Jeudi 1 décembre 2005
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Surprise ! Le petit poème en prose que nous cherchions à nous rappeler il y a quelque temps, le voici... Il était effectivement de Jules Renard, l'auteur des Histoires Naturelles... Je bats ma coulpe, je n'y croyais pas.
Qu'en dis-tu, Jean-Pierre ?
Automne
Il a gelé blanc... Les dahlias sont fripés comme après une nuit de bal. Les tomates éclatent et de leurs gerçures, leur jus coule. Les fanes des pommes de terre semblent cuites. Mais l’oseille bien repassée résiste avec la fine barbe frisée des carottes et les longues oreilles douces des betteraves. On entend le bruit d’une feuille par terre ; elle essaie un vol de pauvre oiseau qui n’aurait qu’une patte et qu’une aile. Celle-ci se sort comme un rat qui cherche son trou. Soudain, c’est une débandade : les troupes de feuilles fuient, affolées, comme si l’hiver était là, au coin du bois...
Jules Renard
Par Martine Maillard
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Lundi 21 novembre 2005
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Le disciple
Très vite, le jeune Guy Ropartz opta pour la musique, puisque c'est à l'âge de 21 ans (en 1885), à peine titulaire (déjà !) de sa licence de droit, qu'il s'inscrivit au
Conservatoire National Supérieur de Paris, dans les classes de Jules Massenet et de Théodore Dubois.
Mais l'année suivante, subjugué par la découverte de César Franck à travers un de ses brillants élèves, Vincent d'Indy,
il décida de devenir son disciple.
César Franck fut toujours pour lui un maître vénéré, mais étonnamment celui-ci lui rendit le compliment, puisque nous avons deux
indices de cette considération du vieux maître envers son jeune élève :
1) D'abord cette anecdote, sans doute exacte à 90%, suivant laquelle le si beau thème du second mouvement de la symphonie en ré de
Franck (écoutez ici la plage n°2), serait de Guy
Ropartz...
Dans le cadre de la classe, ce dernier aurait fourni un beau matin ce thème magnifique à titre d'exercice - un thème très franckiste, certes, entièrement inspiré par les
indications du maître en matière de chromatisme... - et Franck, subjugué, aurait demandé à Ropartz l'autorisation de l'utiliser dans sa symphonie. Peut-être l'aura-t-il subtilement modifié,
aménagé ? Toujours est-il que, ravi, l'élève s'est senti totalement en phase avec celui qu'il considérait comme son Père Spirituel.
2) Puis ce poème que Ropartz lui dédia, dont nous ferons notre seconde "citation", et que Franck utilisa tout simplement pour le mettre en musique dans une mélodie pour deux
voix égales (de femmes en principe) qu'il composa en 1888.
Soleil °
A César Franck
Incendiant les horizons
Au ciel clair le soleil rougeoie :
Il met aux toits bleus des maisons
Comme une auréole de joie.
Les fillettes au teint bruni,
Dont les farandoles rieuses
Se déroulent à l’infini
Dans les grands prés bordés d’yeuses,
Lancent dans l’air leurs rires frais,
— Gazouillis d’oiseaux sur la branche,—
Et le vieil écho des forêts
Rajeunit à leur gaîté franche.
Leurs costumes aux tons divers
Rouge flambant ou jaune orange,
Sur le sombre des arbres verts,
Promènent un reflet étrange.
Dans cet épanouissement,
Un rayon d’espérance rose
Sourit délicieusement
Au cœur fermé du plus morose.
Incendiant les horizons
Au ciel clair le soleil rougeoie :
Et met aux toits bleus des maisons
Comme une auréole de joie.
Publié dans Modes mineurs, en 1889
° Voir dans la liste des
oeuvres de Franck à l'année 1888 et sous le label FWV 89, en (5) - juste avant la symphonie en ré mineur : "Soleil - Incendiant les horizons, duo pour
voix égales avec piano Allegro giocoso (fa majeur) - Texte: J. Guy Ropartz".
Par Martine Maillard
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Samedi 19 novembre 2005
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Pour poursuivre ma petite
chronique sur Ropartz, voici maintenant quelques exemples de sa poésie.
Fils d'un avocat, Joseph-Guy avait par-dessus tout l'âme contemplative, et il ne
put résister à la vocation artistique. D'ailleurs son frère Yves, déjà lancé dans l'édition poétique, ne l'y encourageait-il pas ?
Dans le poème qui suit, vous retrouverez l'inspiration celtique, prioritaire chez notre musicien, ainsi qu'un premier coup de chapeau à celui qui restera toujours
son très grand ami - malgré sa mort prématurée : Albéric Magnard. (Cliquez ici pour ouvrir un lien dans lequel figure la commande "Ropartz vous parle" : alors directeur du Conservatoire de
Nancy, ce dernier y faisait l'éloge de son ami et condisciple, compositeur doué d'une vive personnalité et qui succomba en 1914 pour avoir refusé d'abandonner sa propriété à l'envahisseur allemand...)
CHEVAUCHÉE
À Albéric
Magnard
A l’heure où le mystère épais des soirs commence,
A travers les brouillards de la lande bretonne,
J’ai vu passer, dans l’or fauve d’un ciel d’automne,
Des guerriers d’autrefois la chevauchée immense.
Qu’ils étaient grands et beaux, ces preux des temps antiques !
En leurs yeux rayonnait l’orgueil des fortes races ;
Casqués de peau, bardés de fer, sous les cuirasses
Lourdes, il redressaient leurs torses athlétiques.
Et le scintillement éclatant des épées
Allumait l’horizon de lueurs triomphales ;
Les vieux chênes courbaient leurs fronts sous les rafales,
Saluant ces héros de vastes épopées.
Les cerfs effarouchés fuyaient par les forières° ;
L’air vibrait aux appels puissants des cors sonores.
Et le vent qui gémit dans les hauts sycomores
Mêlait sa voix énorme aux fanfares guerrières.
Ils passèrent longtemps en escadrons sans nombre,
Eblouissant mes yeux à leurs apothéoses ;
Puis la réalité décevante des choses
Assaillant leur splendeur les effondra dans l’ombre !
Adagiettos,
1888
° – De l'ancien français
: « lisière de forêt ».

Pour accompagner musicalement ces strophes superbes
je ne vois qu'un aperçu de "La Chasse du Prince Arthur"
(de Bretagne, bien sûr) que vous trouverez
ici, à la plage 1...
(Hélas, la Fnac ne nous en offre pas beaucoup,
mais en ce jour où nous fêtons Merlin,
comment occulter ces preux chevaliers ?...)
Par Martine Maillard
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