Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Il est facile que dire que celui qui frappe a tort ; mais s'il a été lui-même blessé ? Parfois l'on ne se rend même pas compte que l'on fait mal... Et la racine du mal ce sont nos émotions, nos émotions qu'un grand travail sur soi seul peut maîtriser, et qui sont les responsables de la douleur comme de la joie.
Pardonner... Voilà le maître-mot, puisque, comme le disait Jésus selon la tradition, celui qui frappe "ne sait pas ce qu'il fait". Se dire que la blessure n'est finalement que le résultat de l'incarnation, incarnation qui nous jette dans l'émotionnel autant que dans le physique, et donc qui nous soumet à l'alternative du mal.
L'incarnation : quitter un monde de lumière pour
entrer dans une planète d'eau - planète de l'émotionnel
Mais si la douleur est physique ? Même avec un travail sur soi on ne peut supprimer la douleur physique ; seuls des traitements chimiques peuvent éventuellement y parvenir... Et il faut une belle dose de patience pour accepter toutes les souffrances qui peuvent survenir sur cette terre, même si l'on sait qu'elle n'est pas notre vraie patrie. S'étonnera-t-on alors que l'on nous montre toujours le Christ en croix ? Nous sommes tous, comme lui, cloués à l'incarnation, avec une branche pour le bien, une branche pour le mal, ou une branche pour l'espace, une branche pour le temps, ou une branche pour le bonheur, une branche pour la douleur, une branche pour l'horizontal, une branche pour le vertical... et tant que nous n'aurons pas réussi à placer notre conscience en dehors de ce croisement des opposés nous en serons écartelés.
Autre image de l'incarnation : la croix des opposés
Comment sortir de la croix ? Uniquement par le centre, là où pour notre morphologie humaine se situe le coeur. Non pas notre coeur physique, mais le centre d'énergie du coeur, situé juste au milieu de notre poitrine et où s'enracine le fil qui nous relie à notre être spirituel, à notre part immortelle et toujours en paix. C'est par elle seule que nous pouvons "ressusciter"... C'est pour cela que l'on médite, que l'on entre dans la voie monastique, ou que l'on se fait ermite : pour "sortir" de la roue, sortir de la souffrance.
Hélas, tant que le monde est monde, et tant qu'il y a des humains sur cette terre,
l'écartèlement continue et la souffrance existe. Vouloir s'en affranchir tout seul est un leurre. Nous sommes tous interdépendants et tant qu'il restera un seul être sur cette terre la croix du
Bien et du Mal continuera d'exister. Nous arrêterons-nous tous un jour de vivre notre quête interminable du bien-être pour nous mettre tous en méditation jusqu'à ce que notre coeur s'arrête de
battre ? Et que ferons-nous alors des joies du monde, des beautés du monde ?... Du rire des jeunes enfants ?...
En réponse à cette alternative je vous propose un Récit Zen, proposé par Osho Rajneesh dans son fameux tarot1 qui est une mine d'enseignements et de soutiens pour tous les moments de la vie.
L'Acceptation
(lame n°31)
Dans le village où vivait le maître zen Hakuin, une jeune fille se trouva enceinte. Sommée de révéler le nom de son amant, elle accusa Hakuin.
Lorsque l'enfant fut né, le père de la jeune fille le porta chez Hakuin qu'il insulta copieusement. Puis il dit :
- Tu t'occuperas du nourrisson puisque c'est le tien.
Hakuin répondit :
- Ah oui ?
Il prit le petit dans ses bras, l'enveloppa dans un pan de sa vieille tunique et l'emmena partout avec lui. Sous la pluie battante et sous le soleil torride, le jour et la nuit, il mendia du lait pour le bébé. Beaucoup de ses disciples le quittèrent, l'estimant déchu. Hakuin les vit partir sans formuler le moindre reproche. Un jour, souffrant trop d'être séparée de son enfant, la jeune mère désigna le vrai géniteur. Le père se rendit immédiatement chez Hakuin. Il lui demanda pardon et lui raconta la vérité.
- Ah oui ? fit Hakuin.
Et il rendit l'enfant.
L'acceptation de ce qui arrive s'appelle tathata. Une telle attitude signifie que vous acquiescez à tout ce que la vie apporte, à l'exemple du miroir qui reflète tout. Ce dernier dit oui sans condition, pour lui rien n'est bien, rien n'est mal. Acceptez la vie comme elle est. Tous vos problèmes disparaîtront : les désirs, les tensions, le mécontentement... L'acceptation totale vous rendra joyeux et satisfait sans raison. Le bonheur qui a une cause ne dure pas bien longtemps. La joie gratuite est sans fin.
Oui, voici un bonne manière de sortir du dilemme : cesser d'accorder aux choses une épithète de qualité... Mais difficile n'est-ce pas ?
Demain j'ajouterai un second conte qui complète celui-ci.
1 Je
constate avec stupéfaction que les gens qui ont la chance de posséder ce tarot se permettent de le vendre une fortune comme s'il s'agissait d'une pièce de musée. Vend-on la sagesse alors qu'elle
est due à tous ?! Mais je ne comprends pas non plus pourquoi il n'est pas réédité. Il faudrait au moins qu'il reparaisse sous forme de livre, afin que son enseignement puisse continuer de
profiter à tous : il en reste peut-être quelques exemplaires ici.
Robert Schumann, sonate en sol mineur op.22
1er mvt joué par Abdel Rahman El Bacha (disque Forlane)
Je ne puis m'empêcher d'utiliser ici une formule de Robert Bichet, pour exprimer la tristesse qui frappe lorsque des êtres ne se comprennent pas et se rejettent. Quand une personne animée de bonnes intentions se heurte à une réaction violente de la part d'un autre qui s'estime humilié...
Comment sommes-nous donc faits, que nous réagissions comme des hérissons à une remarque pleine de sollicitude ? Tant de méchancetés existent, tant de déchirures, et il faut encore qu'il y ait des blessures par simple incompréhension.
Dans les voies spirituelles d'inspiration bouddhiste, on nous exhorte à la paix intérieure et au recul ; mais la blessure, elle existe bien ; et même, elle est comme contagieuse, puisque celui qui s'est senti blessé frappe le plus fort possible pour que l'autre le soit à son tour !
Que dire alors, sinon que nous vivons bien dans une "Vallée de Larmes" ? "- J'ai mal, alors je te fais mal"... Oui, nous sommes bien frères, mais frères dans la douleur autant que dans la joie.
Et cette terre, elle reste quoi que l'on fasse et quoi que l'on dise, une terre de déchirure,
une terre de la dualité, où rester dans la paix est impossible. C'est bien le sens de la crucifixion que l'on a mise au centre du message de Jésus : un écartèlement... ! Pas de Bien sans Mal, pas
de Paix sans Guerre, pas de Douceur sans Violence, pas d'Amour sans Haine.
Comme l'écrit Paul Claudel dans le Lamento de la Danse des Morts (voir ici) :
« L'homme né de la femme et qui vit peu
Tu vois de quelles misères, Seigneur, il est rempli !
Il s'élève comme une fleur, et aussitôt il est brisé ;
Il fuit comme l'ombre et jamais il ne demeure dans le même état... »
Et pourtant, c'est cette impermanence même qui doit nous alerter ; c'est la
connaître qui peut nous rassurer et nous permettre de prendre le recul nécessaire - ce que Robert Bichet appelle "l'Espace transformé" devant nous mener à "l'Éternel départ" -
afin de percevoir qu'un nouveau basculement se fera... En effet, oui, la paix et la joie ont été perdues malgré notre immense espoir et notre foi absolue en leur existence, mais comme la roue qui
tourne, notre destin évolue ; et si aujourd'hui tout va très mal, demain, qui sait ... ? Peut-être après la nuit, vient le jour, comme l'automne vient de succéder à l'hiver.
Je suis très mauvaise philosophe ; j'enfonce des portes ouvertes. En effet dans les Plaideurs de Racine déjà, Petit-Jean déclarait avec son bon sens populaire :
« Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera. »
Et un negro spiritual célèbre rappelle :
« Sometimes i'm up, sometimes i'm down, O yes Lord ! »
De plus, le drame vient du fait que l'on ne sait jamais combien de temps va durer ce "chaos" ! Alors, en attendant que Dieu essuie les larmes de nos yeux - comme le rappelait si joliment Olivier Messiaen dans "Éclairs sur l'au-delà" -, écoutons de la musique... La musique exprime tout ce qui nous étreint, elle est un merveilleux soutien.
Après le premier mouvement de la sonate en sol de Schumann, qui exprime la détresse, nous écouterons, du même compositeur et issu du même disque l'Adieu à la forêt, si calme et réconfortant (tiré des Scènes de la forêt)
...
Notre-Dame du Sacré-Coeur d'Issoudun : la statue du fond du parc
Est-ce seulement par habitude que nous répétons ce que, petits, on nous a appris et que, après réflexion nous ne croyons plus : « Vierge Marie » et « Mère de Dieu » ?
Vous allez me dire que vous, vous ne le dites plus, parce qu'une « mère » ne peut pas
être « vierge », c.q.f.d., et que le concept de « Dieu » exclut par sa nature qu'Il ait une mère.
Oh, oh ! Mais nous voici dans des raisonnements rationnels, et les raisonnements
rationnels c'est aussi la fin de toute conversation avec « Dieu », me dis-je aussitôt.
Cependant, bon, restons sensés, et repartons des faits enseignés. Les choses sont simples : il s'agit d'une vierge, jeune et non mariée, qui s'appelait Marie ; et un jour elle mit au monde un garçon qui prétendit être Dieu... C'est de là qu'apparurent les formules consacrées.
Pourtant ces formules présentent une force inouïe. Comme tous les mythes, elles
résonnent prodigieusement en nous. Lorsque l'on s'adresse à « La Vierge » ce n'est pas à une petite pucelle que l'on pense, mais c'est à une image miraculeusement pure et blanche, comme la
neige sur les hautes cimes des montagnes, quelque chose qui brille de façon fantastique très haut dans le ciel, qui irradie des étincelles de lumière ! D'ailleurs c'est sans doute pour cela qu'on
l'a appelée ensuite « Immaculée Conception »... « Conçue sans péché » ? Si l'on veut, mais c'est encore une rationalisation débile : le mental repointe son nez, c'est humain... Qu'est-ce
donc en effet que le « péché », sinon le simple rappel de notre petitesse et du fait que nous nous sentons perdus devant l'immensité ? Marie serait donc tout simplement moins petite et moins
perdue que nous... Et c'est parce qu'elle évoque « notre conception » de la perfection, de ce qui est immaculé comme la neige sur les très grandes hauteurs, que nous l'appelons
ainsi.
Mais de plus Marie porte étonnamment le plus merveilleux nom de la terre, puisqu'il évoque par simple dérive celui de « mère », mais aussi toute l'étendue de la « mer » qui est à l'origine de la vie sur notre planète (planète d'eau dont tout être animé est issu - comme du liquide amniotique), et encore par anagramme celui d'« aimer », puis encore par dérive (de « amor ») celui de « mort » - c'est-à-dire l'autre pôle de l'existence face à celui de « naître au monde » ! C'est ainsi qu'elle devient pour nous le symbole même du principe-Mère... De celle qui porte, qui fait passer d'un port à un autre port, d'un point à l'autre d'un voyage, celle qui soutient. Et cela, avec une puissance telle, une telle force qu'elle en vient à évoquer le concept même de ce que nous appelons « Dieu » : l'origine et le terme de toutes choses, le but ultime de notre périple ici-bas.
Elle est alors presque identifiée à Lui, se rapprochant de la Grande Mère présente dans les anciennes religions... Et en associant « Mère » avec « Dieu » nous la ressentons comme la présence maternelle de Dieu, plus accessible, plus sécurisante que l'image habituellement proposée de « père ».
Cependant elle n'est pas non plus cette Force illimitée et impersonnelle ; ayant eu part à
notre humanité, elle prend un visage, elle admet d'être représentée sous une forme définie, d'une statue qui nous tend les bras et porte un enfant nous ressemblant beaucoup. Ainsi, rayonnant des
attributs de Dieu, mais s'en détachant pour se rapprocher de nous elle se présente comme son ambassadrice, une saillie lumineuse de l'Amour, le halo de lumière s'offrant du Ciel vers la Terre...
Alors nous l'appelons aussi « Reine du Ciel », et la représentons couronnée d'étoiles.
Mais peut-être est-ce tout simplement une Âme merveilleuse qui s'est offerte pour nous
aider et ne cessera jamais de le faire !
Aux éditions Stellamaris vient de paraître mon recueil
Renaître.
Vous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.

Découvrez une revue jeune et pleine d'avenir ! (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
Parvenue à son n°9, Shi-zen, ou "le féminin éthique et pas toc", est un magazine attrayant écrit par des femmes mais aussi par des hommes, pour des femmes mais aussi pour des hommes, dans une optique résolument écologique (imprimée sur papier recyclé bien sûr).
Ici la couverture du dernier n° paru.
Sur le site vous pouvez vous abonner, acheter les numéros en PDF ou en version papier (franco de port),
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