L'âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

  "Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.

Saint-Jean  III, 8    

 

   

(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet) 

        

 

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Dimanche 18 décembre 2005 7 18 /12 /2005 18:44
    Ce soir, j'offrirai un hommage à ma petite fée perso, celle qui est née "pour Noël" (en réalité le 18 décembre vers 23h30), et qui ne s'appelle pas Marie-Noëlle comme sa grande soeur, mais... Morgane.
    Voici ce que j'écrivais sur elle à l'époque... (dans cette allégorie, "Marie" c'est moi). La sage-femme, débordée par l'approche des fêtes (et sans doute aussi par la pleine lune) et n'ayant aucune chambre libre, m'avait abandonnée dans une salle du rez-de-chaussée dont elle se désintéressait. Persuadée qu'il s'agissait d'une fausse alerte, elle refusait de prendre mes plaintes au sérieux, comme d'appeler le médecin ou mon mari. J'ai donc connu la plus grande panique de ma vie (voir le texte au complet ici). Quand enfin les choses se sont précipitées, j'étais seule avec elle. Mais ma Morgane est arrivée comme une petite reine ! Et n'a jamais cessé de l'être d'ailleurs...

    "C'est enfin minuit. L'heure où paraît la Dame... Envoyée du ciel, sans doute !
    Elle entre, éclaire de sa présence le puits de solitude et de détresse où se débat Marie. Elle se poste entre les deux hauts piliers des cuisses écartées et voit enfin la cathédrale et son Messie... Elle attend, parle avec douceur, ordonne avec précision, et tout redevient simple.
    Lentement, l'enfant se met à glisser sous l'étreinte éperdue de Marie. Celle-ci le sent distinctement forcer les lourds vantaux du sanctuaire. Et le voici déjà à demi présent, visible dans l'antichambre et si énorme, qu'il l'écarte de part et d'autre de sa progression souveraine. Oh ! Distendue Marie ne souffre plus ! Elle tremble maintenant d'effroi et de fatigue, elle est brisée, elle ne sait si elle réussira à se débarrasser de lui... mais c'est tout.
    Il a glissé encore une fois ; alors la Dame parle : elle le saisit, elle s'en charge... et ce n'est plus qu'une affaire de courage. Lorsqu'enfin elle le dégage, colossal et blessant, meurtrissant sa chair, Marie est intacte. Ni brisée, ni déchirée. Est-ce par miracle ?
    - C'est une fille, annonce la Dame. Nous qui attendions le petit Jésus ! Tenez, je vous la donne…
    Comme un pantin de caoutchouc, elle l'a posée sur le ventre de Marie. Non plus dessous, mais dessus, chaude et mouillée. L'enfant bouge, se tortille, crachote, cherche à respirer.
    - Merci, oh ! Merci ! s'écrie Marie éperdue de gratitude. Je l'appellerai Rose-Estelle.
    Une autre femme est apparue : elle s'occupe de l'enfant, la nettoie, l'habille chaudement. Alors la Dame soigne Marie, la lange et la réchauffe à son tour. Puis elle la laisse se reposer, jusqu'à ce qu'arrive Joseph.
    Elle a si longuement tremblé et claqué des dents qu'elle est devenue fraîche comme une source, et réveillée comme la Terre après l'orage. Elle écarquille les yeux dans l'étable où elle se trouve pour voir au-dehors la lune qui s'est levée, pleine et pure comme une bulle d'espoir.
    - Est-ce toi, dis-moi, mon Etoile de Noël, l'astre apparu avec ma fille ? songe-t-elle... Oh, comme tu lui ressembles en effet, disque froid et immaculé qui glisses sur les rêves et les enchantements, lumière des nuits féminines, antique flambeau souriant et grave, complice étonné et fuyant ! Pour cet étrange Noël nous sommes au cœur de la féminité, que tu présides..."
(Extrait de la nouvelle "Marie, ou le 25 décembre")

    Je n'ai pas sous la main de photo numérisée de l'époque, mais voici
le résultat actuel (et l'acrostiche que je lui dédie ce soir !)



M on enfant de Noël
O sée plus que posée
R êveuse et rayonnante
G énéreuse d’amour
A ujourd’hui te voici
N antie d’un quart de siècle
E t pleine de promesses !


18 décembre 2005

Publié dans : Acrostiches - Par Martine Maillard
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