Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Un hôte inhabituel est venu ce matin
Se joindre aux gais moineaux en bandes familières,
Dont la présence anime en joyeuses volières
Le carré de gazon vert de notre jardin.
Est-ce bergeronnette, est-ce chardonneret ?
Serait-ce une fauvette, ou bien une linotte ?
Le grain est abondant, tombé de notre hotte,
Et l'oiseau semble aimer ce repas sans apprêt.
Je connais le bouvreuil, le verdier, le pinson,
Le merle vient souvent comme la tourterelle ;
Mais ce joli minois m'amuse et m'interpelle
Sans me laisser son nom ni même sa chanson.
Tandis que les moineaux dans un envol massif
L'abandonnent, rêveur, au pied de ma fenêtre,
Je l'admire un instant sans rien laisser paraître.
Puis soudain il s'enfuit d'un bond définitif.
Les cloches sonnent
Souvenir d’anciens rites
Et je revois ces enfançons qui sautent et sautent à tour de rôle
Enveloppés de robes blanches dont les ceintures volent
Suspendus aux deux cordes des cloches qui résonnent
A la volée
A corps perdu
La journée fut si belle
Et si douce aujourd’hui
Sous le soleil timide et les pâles nuages
A peine trop humide et les champs trop boueux
Pour y pouvoir marcher
J’ai ramassé des feuilles à peine dégelées
Préparé des décors installé un sapin
Ces rites qui demeurent
Mais le cœur lui aussi
Résonne à la volée
L’amour est toujours là il vibre suspendu
A la corde lumineuse du ciel
Et aux fils innombrables de la terre
Étincelants de vie
Ah que les cloches longuement sonnent
Que jamais on ne les oublie
Que toujours elles demeurent aux clochers des églises
A ceux des cathédrales ou des humbles chapelles
Leur harmonie nous porte
Leur timbre chaud relie et réunit
Elles sont nos racines
Faisaient vivre nos mères et rythmaient leurs travaux
À vêpres ou complies
Angélus ou matines

Le ciel est gonflé de nuages
Dans l'air chargé d'humidité
Retentissent des cris sauvages
Jaillissant de l'obscurité
D'étranges formes apparaissent
Dessinant flèches ou museaux
En rangs serrés elles se pressent
Flottant comme des serpents d'eau
Mais oui ces cris ce sont les grues
Fuyant l'hiver et ses excès
Filant en escadrilles drues
Dans la bruine et le vent glacé
Devant les meneuses s'activent
Exhortant de leurs cris puissants
Toute la chaîne des passives
A poursuivre un effort constant
Ce sont des colliers des guirlandes
Qui apparaissent à nos yeux
Train après train elles s'étendent
Et s'évanouissent dans les cieux
C'est tout un peuple qui traverse
Groupe après groupe il en revient
L'espace immense les disperse
Mais leur cap ferme se maintient
C'est le courage et c'est la vie
Comme de bons petits soldats
Aucune d'elles ne dévie
Même si la fatigue est là
Leurs cris perçants sont des trompettes
Elles chantent pour s'entraîner
A chaque escadron se répète
Leur concert sans jamais freiner
On croirait voir passer l'armée
Dans un défilé triomphal
Irréprochablement formée
Sous les ordres d'un général
Où vont-elles si résolues
Rien ne permet de s'orienter
Elles voient par-delà les nues
Et volent droit sans hésiter
Encore une immense volière
Qui s'allonge au-dessus des toits
Aussi belle que la première
Elle fait entendre sa voix
Sous le ciel sombre et la grisaille
Etrange oiseau déliquescent
Elles s'éloignent sans bataille
Vers l'horizon luminescent
Adieu demoiselles ailées
Nous vous saluons de la main
Gagnez vite d'autres contrées
Vous nous reviendrez l'an prochain
Aux éditions Stellamaris vient de paraître mon recueil
Renaître.
Vous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.

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Parvenue à son n°9, Shi-zen, ou "le féminin éthique et pas toc", est un magazine attrayant écrit par des femmes mais aussi par des hommes, pour des femmes mais aussi pour des hommes, dans une optique résolument écologique (imprimée sur papier recyclé bien sûr).
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