Jeudi 18 mai 2006
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Fêtes
(1ère partie : à Amaradougou)
(petit rappel : nous sommes ici, en pleine brousse
et ce voyage a été effectué en août 1975)
Hé hé ! Avant les "fichus quarts d'heures", nous avons encore les
"fêtes" à mentionner... Donc il faut bien le dire, avec quatre chapitres de "bons moments" et un seul de "fichus quarts d'heures", le résultat sera quand même très positif, n'est-ce pas ?
A Amaradougou, village pauvre et musulman, peuplé de gens originaires du Mali qui avaient fui le Sahel, il n'y avait pas d'électricité, pas de transistors, encore moins de
téléviseurs. Mais le samedi soir, il était de tradition qu'un musicien passe pour offrir à ceux qui le souhaitaient un petit concert. Par chance, nous fûmes invités, très cordialement, à y
assister.
Ce premier samedi, dès le matin, le musicien avait commencé à installer son instrument, et chacun put l'admirer, voire l'essayer... C'était un balafon ! Merveille de douceur aux sonorités mélodieuses et feutrées... Moi qui tombais de ma planète, je croyais que les "gamelangs" n'existaient qu'à Bali, et
j'écarquillai les yeux devant ce petit bijou de percussion artisanale.
N'ayant pas moi-même pris de photos à Amaradougou, j'insère ici des photos issues
d'autres sites ; sur cette image il s'agit plutôt d'une boutique de vente d'instruments,
et les personnages photographiés avec sont plus européanisés que nos hôtes,
qui portaient la robe malienne et le bonnet traditionnel sur la tête (voir ici)
Le second samedi
cependant, nous fûmes encore plus surpris. Appelés tard, alors que la nuit était tombée, aux cris de "concert ! concert !" (approximativement), nous découvrîmes un individu seul avec
une drôle de petite cithare à la main. Nous pensions presque qu'il l'avait inventée lui-même tant cette calebasse surmontée d'une tige de bois sur laquelle étaient tendues seulement
trois cordes nous paraissait sommaire.
Chacun l'écoutait religieusement tandis qu'il psalmodiait en s'accompagnant de notes répétées sur une gamme quasiment toujours identique. A nos questions, à l'aide de
gestes et de monosyllabes, il nous dit que son instrument s'appelait "Koni" (c'est du moins ce que nous avons
noté, pensant que cela signifiait "instrument") ; et qu'il racontait des scènes de guerre, ou de chasse. Stupéfaite, je découvrais le descendant d'Homère, l'aède qui de cité en cité va
portant les hauts faits des héros ! Je n'en conçus que plus d'admiration pour ce peuple qui avait su garder pour nous la fraîcheur originelle d'une culture naissante, et qui possédait ses
musiciens errants, comme Orphée.
En fait, je découvre aujourd'hui, grâce à vous et à l'internet, que c'est un instrument connu du Mali, qui s'appelle précisément N'goni, et dont les interprètes, porteurs de la culture traditionnelle, sont appelés "griots". En voici une représentation
:
Mais vous
trouverez plus de renseignements,
dans une formule plus sophistiquée ici,
ou d'autres représentations là.
Un jour, notre joie fut à son comble. On vint nous annoncer qu'une femme venait d'accoucher, et que pour fêter l'heureux évènement, il était de tradition que toutes les
femmes du village viennent danser devant sa porte. Pouvions-nous y assister ? Bien sûr ! Le vieux Sékou Traoré était déjà assis sur un tronc aux premiers rangs de l'assistance, sa
fillette près des genoux, et faisait signe à Robert de filmer sans se soucier de rien. Seules les femmes avaient le droit de danser, mais en même temps elles chantaient, elles
psalmodiaient un air sans doute habituel pour la circonstance, au son du seul instrument possédé par le village, un tambour djembé, sur lequel tapait admirablement un garçon au visage radieux.
Bien sûr, cette photo rend très mal compte
de ce que nous avons
vécu,
puisque d'abord c'était en plein jour, qu'ensuite il n'y avait qu'un
percussionniste, avec un tambour plutôt coloré comme celui du premier plan,
et qu'enfin personne n'avait de chaise ni de vêtements à l'européenne comme ici
(le percussionniste était à genoux sur son tambour).
Mais elle est prise à l'occasion d'un stage de danses africaines
dont le site n'est pas inintéressant à visiter (cliquez sur la photo, et mettez le son !)
Les femmes entraient dans la danse plus ou moins à tour de
rôle, au centre d'un cercle serré d'assistants généralement debout, qui tapaient dans leurs mains pour les accompagner, se balançant en avant avec les mains levées, et une joie
évidente qui pour une fois nous les montraient sous un autre jour que épuisées par le travail.
Enfin, le moment le plus réussi fut l'entrée en scène d'une femme devant laquelle toutes s'effacèrent (est-ce pour sa personne, ou pour ce qu'elle voulait exprimer
?) : elle s'était affublée d'un oreiller plaqué sur le ventre par-dessus lequel elle avait refermé sa robe et sa ceinture et, sautant lourdement sur les deux pieds avec les fesses en
arrière, faisant des mimiques concentrées, elle me semblait mimer l'accouchement d'une femme... Elle fut abondamment applaudie et clôtura le spectacle...
Voici la seule photo que j'aie trouvé de danses de
femmes en Afrique.
Elle est petite, mais se rapproche cependant assez bien de ce que nous avons connu.
Elles dansaient à plusieurs, mais s'effaçaient parfois pour admirer
une plus douée que les autres.
Je ne vis ni le bébé, ni la jeune accouchée, mais quel moment intense pour tous, et notamment pour moi qui commençais à me vanter alentours - malgré mon extraordinaire
sveltesse due au régime ultra léger qui nous était appliqué - de l'heureux évènement dont je portais la promesse !...
Par Martine Maillard
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Publié dans : Voyages et promenades
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Dimanche 14 mai 2006
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16:27

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Au long de la rivière au flot vert et tranquille
Nous marchons paresseusement ;
Les lilas blancs et mauves déclinent peu à peu ;
Le chien va gambadant,
puis s'arrête à flairer un parfum entêtant.
Et ploc ! Une grenouille a sauté dans les eaux.
J'écarquille les yeux ; rien n'y fait, plus un bruit,
La coquine est cachée ne laissant apparaître
Qu'un cercle à la surface.

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Les canetons rangés en formation parfaite
Vont suivant leur maman ;
Stylés, obéissants,
ils foncent aux abris dès qu'elle crie l'alerte :
"Cancancancancancan !!! Chien blanc à l'horizon !"
Pfouit ! Disparus, plus rien...
Et pourtant ce matin il lui en manquait trois...

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Comme un îlot perché sur un champ labouré,
La cabane s'effondre avec quelques carcasses...
Sur ce beau tronc de bois, que j'aimerais m'asseoir !
Mais il dort sous les saules entre les joncs dressés,
Cible de deux enfants s'amusant à pêcher.

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C'est un après-midi de mai à la campagne ;
Et pourtant les corbeaux croassent sur les cimes
De ces hauts peupliers : à croire qu'eux aussi
Nourrissent leurs petits et aiment leurs compagnes...
En accompagnement, cette charmante musique de Jean-Michel Damase,
compositeur et pianiste français né en 1928.
Sonate pour 2 pianos ; 1er mouvement : allegro,
avec Jean-Michel Damase et Michèle-Elise Quérard aux pianos
(enregistrement Erato ; éditions Salabert)
Par Martine Maillard
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Publié dans : Instants Secrets
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Vendredi 12 mai 2006
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21:30
Promenades
Les promenades aux alentours du village m'ayant vite déçue à cause des
insectes qui pullulaient dans les bois, nous prenions parfois la piste pour retourner à Niamagui, village francophone peu éloigné. Là, Robert entreprenait les jeunes gens désoeuvrés pour qu'ils
nous expliquent la vie locale et nous conduisent au fleuve Sassandra, où nous espérions rencontrer des crocodiles, ou qui sait ? Un beau serpent enroulé dans un arbre... Enthousiastes, nos guides
évoquaient de dangereux animaux, se risquaient à nous effrayer à l'idée d'âmes défuntes errant sur les eaux ; mais jamais nous ne vîmes rien ! Pas un mouvement, pas un tronc suspect. Le fleuve
n'était pas si éloigné du Niamagui. Quelques pirogues s'y trouvaient amarrées, mais on nous interdit formellement d'y mettre le pied : danger !!! L'eau coulait, boueuse sur une largeur qui ne
paraissait pas énorme. Mais rien ne nous apparut : c'était peut-être préférable ! "Dans nos forêts aussi, nous disions-nous, les bêtes se cachent..."
Vue du Sassandra vers Soubré
D'autres fois nous nous rendions à Soubré, empruntant la voiture de Francis à l'aller, et revenant à pied : cela faisait environ deux heures de marche. La piste était jalonnée
de marcheurs, voire de cyclistes sur de vieilles bécanes rouillées ; mais c'est surtout entre Niamagui et Amaradougou que l'on voyait passer des femmes, par groupes, qui rapportaient leur récolte de palmes sur la tête, dans de grandes bassines, en devisant gaiement et en se dandinant dans leurs
robes moulantes et colorées.
Vers
Soubré
Soubré était une ville pauvre, faite de baraquements et dont les pistes n'étaient pratiquement pas goudronnées. Mais il s'y trouvait un dispensaire pour les malades et un
marché quasi permanent. Peu de choses, dans ce marché, et généralement posées sur des tapis à même le sol ; cependant, nous étions devenus clients et bons amis d'un certain libanais, dont les
manières et le parler se rapprochaient des nôtres, et qui nous régalait de petits beignets et de sucreries vraiment délicieuses...
Valentine de Saint-Michel en voyage à Soubré
Artiste parisien fumeur de pipe à Soubré
De retour à Amaradougou vers midi, nous retrouvions de nouveaux amis, et notamment, à l'entrée du village, le bon Sékou Traoré, un homme d'une soixantaine d'années au crâne
dégarni et toujours vêtu d'une longue robe noire qui paraissait noble et bon, et qui choyait la dernière-née de sa jeune épouse, une toute petite fille en robe rose d'environ dix-huit mois, qui
marchait à peine. Nous étions dans le quartier "chic", et ces gens étaient relativement bien vêtus et bien nourris. Cependant, la fillette toussait si fort qu'un jour nous insistâmes pour
l'emmener avec nous en voiture à Soubré, de peur qu'elle n'ait la coqueluche. Il n'en était rien ! La jeune mère en fut tout heureuse.
Au matin, en les quittant pour notre promenade, nous les saluions d'un:
- Ané ségoma ! (ce qui signifie "bonjour", pour le matin)
Auquel ils nous répondaient par :
- Eré silla ? ("as-tu bien dormi ?")
Et en revenant le midi, nous pouvions dire :
- Ané télé ! (ce qui veut dire "bonjour", dans la journée).
Cependant notre vocabulaire ne s'étendit pas trop, en malinké. Nous parvenions à échanger grâce à nos gestes, et parce qu'ils connaissaient tout de même quelques mots de
français. Bientôt, Robert fut si familier avec Sékou Traoré que ce dernier insista pour qu'il demeure en Afrique! Les gens sentaient bien que le rêve de Robert, nouveau Rimbaud, était de
s'installer là, loin de toute civilisation.
- "Reste avec nous ! Lui faisaient-il comprendre. Nous te laisserons une parcelle de terre, que tu défricheras, tu construiras ta case, et tu feras partie du village."
Ah ! Robert était adopté ! Mais moi je levais des yeux suppliants : surtout avec mon bébé dans le ventre... Et Robert disait : "Non, ce n'est pas sérieux..." Ouf
!
Un jour, Robert obtint je ne sais comment, de Francis ou de Coulibaly, qu'un guide vienne nous chercher pour nous faire voir le point extrême de la piste, qui s'achevait en
cul-de-sac : c'est-à-dire l'entrée de la "forêt vierge".
C'était la tenue permanente de Robert pour "bourlinguer" dans la brousse.
(On se croirait presque sur un chemin creux en Bretagne, n'est-ce pas ?)
En effet, après quelques kilomètres et un ou deux villages, la piste cessait, formant une sorte de parking circulaire autour duquel apparaissaient quelques arbres abattus. Nous
entrâmes dans la haute broussaille, à la suite du guide armé d'une machette, qui nous expliqua qu'à partir de là, il était impératif d'être armé d'une boussole, car rien ne permettait de se
repérer. Cependant la forêt, d'allure plutôt sèche, n'était pas si touffue que cela, et nous pouvions évoluer relativement aisément entre les troncs aux gigantesques racines, suivant parfois des
pistes d'animaux, ou écartant les épines des acacias qui nous barraient fort désagréablement le passage.
Voici quelques vues de cette forêt, empruntées à ce site
La région d'Amaroudougou correspondait exactement à ce type de
paysage
Et voici l'aspect approximatif
du sous-bois,
mais moins humide dans mon souvenir (c'est peut-être une question de saison ?)
Lorsque nous revînmes à notre point de départ, environ une
demi-heure plus tard, j'étais tout de même soulagée de sortir de ce fouillis... Je ne me souviens même pas quelles pistes d'animaux nous avions suivies, car je n'imagine pas les éléphants
pénétrer dans un tel embrouillamini de branchages. Ce dont je me souvenais le mieux, c'était des épines, car j'étais pleine de griffures.
Par Martine Maillard
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Publié dans : Voyages et promenades
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