L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Citations

Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 23:11

     Pour faire écho au beau poème de Stellamaris "Dans le silence du soir", je veux rappeler ici un  autre poème qui lui ressemble un peu, mais en allemand : "Beim Schlafengehen" ("A l'heure d'aller dormir") de Hermann Hesse (1877-1962).

     Cette poésie de la nature et de la nuit, si magnifiquement ressentie par les auteurs germaniques depuis l'époque romantique,  atteint là une force contemplative presque mystique qui séduisit le grand compositeur Richard Strauss, son contemporain (1864-1949). Celui-ci en fit une mélodie accompagnée à l'orchestre, vers la fin de sa vie, qui est l'un de ses chefs d'oeuvre (le 3e des "Quatre derniers lieder" composés en 1948).

 

     Je vous propose de l'écouter dans l'interprétation (ancienne : 1974) de Gundula Janowitz, avec l'orchestre philharmonique de Berlin dirigé par Herbert von Karajan, tout en parcourant le traduction que voici (elle est de moi... C'est très, très difficile à rendre finalement). Pour les germanophones, je note aussi l'allemand.

 

 

Nun der Tag mich müd gemacht,                  Après la fatigue du jour

soll mein sehnliches Verlangen                   J'aspire de tout mon être

freundlich die gestirnte Nacht                  A accueillir la nuit étoilée

Wie ein müdes Kind empfangen.                 Avec amitié, comme un enfant fatigué.

 

Hände, lasst von allem Tun,                        Mes mains, abandonnez toute tâche,

Stirn, vergisst du alles Denken                  Mon front, oublie toute pensée,

Alle meine Sinne nun                                 Tous mes sens désormais

wollen sich in Schlummer senken.                Veulent plonger dans le sommeil.

 

Und die Seele unbewacht                          Alors mon âme libérée

will in freien Flügen schweben,                  Pourra s'envoler et planer

um in Zauberkreis der Nacht                    Pour, dans le cercle magique de la nuit,

tief und tausendfach zu leben.                  Vivre d'une vie profonde et multipliée.

 

 

  Après les deux premières strophes écoutez bien, d'abord au violon solo, puis à la voix, l'évocation de l'âme qui s'envole, qui plane, puis qui se confond à l'âme universelle, pour y vivre (dernier mot). Il ne faut pas oublier qu'à cette époque l'influence Nietzschéenne avait conduit beaucoup d'intellectuels allemands à s'intéresser au bouddhisme (Hermann Hesse signa son roman Siddharta en 1922), d'où dans ce texte  la présence très sensible d'une connaissance de la méditation transcendantale. 

 

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Par Valentine - Publié dans : Citations - Communauté : L'âme du poète
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Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 10:43

PJ Toulet

 

       Plus je relis Paul-Jean Toulet, et plus j'ai du mal à choisir ce que je veux vous en offrir...

     Il y a tant d'humour dans certains de ses poèmes qu'il serait dommage de les négliger ! Cependant je reste sur le nostalgique encore aujourd'hui, avec la dernière des "Contrerimes".

    On y sent une oeuvre de la maturité, empreinte de ce désenchantement face à l'amour qui traverse toute la pensée de son auteur. D'une simple petite touche la mort est évoquée, et c'est dans un murmure que le poète avoue l'insomnie et la peur.

    Les expressions aussi élégantes qu'elliptiques apportent musique et rythme à cette confidence en clair-obscur ; une pointe d'hermétisme rapproche un peu ces quatrains de certaines oeuvres d'Apollinaire ("La Chanson du Mal-Aimé", "Le Bestiaire d'Orphée") : on est en plein 1900, l'époque de Toulouse-Lautrec ; mais dans le sud ! Car toujours cette lumière de l'Espagne s'y devine en filigrane.

 

     Mais c'est dans le mystère que disparaît le poète ; comme l'on sort de scène, à petits pas. Il continue de vous parler, comme il l'a toujours fait. Et c'est peut-être là le secret du style si poignant propre à Toulet : toujours il vous parle, jamais il ne parle de lui.

    Il semble s'en aller dans un fondu au noir, et ses propos flottent encore derrière lui, comme chuchotés...

 

 

 

 

La vie est plus vaine une image

Que l’ombre sur le mur.

Pourtant l’hiéroglyphe obscur

Qu’y trace ton passage

 

M’enchante, et ton rire pareil

Au vif éclat des armes ;

Et jusqu’à ces menteuses larmes

Qui miraient le soleil.

 

Mourir non plus n’est ombre vaine.

La nuit, quand tu as peur,

N’écoute pas battre ton cœur :

C’est une étrange peine.

 

 

Paul-Jean Toulet,

Contrerimes, n°70 (la dernière)

 

 

  

Par Valentine - Publié dans : Citations - Communauté : L'âme du poète
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Mardi 21 septembre 2010 2 21 /09 /Sep /2010 14:09

     Pour vous faire mieux connaître ce grand poète béarnais, en voici un second poème, parmi ses plus connus puisqu'il a inspiré le titre d'un roman à Raphaëlle Billetdoux  (voir ici) ainsi que celui bien évidemment de la biographie du poète lui-même (ici).

 

PJ-Toulet-copie-1.jpg

 

     Celui-ci est tiré du recueil "Chansons", la première de ce qu'il nomme "Romances sans musique".

 

 

En Arles

 

 

Dans Arle, où sont les Aliscamps,

Quand l’ombre est rouge, sous les roses,

Et clair le temps,

 

Prends garde à la douceur des choses.

Lorsque tu sens battre sans cause

Ton cœur trop lourd ;

 

Et que se taisent les colombes :

Parle tout bas, si c’est d’amour,

Au bord des tombes.

 

 

    0n y retrouve ce goût pour la confidence qui fait de ce dandy un tendre sous son ironie mordante à la Sacha Guitry.

     En complément je vous invite à lire ce qu'en dit ici Frédéric Martinez, son biographe.

      Il émane un charme envoûtant de son écriture sobre, qui me rappelle un peu les gymnopédies d'Eric Satie, dans leur mystérieuse simplicité.


Par Valentine - Publié dans : Citations - Communauté : L'âme du poète
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