L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Citations

Mardi 21 septembre 2010 2 21 /09 /Sep /2010 14:09

     Pour vous faire mieux connaître ce grand poète béarnais, en voici un second poème, parmi ses plus connus puisqu'il a inspiré le titre d'un roman à Raphaëlle Billetdoux  (voir ici) ainsi que celui bien évidemment de la biographie du poète lui-même (ici).

 

PJ-Toulet-copie-1.jpg

 

     Celui-ci est tiré du recueil "Chansons", la première de ce qu'il nomme "Romances sans musique".

 

 

En Arles

 

 

Dans Arle, où sont les Aliscamps,

Quand l’ombre est rouge, sous les roses,

Et clair le temps,

 

Prends garde à la douceur des choses.

Lorsque tu sens battre sans cause

Ton cœur trop lourd ;

 

Et que se taisent les colombes :

Parle tout bas, si c’est d’amour,

Au bord des tombes.

 

 

    0n y retrouve ce goût pour la confidence qui fait de ce dandy un tendre sous son ironie mordante à la Sacha Guitry.

     En complément je vous invite à lire ce qu'en dit ici Frédéric Martinez, son biographe.

      Il émane un charme envoûtant de son écriture sobre, qui me rappelle un peu les gymnopédies d'Eric Satie, dans leur mystérieuse simplicité.


Par Valentine - Publié dans : Citations - Communauté : L'âme du poète
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Samedi 18 septembre 2010 6 18 /09 /Sep /2010 10:24

      A l'instar de Marlou et comme je l'ai déjà fait, je vous cite un petit poème de quelqu'un d'autre...

     Ils sont généralement beaucoup plus géniaux que les miens.

 

      Et celui-ci est de Paul-Jean Toulet, extrait de son recueil "Contrerimes".

 

Lucifer.jpg(image empruntée ici)

 

 

J’ai vu le Diable, l’autre nuit ;

Et, dessous sa pelure,

Il n’est pas aisé de conclure

S’il faut dire : Elle, ou : Lui.

 

Sa gorge, — avait l’air sous la faille,

De trembler de désir :

Tel, aux mains près de le saisir,

Un bel oiseau défaille.

 

Telle, à la soif, dans Blidah bleu,

S’offre la pomme douce ;

Ou bien l’orange, sous la mousse,

Lorsque tout bas il pleut.

 

— « Ah ! » dit Satan, et le silence

Frémissait à sa voix,

« Ils ne tombent pas tous, tu vois,

Les fruits de la Science ».

 

 

        J'adore l'ambiguïté voulue de ses propos, leur douceur vénéneuse...

Par Valentine - Publié dans : Citations - Communauté : L'âme du poète
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Samedi 7 août 2010 6 07 /08 /Août /2010 15:02

       En attendant d'écrire à nouveau, je vous livre ici un magnifique poème méconnu d'Emile Verhaeren, tiré de son recueil "La multiple splendeur".

       Comme vous et moi, c'était un mystique ...

 

Arbre en automne

 

 

L'arbre

 

Tout seul,

Que le berce l'été, que l'agite l'hiver,

Que son tronc soit givré ou son branchage vert,

Toujours, au long des jours de tendresse ou de haine,

Il impose sa vie énorme et souveraine

Aux plaines.

 

Il voit les mêmes champs depuis cent et cent ans

Et les mêmes labours et les mêmes semailles ;

Les yeux aujourd'hui morts, les yeux

Des aïeules et des aïeux

Ont regardé, maille après maille,

Se nouer son écorce et ses rudes rameaux.

Il présidait tranquille et fort à leurs travaux ;

Son pied velu leur ménageait un lit de mousse ;

Il abritait leur sieste à l'heure de midi

Et son ombre fut douce

A ceux de leurs enfants qui s'aimèrent jadis.

 

Arbre en été

 

Dès le matin, dans les villages,

D'après qu'il chante ou pleure, on augure du temps ;

Il est dans le secret des violents nuages

Et du soleil qui boude aux horizons latents ;

Il est tout le passé debout sur les champs tristes,

Mais quels que soient les souvenirs

Qui, dans son bois, persistent,

Dès que janvier vient de finir

Et que la sève, en son vieux tronc, s'épanche,

Avec tous ses bourgeons, avec toutes ses branches,

- Lèvres folles et bras tordus -

Il jette un cri immensément tendu

Vers l'avenir.

 

Alors, avec des rais de pluie et de lumière,

Il frôle les bourgeons de ses feuilles premières,

Il contracte ses noeuds, il lisse ses rameaux ;

Il assaille le ciel, d'un front toujours plus haut ;

Il projette si loin ses poreuses racines

Qu'il épuise la mare et les terres voisines

Et que parfois il s'arrête, comme étonné

De son travail muet, profond et acharné.

 

arbre-givre.jpg

 

Mais pour s'épanouir et régner dans sa force,

Ô les luttes qu'il lui fallut subir, l'hiver !

Glaives du vent à travers son écorce.

Cris d'ouragan, rages de l'air,

Givres pareils à quelque âpre limaille,

Toute la haine et toute la bataille,

Et les grêles de l'Est et les neiges du Nord,

Et le gel morne et blanc dont la dent mord,

Jusqu'à l'aubier, l'ample écheveau des fibres,

Tout lui fut mal qui tord, douleur qui vibre,

Sans que jamais pourtant

Un seul instant

Se ralentît son énergie

A fermement vouloir que sa vie élargie

Fût plus belle, à chaque printemps.

 

arbre en hiver

 

En octobre, quand l'or triomphe en son feuillage,

Mes pas larges encore, quoique lourds et lassés,

Souvent ont dirigé leur long pèlerinage

Vers cet arbre d'automne et de vent traversé.

Comme un géant brasier de feuilles et de flammes,

Il se dressait, superbement, sous le ciel bleu,

Il semblait habité par un million d'âmes

Qui doucement chantaient en son branchage creux.

J'allais vers lui les yeux emplis par la lumière,

Je le touchais, avec mes doigts, avec mes mains,

Je le sentais bouger jusqu'au fond de la terre

D'après un mouvement énorme et surhumain ;

Et j'appuyais sur lui ma poitrine brutale,

Avec un tel amour, une telle ferveur,

Que son rythme profond et sa force totale

Passaient en moi et pénétraient jusqu'à mon coeur.

 

Alors, j'étais mêlé à sa belle vie ample ;

Je me sentais puissant comme un de ses rameaux ;

Il se plantait, dans la splendeur, comme un exemple ;

J'aimais plus ardemment le sol, les bois, les eaux,

La plaine immense et nue où les nuages passent ;

J'étais armé de fermeté contre le sort,

Mes bras auraient voulu tenir en eux l'espace ;

 

Mes muscles et mes nerfs rendaient léger mon corps

Et je criais : " La force est sainte.

Il faut que l'homme imprime son empreinte

Tranquillement, sur ses desseins hardis :

Elle est celle qui tient les clefs des paradis

Et dont le large poing en fait tourner les portes ".

Et je baisais le tronc noueux, éperdument,

Et quand le soir se détachait du firmament,

je me perdais, dans la campagne morte,

Marchant droit devant moi, vers n'importe où,

Avec des cris jaillis du fond de mon coeur fou.

 

Arbre d'automne

Par Valentine - Publié dans : Citations - Communauté : L'âme du poète
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