L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Musique

Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 17:07

    Au moment de vous confier le troisième et splendide dernier volet de cette symphonie - le plus long, mais l'aboutissement de tout l'ensemble - je ne saurais que vous inviter à visiter les autres enregistrements de Ropartz proposés par Youtube - à part peut-être la pièce pour trombone qui est un morceau d'examen.


Ile-de-Brehat.jpg L'île de Bréhat

    A commencer par "la Chasse du Prince Arthur", poème symphonique sur un thème celtique ; ou ce petit joyau de musique de chambre qu'est "Prélude, marine et chansons" pour flûte, harpe, violon, alto et violoncelle. Vous découvrirez aussi que Ropartz, fervent catholique et organiste aux messes de son pays, a composé plusieurs pièces pour orgue, par exemple cette "Sortie" aux rythmes syncopés et aux riches harmonies, ainsi qu'un recueil pour harmonium,  "Au pied de l'autel" - car l'église de Lanloup, sa paroisse bretonne, ne possédait pas d'orgue.

   Il s'est également illustré dans la mélodie et le répertoire pianistique, mais les exemples fournis par youtube n'en sont pas excellents : je vous invite donc à écouter le magnifique 3e nocturne pour piano (merveilleusement impressionniste avec son rythme extraordinaire à 21/16) plutôt sur deezer, en vous reportant à la colonne de droite de ce blog, dans l'interprétation de Françoise Thinat.

    Ajoutons à cela des oeuvres chorales comme "Le Miracle de Saint-Nicolas" écrit en 1905 alors qu'il dirigeait le Conservatoire de Nancy, et un opéra : "Le Pays", inspiré par la vie des marins de Paimpol partis pêcher en Islande.


cartes-postales-La-Croix-des-Veuves-Portz-Even    La "Croix des Veuves", érigée sur l'extrême pointe fermant la baie de Paimpol, où les femmes de marins allaient guetter les goélettes.

 
Mais voici le texte de ce 3e volet :

   Pauvres humains, coeurs misérables, votre mal est en vous.
  Chacun gémit sur sa propre détresse ; chacun se cherche en soi.
   Chacun s'aime soi-même et cet amour n'engendre que la haine.
   Aimez-vous les uns les autres, et vous pénétrerez la vie ; aimez-vous les uns les autres, c'est l'unique loi, c'est la toute science ; aimez-vous les uns les autres !

    Pour que votre souffrance vous soit plus douce, soulagez la souffrance des autres. Que votre labeur librement accepté s'efforce au bonheur de vos frères, il vous sera léger.
   Revêtez-vous d'Amour et de Justice, ouvrez votre âme à la bonté !
   Aimez-vous les uns les autres !

   Verbe divin, verbe consolateur ! La nuit où nous marchions s'éclaire ; le voile d'ombre se déchire, et voici qu'au soir de l'humanité une aurore nouvelle apparaît sur le monde !
   Aimons-nous les uns les autres ! La justice et la vérité, la paix et la bonté se partagent la terre.

    Aimons-nous les uns les autres ! L'humanité transformée monte vers la cité de joie et d'idéale liberté où les rois ne sont plus ni les maîtres, où l'unique loi d'amour a remplacé les lois désormais inutiles !

   O Nature, maintenant sois en fête ! O nature, mêle ta joie à la joie immense des hommes !

   O Mer calme, sur tes flots calmes balance les vaisseaux heureux qui portent l'allégresse humaine !

   O Plaine, offre au désir des hommes la splendeur de tes épis d'or qui s'alourdissent de grain mûr !

   O Forêt, que ton âme chante dans les feuillages qui bruissent et dans la chanson des oiseaux à la gloire des nouveaux autels !

   Et toi, Soleil, lève-toi radieux ! Unis ta lumière éclatante aux feux de l'idéal soleil de Vérité, de Justice et d'Amour !

Texte de Guy Ropartz


 

   Les tableaux inclus dans ces trois vidéos sont paraît-il du peintre suisse Ferdinand Hodler (1853-1918) .

Par Valentine - Publié dans : Musique - Communauté : Partager
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Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 00:00

   Écoutons aujourd'hui le second mouvement de cette Troisième symphonie de Guy Ropartz, dont je vous ai proposé hier le début.

    Je vais en profiter pour développer quelques commentaires : Ropartz (Joseph-Guy-Marie, qui signa "Joseph" pour sa poésie et "Guy" pour sa musique), né à Guingamp dans les Côtes d'Armor, nourrissait un amour profond et pour la mer qu'il aimait à contempler depuis Bréhec, petit port auprès duquel il possédait une résidence, et pour la forêt si présente en Bretagne - tout particulièrement les Bois d'Avaugour au sud-est de Guingamp.

 

    C'est la contemplation du grand large et les longues marches dans la nature qui nourrirent très tôt son mysticisme de poète et de profond humaniste.

Jguy_ropartz.jpg

    Guy Ropartz alors qu'il dirigeait le Conservatoire de Nancy (entre 1894 et 1919)

    Elève de César Franck et grand ami de Vincent d'Indy, il écrit cette symphonie en 1905, à l'aube du XXe siècle, dans un style parnassien encore proche parfois du Wagner de Parsifal. C'est ce qui explique qu'on l'oublia vite pour privilégier l'intérêt porté à de nouvelles générations de musiciens plus résolument modernes et surtout, moins contemplatifs. 

    Cependant sa personnalité est bien marquée, à la fois sereine et équilibrée, rayonnante et solide, puissante et vigoureuse. Les mouvements, très libres, se succèdent dans une progression originale puisqu'ils démarrent tous de façon lente et solennelle pour s'achever de façon plus animée. On ne peut éviter de se rappeler à cet égard les Béatitudes de César Franck, oratorio sur un sujet de l'Évangile, dont chaque mouvement est construit de façon similaire, commençant (à l'inverse des pages de Ropartz) par un passage tendu et se terminant de façon contemplative.

 

    Voici maintenant le texte - beaucoup plus long - de cette seconde partie.

    Pour la distribution, je vous renvoie au précédent chapitre.

   Quant à la vidéo, je regrette qu'elle présente des coupures au début, mais à l'usage j'ai remarqué qu'après les cinq premières minutes celles-ci cessent totalement.

 

     

    Nature, nature, que t'importe, en ta joie, la détresse des coeurs humains ?

    O Mer calme, tes calmes flots, pareils à des moires changeantes frôlent les grèves mollement de leur caresse insoucieuse... Et pourtant les frêles vaisseaux, bercés par tes vagues tranquilles, sont porteurs de détresse humaine !

    O Plaine, sous les brises tièdes, tu frissonnes de volupté dans ta chevelure d'épis qu'alourdit le grain déjà mûr... Et pourtant les larmes des hommes, aux heures du labour pénible, ont fécondé ton sol aride !...

    O Forêt, ton âme joyeuse joyeusement palpite et chante dans les feuillages qui bruissent et dans la chanson des oiseaux... Et pourtant l'ombre de tes chênes s'étendit sur les vains autels où l'homme implorait des Dieux sourds !

     Soleil, tu resplendis !... Mais ta lumière est impuissante à percer la nuit de nos coeurs ! Qui donc nous dira la raison de vivre !... Souffrir !... en nos corps, en nos coeurs !... Pourquoi ?

     L'homme foule aux pieds l'homme ; d'incessants combats nous épuisent. Opprimés sous les lois qu'imposent les plus forts, asservis par des rois, écrasés par des maîtres, nous pleurons, nul ne nous console ; nous crions, nul ne nous écoute ; et nos yeux sont las de regarder au ciel, dans l'attente vaine et le vain espoir qu'un Dieu se montre enfin.

(Texte de Guy Ropartz)

  



Par Valentine - Publié dans : Musique - Communauté : Partager
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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 07:38

    Joseph-Guy Ropartz, compositeur du début du 20e siècle que j'ai abondamment évoqué sur ce blog (voir ici, puis , et , ou encore ici et ...), a composé cinq symphonies qui ont toutes fait l'objet d'un enregistrement microsillon par Michel Plasson et l'orchestre de Toulouse dans les années qui ont suivi son premier centenaire (1970-80), mais dont les quatre plus courtes seulement (la première et la quatrième, puis la seconde et la cinquième) ont été reprises par Sebastian Lang-Lessing et l'Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy dans les années 2000 (voir ici). En effet la troisième, la plus ambitieuse parce qu'elle compte des choeurs et dure près d'une heure est restée en attente, avec le seul enregistrement de Plasson maintenant épuisé...

 

   Aujourd'hui je vois qu'elle a été mise en ligne intégralement (ce qui est énorme !) sur Youtube avec l'enregistrement existant, mais d'une excellente qualité sonore et avec une bien jolie illustration vidéo.

   Je ne résiste pas au plaisir de vous en faire découvrir les différentes parties, qui sont toutes inaugurées par un texte écrit par Guy Ropartz lui-même : aujourd'hui le premier mouvement, « très lent », puis « assez animé ».

   Voici d'abord la distribution :

Guy Ropartz, Symphonie n°3 en mi majeur pour Soli, choeurs et orchestre

Françoise Pollet, soprano ; Nathalie Stutzmann, alto ; Thierry Dran, ténor ; Frédéric Vassar, basse ; Orfeon Donostiarra (chef des choeurs Antxon Ayestaran), et Orchestre du Capitole de Toulouse dirigé par Michel Plasson en 1985.

 

   Et voici les paroles (que l'on comprend très mal !) chantées au début. Elles préparent à une longue méditation sur la vie et l'amour, qui suivra dans les deux mouvements ultérieurs.

    Il faut savoir que Guy Ropartz, né dans les Côtes d'Armor, était un amoureux de la mer et aussi un poète.

 

    La nuit s'achève... Les étoiles, l'une après l'autre se perdent dans l'aube naissante... Des brumes flottent, puis s'effacent...

    Et sur la Mer, et sur la Plaine, et sur la Forêt, le ciel s'éclaire, le Soleil paraît et son éclatante lumière embrase la nature en joie.


   

   J'espère que vous pourrez l'écouter sans trop de ruptures intempestives (en principe ça ne le fait qu'au début, le temps de la "mise en route")...


Par Valentine - Publié dans : Musique - Communauté : Partager
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