite. Mon fils a perdu l'usage de ses jambes, c'est tout. Qui dira ce que cela nous aura apporté ? La vie se présente par petits bouts, nul ne peut prédire l'avenir.

    Quelque temps plus tard, la guerre éclata et tous les jeunes gens du village furent enrôlés dans l'armée - sauf l'invalide.

    - Vieil homme, se lamentèrent les villageois, tu avais raison ! Ton fils ne peut plus marcher, mais il reste auprès de toi tandis que les nôtres vont se faire tuer.

    - Je vous en prie, répondit le paysan, ne jugez pas hâtivement. Vos jeunes sont enrôlés dans l'armée, le mien reste à la maison, c'est tout ce que nous puissions dire... Dieu seul sait si c'est un bien ou un mal.


Conclusion du maître :

   Ne jugez pas, sinon vous ne connaîtrez jamais la réalité. Vous réagissez obsessionnellement aux évènements et sautez aux conclusions : immédiatement, vous cessez de grandir. Le jugement déssèche votre intelligence. Votre mental aime prononcer des sentences parce que le flot mouvant de la réalité l'angoisse et lui fait perdre ses moyens.

    Le voyage ne s'achève jamais ; la fin d'une route est le commencement d'une autre. En fermant une porte vous en ouvrez une nouvelle et quand une montagne est gravie vous découvrez celle qui suit.

      L'homme courageux ne se soucie pas du but, il se contente de voyager, se satisfait du moment présent et grandit de seconde en seconde. Un tel homme fusionne avec le Tout.

 

     Pour moi, cette lame avec son histoire est une des plus importantes !

    Notez au passage que les sages sont souvent considérés par le tout-venant comme des imbéciles...

    Une musique pour accompagner votre méditation : "Auberge ", tirée des "Scènes de la forêt" de Robert Schumann et jouée par Abdel Rahman El Bacha. Après tout, mon propos ne rejoint-il pas ici celui de Sabine et de Martine, qui affirment que le chemin est notre maître le plus précieux ?

 

 

 

Par Valentine - Publié dans : Pensées, réflexions - Communauté : SPIRITUALITE - SAGESSE
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