L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Pensées, réflexions

Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 16:18

 

Robert Schumann, sonate en sol mineur op.22
1er mvt joué par Abdel Rahman El Bacha (disque Forlane)

 

     Je ne puis m'empêcher d'utiliser ici une formule de Robert Bichet, pour exprimer la tristesse qui frappe lorsque des êtres ne se comprennent pas et se rejettent. Quand une personne animée de bonnes intentions se heurte à une réaction violente de la part d'un autre qui s'estime humilié...

   Comment sommes-nous donc faits, que nous réagissions comme des hérissons à une remarque pleine de sollicitude ? Tant de méchancetés existent, tant de déchirures, et il faut encore qu'il y ait des blessures par simple incompréhension.

 

   Dans les voies spirituelles d'inspiration bouddhiste, on nous exhorte à la paix intérieure et au recul ; mais la blessure, elle existe bien ; et même, elle est comme contagieuse, puisque celui qui s'est senti blessé frappe le plus fort possible pour que l'autre le soit à son tour !

 

   Que dire alors, sinon que nous vivons bien dans une "Vallée de Larmes" ? "- J'ai mal, alors je te fais mal"... Oui, nous sommes bien frères, mais frères dans la douleur autant que dans la joie.

   Et cette terre, elle reste quoi que l'on fasse et quoi que l'on dise, une terre de déchirure, une terre de la dualité, où rester dans la paix est impossible. C'est bien le sens de la crucifixion que l'on a mise au centre du message de Jésus : un écartèlement... ! Pas de Bien sans Mal, pas de Paix sans Guerre, pas de Douceur sans Violence, pas d'Amour sans Haine.

 

    Comme l'écrit Paul Claudel dans le Lamento de la Danse des Morts (voir ici) :

   « L'homme né de la femme et qui vit peu
Tu vois de quelles misères, Seigneur, il est rempli !
Il s'élève comme une fleur, et aussitôt il est brisé ;
Il fuit comme l'ombre et jamais il ne demeure dans le même état... »

 

     Et pourtant, c'est cette impermanence même qui doit nous alerter ; c'est la connaître qui peut nous rassurer et nous permettre de prendre le recul nécessaire - ce que Robert Bichet appelle "l'Espace transformé" devant nous mener à "l'Éternel départ" - afin de percevoir qu'un nouveau basculement se fera... En effet, oui, la paix et la joie ont été perdues malgré notre immense espoir et notre foi absolue en leur existence, mais comme la roue qui tourne, notre destin évolue ; et si aujourd'hui tout va très mal, demain, qui sait ... ? Peut-être après la nuit, vient le jour, comme l'automne vient de succéder à l'hiver.

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    Je suis très mauvaise philosophe ; j'enfonce des portes ouvertes. En effet dans les Plaideurs de Racine déjà, Petit-Jean déclarait avec son bon sens populaire :

« Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera. »

    Et un negro spiritual célèbre rappelle :

« Sometimes i'm up, sometimes i'm down, O yes Lord ! »

       De plus, le drame vient du fait que l'on ne sait jamais combien de temps va durer ce "chaos" ! Alors, en attendant que Dieu essuie les larmes de nos yeux - comme le rappelait si joliment Olivier Messiaen dans "Éclairs sur l'au-delà" -, écoutons de la musique... La musique exprime tout ce qui nous étreint, elle est un merveilleux soutien.

   Après le premier mouvement de la sonate en sol de Schumann, qui exprime la détresse, nous écouterons, du même compositeur et issu du même disque l'Adieu à la forêt, si calme et réconfortant (tiré des Scènes de la forêt) ...

 

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[Photo tirée du net]
    (Ouiiii !! Pendant que j'écrivais cet article, il paraît que les choses se sont arrangées...!)
Par Valentine - Publié dans : Pensées, réflexions - Communauté : SPIRITUALITE - SAGESSE
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Lundi 15 août 2011 1 15 /08 /Août /2011 00:00

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Notre-Dame du Sacré-Coeur d'Issoudun : la statue du fond du parc

       Est-ce seulement par habitude que nous répétons ce que, petits, on nous a appris et que, après réflexion nous ne croyons plus : « Vierge Marie » et « Mère de Dieu » ?

    Vous allez me dire que vous, vous ne le dites plus, parce qu'une « mère » ne peut pas être « vierge », c.q.f.d., et que le concept de « Dieu » exclut par sa nature qu'Il ait une mère.

    Oh, oh ! Mais nous voici dans des raisonnements rationnels, et les raisonnements rationnels c'est aussi la fin de toute conversation avec « Dieu », me dis-je aussitôt.

    Cependant, bon, restons sensés, et repartons des faits enseignés. Les choses sont simples : il s'agit d'une vierge, jeune et non mariée, qui s'appelait Marie ; et un jour elle mit au monde un garçon qui prétendit être Dieu... C'est de là qu'apparurent les formules consacrées.

 

     Pourtant ces formules présentent une force inouïe. Comme tous les mythes, elles résonnent prodigieusement en  nous. Lorsque l'on s'adresse à « La Vierge » ce n'est pas à une petite pucelle que l'on pense, mais c'est à une image miraculeusement pure et blanche, comme la neige sur les hautes cimes des montagnes, quelque chose qui brille de façon fantastique très haut dans le ciel, qui irradie des étincelles de lumière ! D'ailleurs c'est sans doute pour cela qu'on l'a appelée ensuite « Immaculée Conception »... « Conçue sans péché » ? Si l'on veut, mais c'est encore une rationalisation débile : le mental repointe son nez, c'est humain... Qu'est-ce donc en effet que le « péché », sinon le simple rappel de notre petitesse et du fait que nous nous sentons perdus devant l'immensité ? Marie serait donc tout simplement moins petite et moins perdue que nous... Et c'est parce qu'elle évoque « notre conception » de la perfection, de ce qui est immaculé comme la neige sur les très grandes hauteurs, que nous l'appelons ainsi.

 

    Mais de plus Marie porte étonnamment le plus merveilleux nom de la terre, puisqu'il évoque par simple dérive celui de « mère », mais aussi toute l'étendue de la « mer » qui est à l'origine de la vie sur notre planète (planète d'eau dont tout être animé est issu - comme du liquide amniotique), et encore par anagramme celui d'« aimer », puis encore par dérive (de « amor ») celui de « mort » - c'est-à-dire l'autre pôle de l'existence face à celui de « naître au monde » ! C'est ainsi qu'elle devient pour nous le symbole même du principe-Mère... De celle qui porte, qui fait passer d'un port à un autre port, d'un point à l'autre d'un voyage, celle qui soutient. Et cela, avec une puissance telle, une telle force qu'elle en vient à évoquer le concept même de ce que nous appelons « Dieu » : l'origine et le terme de toutes choses, le but ultime de notre périple ici-bas.

    Elle est alors presque identifiée à Lui, se rapprochant de la Grande Mère présente dans les anciennes religions... Et en associant « Mère » avec « Dieu » nous la ressentons comme la présence maternelle de Dieu, plus accessible, plus sécurisante que l'image habituellement proposée de « père ».

    Cependant elle n'est pas non plus cette Force illimitée et impersonnelle ; ayant eu part à notre humanité, elle prend un visage, elle admet d'être représentée sous une forme définie, d'une statue qui nous tend les bras et porte un enfant nous ressemblant beaucoup. Ainsi, rayonnant des attributs de Dieu, mais s'en détachant pour se rapprocher de nous elle se présente comme son ambassadrice, une saillie lumineuse de l'Amour, le halo de lumière s'offrant du Ciel vers la Terre... Alors nous l'appelons aussi « Reine du Ciel », et la représentons couronnée d'étoiles.

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    Mais peut-être est-ce tout simplement une Âme merveilleuse qui s'est offerte pour nous aider et ne cessera jamais de le faire !   

Par Valentine - Publié dans : Pensées, réflexions - Communauté : Partager
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Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 16:27

   Avec la prétendue "Ascension" de Jésus, nous touchons à un mystère.

    Jésus serait, dans son corps (déjà mystérieusement "ressuscité" de la mort), monté dans le Ciel. Tout esprit rationnel ne peut que profondément mettre en doute cette affirmation, et il est évident que pour la plupart, ce n'est qu'une croyance plaquée par les fondateurs d'une religion, qui ont de même été imaginer qu'il serait né d'une vierge et sans l'intervention d'un géniteur physique !

    Cependant le "mystère" est une porte. Il est un moyen pour notre esprit de basculer d'un système de pensée vers un autre. Il fonctionne un peu comme un "sas", ou comme une écluse... Il exige la "foi", c'est à dire d'adopter un autre mode de perception, celui de l'intuition.

      La religion catholique est pleine de ces mystères ! Beaucoup de ceux-ci se rapportent à des sacrements... dont la religion orthodoxe est encore plus fournie que la catholique. En effet, le "sacrement" permet de concrétiser sous une forme physique un mystère en principe inexprimable en ce monde. Y adhérer, c'est comme apprendre à monter à cheval, apprendre à faire du vélo ou à nager : si l'on se raidit dans sa rationalité, on tombe et on est définitivement convaincu que c'est impossible. Mais si l'on épouse le mouvement, si l'on se coule dans le moule, autre chose se déverse en nous qui nous informe du sens caché de la chose... et de même que nager, chevaucher, "cycler" deviennent une seconde nature,  de même la compréhension profonde du mystère caché dans le sacrement nous inonde, sans que nous puissions rien en expliquer.

     En Grèce existaient autrefois des "religions à mystères" ; les religions druidiques connaissaient aussi de profonds mystères, ainsi que celles des Indiens d'Amérique, mais encore aujourd'hui des sociétés secrètes et certains groupements religieux où les adeptes sont dépositaires d'"objets sacrés" ou appelés à fouler des "lieux sacrés", présentent cette même possibilité de rencontrer un seuil au-delà duquel l'esprit bascule dans un autre mode de fonctionnement.

 

     Pourtant ce que l'on nomme la "foi" est à juste titre sujet à caution, car "ajouter foi " sans discernement à l'affirmation d'un tiers ne peut que conduire à l'erreur, le manque de jugement en ce monde pouvant se révéler dangereux.

    Heureusement nous bénéficions tous en profondeur d'une faculté de ressenti qui nous aide à éprouver qu'une signification plus vaste peut être apportée à une imagerie en apparence naïve. Ainsi, en ce qui concerne "l'Ascension" de Jésus, il est possible - une certaine pratique méditative aidant - de concevoir que les disciples de Jésus, après la disparition de celui-ci, auraient pu voir avec les yeux du coeur (et non de façon matérielle) celui-ci remonter jusqu'à la Source qui l'avait manifesté. Et que cette vision ait ouvert en nous une porte, et même un appel, pour que nous suivions le même chemin et nous laissions à notre tour absorber par cette Source de lumière et de force.

 

     Croyez-vous juste de dire qu'il existe un monde extérieur (fragile et dangereux) et un monde intérieur (sûr et puissant) ? Les yogis en tous cas l'affirment. Ainsi, Aurobindo (cité dans le lien précédent) dit dans son ouvrage-clé La Vie divine :

« Ce n'est que lorsque le voile est déchiré et le mental divisé dominé, silencieux et passif sous l'action supramentale, que le mental lui-même retourne à la Vérité des choses. Là nous trouvons une mentalité réflectrice, lumineuse, qui obéit et sert d'instrument à l'Idée-réelle divine. Là nous percevons ce qu'est réellement le monde ; nous savons de toutes les manières que nous-mêmes sommes en autrui, qu'autrui est nous-mêmes et que nous sommes tous l'Un universel qui s'est multiplié. Nous perdons la position individuelle rigoureusement séparée qui est la source de toute limitation et de toute erreur » ( La Vie divine, Albin Michel Spiritualités vivantes, tome 1, p.226)

 

   Comme Jésus et bien d'autres nous ayant précédés ou encore présents à nos côtés, Aurobindo a trouvé le "Chemin du retour"... Alors pourquoi ne pas aujourd'hui déposer les armes et nous abandonner à cette grande force joyeuse qui nous appelle et qui nous souffle bien au creux de l'oreille :

"N'aie pas peur ! Tu es déjà sauvé, et tu es dans mon Coeur..."

 

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Par Valentine - Publié dans : Pensées, réflexions - Communauté : SPIRITUALITE - SAGESSE
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