Vendredi 14 avril 2006
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21:36
Voici un poème "à la manière de Jacques Prévert"... (et qui rappelle un peu aussi le conte du Rossignol illustré par Igor Stravinsky).
Il avait une cage où chantait un oiseau
Il eut peur de le perdre et il ferma la cage
L'oiseau chanta plus fort
L'oiseau chanta si fort et pépia si haut
Qu'il eut peur de l'entendre
Il jeta sur la cage une étoffe ouvragée
Pour oublier le chant pour oublier l'oiseau
Mais sous le drap brodé
L'oiseau chantait encore
De sa voix étouffée
Et il eut mal si mal qu'il voulut le cacher
A tout jamais
Il courut le ranger dans un profond placard
Sous une couverture
Mais dans son rêve
Il vit un tout petit oiseau doré
Qui chantait qui chantait
Un chant d'amour si beau si doux si nostalgique
Qu'il s'éveilla soudain serrant son coeur à pleines mains
Comme s'il allait mourir
Où l'avait-il caché
Pourrait-il s'en souvenir
L'oiseau de ses matins l'oiseau de ses bonjours
L'oiseau de ses soleils
L'oiseau Lumière-de-ses-jours
L'oiseau de Vérité
L'oiseau de sa Vie
L'oiseau de son envol
Oxygène et respiration
Printemps navires et voyages lointains
Il aurait pu mourir
Certains meurent à ce moment-là
Juste lorsqu'ils sentent l'oiseau perdu
Mais lui il se souvint
Il se leva et crut encore
Il crut encore en lui-même
Il alla ouvrir le placard
Ota la couverture
Leva le linge brodé
Saisit la cage et l'amena à la fenêtre
Ouvrit la petite porte
Et prit entre ses mains l'oiseau tremblant
Le réchauffa et lui parla
Soufflant doucement sur son bec et ses plumes
Et lui dit
Chante chante pour moi
Et envole-toi s'il te plaît
Même au risque de te perdre à jamais
L'oiseau ouvrit ses yeux et remua ses ailes
Frémissant de partout il ouvrit le bec pour chanter
Mais aucun son ne vint
Il lui dit
Je t'aime
Tu es l'oiseau de ma Vie
Et il ouvrit ses mains
Alors l'oiseau battit des ailes et s'envola
Mais non par la fenêtre ouverte
Dont les effluves odorants soulevaient ses plumes
Il alla se poser sur son épaule
Et lui souffla dans l'oreille
Le plus beau le plus limpide
Le plus merveilleux des chants d'amour
Il pleura
Cette voix était si douce
Plus douce encore que dans la cage
Plus tendre encore que dans son rêve
Si proche et si intime
Si présente et si caressante
De ce jour l'oiseau ne quitta plus jamais
Ni son oreille ni son coeur
Même pour dormir
(Poème déjà cité le 31 août 2005.
Mes excuses pour ceux qui l'ont déjà lu)
Par Martine Maillard
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Publié dans : Instants Secrets
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Mercredi 12 avril 2006
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21:49

J’ai passé les rideaux translucides des sources,
J’ai écarté les pans obliques des cascades,
Et j’ai porté mon ciel jusqu’à l’humble fontaine
Glissant comme une ondée du coquillage blond.
Une nymphe y dormait sur un lit de feuillages :
Son sourire égaré en était le trésor,
Ses cheveux reflétaient l’écume des rivages...
Dans sa main étoilée sommeillait l’oiseau d’or.
J’ai posé mon offrande entre ses émeraudes
Et rafraîchi mon front à sa rosée d’avril.
L’averse scintillait… Etais-je vive ou morte ?
Je rêvais à genoux la naissance du monde.
Extrait du "Rossignol d'Argent"
© Les éditions Saint-Germain-des-Prés
Par Martine Maillard
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Publié dans : Poèmes mystiques
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Mardi 11 avril 2006
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21:48
Ce soir, encore une citation d'un de mes poètes préférés (si ce n'est de "mon" poète préféré)... : Apollinaire, un extrait de sa "Chanson du Mal Aimé", qui est un des sommets de la poésie française.
Ce n'est pas à Léo Ferré, cette fois, que je l'associe ; car si Léo dans sa jeunesse a remarquablement interprété le Pont Mirabeau, et si ensuite ses interprétations de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Aragon sont des chefs d'oeuvre, par contre dans sa dernière période il a très mal réussi (à mon sens!) "Le Bateau Ivre" et "La Chanson du Mal Aimé". Il a donné trop de valeur à chaque mot, chaque note, a compliqué l'orchestration, ce qui alourdit le texte et le détourne de sa finalité première.
Non, dans sa forme mi-déclamée, mi-chantée, c'est Jacques Castérède, musicien français trop peu connu de notre siècle, qui l'a le mieux mise en valeur dans les années 60 (voir le lien indiqué, dans "catalogue des oeuvres", l'oeuvre n°034 de l'année 1960) : et bienheureuses sont les personnes qui possèdent un enregistrement de ce merveilleux concert avec Jean Negroni, récitant plein de fougue, et Camille Maurane, baryton élégiaque, plus un délicieux choeur de femmes, et - trouvaille insigne - un accordéon très chantant, qui fait rêver les cours de Paris sur un rythme de valse mélancolique...

LES SEPT ÉPÉES
La première est toute d'argent
Et son nom tremblant c'est Pâline
Sa lame un ciel d'hiver neigeant
Son destin sanglant gibeline
Vulcain mourut en la forgeant
La seconde nommée Noubosse
Est un bel arc-en-ciel joyeux
Les dieux s'en servent à leurs noces
Elle a tué trente Bé-Rieux
Et fut douée par Carabosse
La troisième bleu féminin
N'en est pas moins un chibriape
Appelé Lul de Faltenin
Et que porte sur une nappe
L'Hermès Ernest devenu nain
La quatrième Malourène
Est un fleuve vert et doré
C'est le soir quand les riveraines
Y baignent leurs corps adorés
Et des chants de rameurs s'y traînent
La cinquième Sainte-Fabeau
C'est la plus belle des quenouilles
C'est un cyprès sur un tombeau
Où les quatre vents s'agenouillent
Et chaque nuit c'est un flambeau
La sixième métal de gloire
C'est l'ami aux si douces mains
Dont chaque matin nous sépare
Adieu voilà votre chemin
Les coqs s'épuisaient en fanfares
Et la septième s'exténue
Une femme une rose morte
Merci que le dernier venu
Sur mon amour ferme la porte
Je ne vous ai jamais connue
Guillaume Apollinaire
Extrait de "La Chanson du Mal Aimé"
Admirez la richesse verbale, admirez l'inventivité extraordinaire, admirez la beauté des rimes et l'évolution progressive du ton, depuis l'éclatant jusqu'au nostalgique... Cet extrait, quoique ayant son unité propre, a sa raison d'être au sein de l'ensemble et ne mérite pas à vrai dire d'en être séparé. Vous pouvez lire la totalité de l'oeuvre ici.
On y sent l'errance du poète qui, au gré de ses souvenirs et divagations, éprouve parfois le besoin de créer quelques strophes de fantaisie, comme des parenthèses dans une toile de fond désespérée afin d'exorciser sa peine. Pour souligner cette diversité et rythmer l'oeuvre, Jacques Castérède fait alterner la voix chantée et la voix parlée de manière très expressive ; et la magnifique strophe "Voie lactée, ô soeur lumineuse"qui revient périodiquement comme une incantation pour chasser les mauvais rêves (ici juste après l'extrait cité), il la confie à un suave choeur de femmes, comme descendu du ciel... Puissiez-vous l'entendre un jour.
Jacques Castérède fête cette année ses 80 ans.
Par Martine Maillard
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Publié dans : Citations
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