L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  
Mercredi 5 mars 2008 3 05 /03 /Mars /2008 22:35
    Pour faire suite à l'article "Mélancolie d'école", voici un poème issu de ma propre cancrerie... Ecrit en 1977. Si le "Cancre" de Prévert était un cancre joyeux (parce que encore jeune et non condamné par la société comme c'est le cas aujourd'hui), ce poème traduit le malaise bien réel né d'une situation d'échec, tel que le dénonce Pennac.

Tourne la ronde
Passe le temps
Je fais des entrechats
(Pas très gracieux)
Le ciel me tombe sur la tête

Que voulez-vous
J’étais trop bête

*

Tourne la ronde
Passe le temps
Je m’applique à marcher
(Très gauchement)
Le ciel me fait un croc-en-jambe

Que voulez-vous
C’était tentant

 

*

Tourne la ronde
Passe le temps
J’essaie de m’immiscer
(Timidement)
Le ciel me chasse avec mépris

Que voulez-vous
Question de place

*

Tourne la ronde
Passe le temps
Je m’assieds sous un arbre
(Dissimulée)
Et regarde danser les autres

Que voulez-vous
C’est plus facile



Par Martine Maillard - Publié dans : La remontée du fleuve - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Commentaires

Et bien moi je le trouve assez joyeux ce petit poème ! On dirait même qu'il s'amuse beaucoup à narguer les uns et les autres, de-ci un pied-de-nez,  de-là une petite grimace !
Où cancre ne rime pas avec souffrance, mais avec boute-en-train !
Commentaire n°1 posté par Sam le 06/03/2008 à 00h21
Le temps des rires et des sourires, mignon comme tout, bises
Commentaire n°2 posté par marlou le 06/03/2008 à 09h36
Ma réponse à ce sentiment de ne pas être à sa place était une manière bien pratique d'ignorer le monde extérieur : littéralement, je me mettais sous cloche et tout se qui pouvait se dire, s'écrire ou se faire en rapport avec ma "cancritude" d'alors était sans conséquences historiques pour moi puisque je l'ignorais, dans l'indifférence totale de ma cloche à isolation phonique maximale. (°!*)
Ta petite ronde est une manière plus joyeuse de dire la même chose.

Alors plutôt qu'échec, je dirais retrait du monde...
Commentaire n°3 posté par Merlin le zeteticien le 06/03/2008 à 11h07
Tu as raison : j'avais failli écrire "sentiment d'exclusion". C'est un peu la même chose.
Réponse de Valentine le 06/03/2008 à 11h20
joli :)
Commentaire n°4 posté par Gondolfo le 06/03/2008 à 13h53
Les mots  qui  habillent le temps  d'un sourire...Magnifique chanson !        amitié
Commentaire n°5 posté par souvienstoi le 06/03/2008 à 19h06
Bien sûr ! En bon "Gémeaux", ma défense a toujours été la pirouette !
Réponse de Valentine le 06/03/2008 à 21h12

On dit qu'il ne faut pas faire de discrimination, mais cela commence dès la scolarité avec le mépris de la cancritude... qui est un art...

Commentaire n°6 posté par Mélisande le 07/03/2008 à 22h13
je n'étais pas en échec scolaire, mais pourtant, le même sentiment d'être à l'écart du cercle
la même tristesse mêlée d'ironie en regardant les autres jouer
peut-être simplement étais-je pataude ?
pourtant la danse classique me donnait une grande aisance corpporelle mais quand il s'agissait de jouer, je voyis bien que je ne savais pas le sens de ce terme.
et ressentais très fort cette notion: question de place.

il n'y en avait aucune pour moi
et j'étais trop fière pour forcer le passage...
Commentaire n°7 posté par Viviane le 08/03/2008 à 09h29
En fait dans ce poème, j'ai mélangé deux choses : mes échecs à l'entrée dans la vie professionnelle - dus je crois au fait que, malgré mes aptitudes en tant qu'élève, j'avais reçu dans ce lycée "de filles" où j'ai étudié, une formation plus qu'insuffisante ; et les reagrds déplaisants de mes copines du primaire qui me refusaient l'entrée dans leurs rondes. Et là, Viviane, je pense que nous nous rejoignons : nous étions trop exigeantes intérieurement, pour pouvoir nous entendre avec ces petites chochotes dont les intérêts se limitaient  à une mince pellicule de surface.
Réponse de Valentine le 08/03/2008 à 21h00

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