Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
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Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Comme je vous l'annonçais sur le blog que je consacre à Robert Bichet, celui-ci a donné hier soir à Issoudun une conférence passionnante et très riche sur Villa-Lobos, compositeur brésilien du début du 20e siècle (1887-1959), aussi prolifique qu'étonnant par sa modernité.
Très connu dans son pays, il l'est beaucoup moins dans nos contrées où l'on entend surtout ses oeuvres pour la guitare ou la célèbre vocalise des bachianas brasileiras n°5 que fit découvrir Joan Baez (encore ne sait-on pas toujours qu'il en est l'auteur !).
Je voudrais aujourd'hui vous faire découvrir son talent d'orchestrateur à travers une oeuvre fascinante : un ballet qu'il composa en 1917 et qui par bien des aspects peut faire penser au fameux Sacre du Printemps de Stravinsky (créé en 1913) - mais aussi au non moins contemporain Daphnis et Chloé de Maurice Ravel (1912) 1.
En effet cette oeuvre, qui a pour cadre la forêt amazonienne et pour sujet l'amour (comme Daphnis et Chloé dont les amours étaient abritées par le bruissement des arbres), s'inspire des légendes indiennes primitives (comme le Sacre du Printemps qui puisait dans le fonds mythologique de la Russie profonde) et présente un chatoiement fabuleux grâce à des trouvailles instrumentales (piano utilisé comme percussion, glissandos aux cordes, étonnantes associations d'instruments et surtout imitation parfaite des chants d'oiseaux).
Mais venons-en au fait : oui, le sujet de l'oeuvre est un oiseau, qui peut encore rappeler l'Oiseau de Feu de Stravinsky ; mais Villa-Lobos, autodidacte ayant puisé à toutes les sources d'inspiration (guitariste de rues, saxophoniste à ses heures il s'est intéressé à la musique populaire et au jazz ; aventurier de la grande forêt il a étudié la musique guarani et a noté tous les sons de la grande forêt... nous en aurons la preuve dans cette composition !) ne fait que se situer dans un courant, puisque l'oiseau qu'il met en scène est aussi l'Oiseau "fétiche" de tous les autochtones : celui que l'on appelle Uirapuru.
Cet oiseau au chant sublime mais qui ne chante que très rarement, en période de nidation et à l'aube, se nomme aussi "musician wren" en anglais, et - j'ai fini par le trouver à force de recherches ! - "troglodyte arada" en français, ce qui me permet de vous fournir en lien un site en français, le mot "Uirapuru" ne menant qu'à des sites portugais ou anglais.
Le mot lui-même est évidemment transcrit de la langue guarani, et la merveilleuse mélodie qu'il exprime a tant frappé les hommes que, suivant les légendes, l'on disait tantôt que l'avoir entendu chanter une seule fois suffisait pour procurer un bonheur éternel, tantôt qu'en posséder chez soi un spécimen naturalisé pouvait procurer la chance à vie.
Écoutons-le plutôt :
Vous pouvez également l'entendre encore plus clair et pur ici, dans une vidéo qui se contente de reproduire mot pour mot l'article consacré à l'oiseau par wikipédia en portugais mais que son auteur refuse pourtant de laisser intégrer à un site... En écoutant la qualité musicale de ce chant vous ne serez pas surpris que tout un chacun en reste ébahi, et surtout qu'un compositeur s'en soit emparé !
Et maintenant, venons-en au ballet.
Si j'en ai bien compris l'argument, Uirapuru aurait d'abord été un jeune homme d'une
beauté exceptionnelle, dont toutes les jeunes filles étaient amoureuses.
Hélas, un jaloux l'aurait un jour pris pour cible, et frappé mortellement, il se serait alors changé en oiseau, et se serait envolé en chantant un chant sublime... le chant de
l'Uirapuru (voir la légende ici).
Je vous propose donc de l'écouter maintenant, grâce aux deux parties disponibles sur Youtube, accompagnées de splendides prises de vues de la forêt amazonienne qui s'accordent à merveille avec la somptuosité de la musique. Dès le début, si vous avez bien écouté tout à l'heure, vous percevez la transcription orchestrale du chant de l'oiseau, suivie de l'évocation de ce dernier à la flûte. Puis nous sommes en présence des indiens, et enfin du merveilleux oiseau devenu jeune homme (un violon solo souligne sa beauté...) . A la 4e minute se fait entendre un saxophone alto - du jamais vu dans la musique d'alors ! sauf chez Darius Milhaud 2, un complice de Villa-Lobos car il a vécu très longtemps au Brésil - qui est peut-être la représentation de l'homme jaloux et mal intentionné.
Après une nouvelle danse de liesse des autochtones, à la 6e minute,
surgit un silence "habité", destiné à camper le décor de la jungle chargée de menaces... avec pédale de piano dans le grave, suraigu des cordes, petits cancans au hautbois : un passage saisissant
et très personnel !
Dans la seconde partie se poursuit ce martèlement, puis ce balancement qui évoquent la menace planant sur le jeune homme dans la forêt et menant peu à peu au drame... Juste un long arpège de harpe semble indiquer la trajectoire d'une flèche3 pour atteindre celui qui jusque là dansait avec insouciance ; et bientôt un violon solo d'une grande tendresse, associé à la flûte en trilles, suggèrent l'envol du petit être libéré... Surtout, écoutez jusqu'au bout : la fin est bouleversante.
1 Ou même au "Prince de Bois" de Bela Bartok (1917).
2 Dans son ballet "La création du monde" (1923).
3 A bien lire la légende, il n'est pas certain qu'il s'agisse d'une flèche, et si le jeune homme est mort d'un simple ensorcellement, alors la harpe décrit sa
prodigieuse transformation.
Jean-Sébastien Bach : Choral BWV 614
La vieille année s'en est allée,
Digue don !
Une autre année nous est donnée,
Digue don !
Le vieux printemps s'est effondré,
Digue don !
Un printemps neuf va s'enfanter,
Digue don !
... Mais si tout passe et s'évanouit
Pour revenir plus ébloui,
Alors rions, car tout est leurre,
Et la Vie à jamais demeure !! *
* [PS : par contre, celui qui est sûr de mourir, c'est
notre ego, ho ho ! Alors, pensons-y et préparons nos valises en les remplissant d'amour et de joie... ]
Hiver
Aux perles d’or entre les doigts des arbres
Aux journées pâles où s’allonge le ciel
Aux heures miellées sous la vitre embuée
Hiver qui passes en écorchant nos vies
Qui siffles à nos oreilles et souffles à nos cheveux
Hiver de feu pour notre nez rougi
Et nos mains grelottantes
Paré d’espace quand s’étoile la nuit
Hiver plombé comme un chapeau de brume
Sur les toits enfumés
Qui retiens en tes serres les trésors non éclos
Hiver cercueil où rêvent les troncs noirs
Et qui pèses en silence sur la terre endormie
Je t’aime de très loin
Quand je suis bien au chaud
Tu brilles comme un cristal
Et comme lui tu coupes
Tu as la beauté dévorante
Des chevaliers vainqueurs
Mais où tu es passé
Les plaines refleurissent infiniment plus belles
(réédition)
Aux éditions Stellamaris vient de paraître
Instants Secrets.
Vous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.
Premier choeur : "O ewiges Feuer" (O feu éternel) tiré de la cantate n°34 de J.S. Bach.
Interprète : Karl Richter.