Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
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Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Pour faire suite à cet article, quelques mots encore de Villa-Lobos afin de le faire mieux connaître dans sa grande originalité et son génie d'orchestrateur.
Bien qu'ayant composé pour les grandes formes classiques (des symphonies, des concertos, des sonates, des quatuors, des trios... mais toujours en prenant ses distances et en gardant sa liberté devant les structures), il s'est surtout singularisé par ses "Bachianas Brasileiras", au nombre de neuf (comme les neuf Muses !), une forme qu'il a créée à partir des Suites de J.-S. Bach (d'où le mot "bachianas") mais en restant fidèle à l'esprit brésilien (d'où l'adjectif "brasileiras"), et par ses Choros (au nombre de quatorze ! Mais les deux derniers sont perdus), qui est une forme traditionnelle de musique de rue au Brésil (voir l'article ici).
Outre la Bachianas brasileiras 5 évoquée dans l'article précédent, qui est très connue pour sa première partie, Aria (la seconde, vive et gaie, s'intitule Dança) et utilise un groupe de violoncelles - le premier instrument qu'ait pratiqué Villa-Lobos avant le piano, la clarinette et la guitare - , une autre Bachianas Brasileiras est également bien connue des violoncellistes : la première, avec son Prélude (Modinha, le second mouvement) et dont je vous recommande la merveilleuse interprétation avec Mischa Maïsky en soliste sur youtube.
(Pour ceux qui auraient du mal avec la réception sur youtube, je ne l'ai malheureusement
pas trouvé sur deezer).
A cette occasion, je voudrais rappeler combien cette musique d'esprit encore très romantique
quoique moderne dans l'harmonisation et la forme mélodique, me rappelle la célèbre "Vocalise" pour voix, ou violoncelle et
piano de Rachmaninov (à écouter ici sur youtube) : en fait Villa-Lobos la connaissait certainement, car elle date de
1912 alors que la première Bachianas date de 1932.
Mais c'est dans les Choros (du moins le premier) que l'on retrouve la guitare appréciée des joueurs de rue auxquels cette forme fait référence. Ce choros 1, vous le connaissez certainement ; vous le trouverez ici sur youtube, et ci-dessous avec deezer.
Après le Choros 5 pour piano, surnommé Alma Brasileira (ici sur youtube et dans la colonne de droite de ce blog avec deezer) qui date de 1926, passons au Choros 10 qui date de 1925 (donc antérieur) et associe à un orchestre flamboyant (comprenant batterie, maracas, et d'autres instruments traditionnels) des choeurs jubilatoires à la fin.
Villa-Lobos reprend là, tout en martelant des rythmes issus du baião et de la samba, une chanson connue des brésiliens : « Rasga o Coraçao » (approximativement « Ouvre ton coeur »1), inspirée d'une mélodie écrite en 1896 par
Anacleto de Medeiros mais dont le texte fut recomposé en 1912 par Catulo da Paixão Cearense (voir celui-ci sous la vidéo sur le site en cliquant sur "plus"). Une véritable splendeur, dont je vous propose l'écoute dans une interprétation fabuleuse sur Youtube. Parmi plusieurs trouvées, celle-là
vaut vraiment d'être vue en vidéo, à la fois pour apprécier tous les instruments filmés, et pour découvrir la vitalité extraordinaire qui s'en dégage, les exécutants allant jusqu'à danser en
jouant ou en chantant... qui plus est, le concert est donné dans une gare, à São Paulo, pour le Nouvel An ! 2
On trouve aussi le choros 10 sur deezer, mais entier : il dure une quinzaine de
minutes.
La Baie de Rio, en accord avec le texte du poème chanté dans le Choros 10
1 Littéralement la chanson semble dire :
Si tu veux voir l'immensité du ciel et de la mer
Qui réfléchit les éclats de la lumière du soleil
Déchire (le voile qui recouvre) ton cœur ...
J'en profite pour exprimer mes remerciements à Marie-Claude F. (peut-être ne souhaite-t-elle pas que son nom soit publié ?) pour son aide précieuse. Née en Amérique du Sud elle a vécu de longues années au Brésil et parle couramment le portugais.
2
Je viens d'apprendre de Marie-Claude F. que la salle São Paulo est bien une salle de concert installée dans l'ancienne gare da Luz (São Paulo), et qu'elle est le siège de l'Orchestre Symphonique
de São Paulo.
Comme je vous l'avais annoncé dans mon article du 8 décembre 2011, trois journées vont être consacrées à la musette de cour en la ville de Toulouse la semaine prochaine.
En cliquant ci-dessous vous agrandirez l'intérieur du prospectus et pourrez lire le détail des opérations.
(Téléchargez ici le PDF)
Il va sans dire que l'un des principaux intervenants est Jean-Christophe Maillard, que citait Viviane-Russalka dans son article sur les baroques méconnus au sujet de Michel Corette, et que l'on peut voir et entendre jouer dans quelques vidéos publiées sur le site Youtube (par exemple celle-ci) où il ne faut pas le confondre avec un guitariste du même nom.
Ces journées seront annoncées vendredi matin 13 janvier sur France-Musique par David Christoffel dans le cadre de son émission "Les oreilles sensibles", de 7h45 à 7h56. Pour ceux qui n'auraient pas la possibilité de suivre l'émission, elle est disponible en réécoute sur le site de France musique aussitôt terminée. Le lien ci-dessus est réactualisé au vendredi 13 janvier ; mais hélas j'ai remarqué que dans le cas d'une réécoute l'émission est mise en réserve le temps de son téléchargement, et remplacée par le direct... au cas où vous seriez surpris ! D'autre part David Christoffel n'arrive pas tout de suite, il faut d'abord laisser finir Christophe Bourseiller qui, à mon regret, ne semble pas vraiment comprendre toute la richesse de cet instrument délicieux qu'est la musette (voyez ma réaction ci-dessous dans une réponse à un commentaire).
Il faut rappeler que Jean-Christophe, ayant connu une formation musicale poussée avec la
pratique de la flûte en même temps qu'il se passionnait pour la musique traditionnelle bretonne et pratiquait le biniou, a su ressusciter totalement la musette de cour tombée en désuétude depuis
le XIXe siècle, en en faisant refabriquer par des luthiers d'après des gravures de l'Ancien Régime. Après en avoir fait le sujet de sa thèse, il en reste le principal interpète et enseignant avec
le belge Jean-Pierre Van Hees, et la représente dans des tournées avec des orchestres baroques à travers le monde entier -
particulièrement dans le répertoire de Rameau.
Aux éditions Stellamaris vient de paraître
Instants Secrets.
Vous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.
Premier choeur : "O ewiges Feuer" (O feu éternel) tiré de la cantate n°34 de J.S. Bach.
Interprète : Karl Richter.