L'âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

  "Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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Inspiration

  
L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.

Saint-Jean  III, 8    

 

   

(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet) 

        

 

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Lundi 13 février 2006 1 13 /02 /2006 15:01
    Voici la suite de cette chronique dont vous trouverez la présentation ici. Je vous rappelle que ce texte date de 1967 et qu'il a été écrit par une jeune fille de 16 ans, encore un peu traditionnaliste comme vous le verrez.... Voici un site où l'on peut glaner quelques renseignements sur l'exposition. Il y en a d'autres bien sûr, comme celui-ci.

    Le lendemain 12 juillet, levés à 6 heures, nous pûmes prendre un bain dans la piscine de l’établissement. J’ai apprécié cet avantage que nous ne possédions pas en France, car il faisait toujours aussi chaud. Après avoir dégusté comme il convient de succulents œufs au bacon, nous partîmes enfin vers 9 heures pour l’Exposition. Après une bonne demi-heure de marche à la recherche d’une bouche de métro – grande gare impersonnelle et bien anglo-saxonne – nous nous perdîmes, ne parvenant pas à retrouver la ligne qui conduisait à l’expo.

Le métro de Montréal (image actuelle)
  
    Il nous fallut alors prendre un autobus qui nous amena enfin à l’entrée. Après encore une heure d’attente pour obtenir nos cent vingt billets, nous pûmes pénétrer à 11h30 dans l’enceinte. Ouf ! Nous y étions enfin !

(Le passeport pour l'expo)

    Là, on nous laissa libres jusqu’au soir. Dans la foule, je perdis assez vite mes compagnons et me retrouvai seule. Je partis à l’aventure, me disant qu’en un jour et demi je ne pouvais espérer voir tout. D’abord un peu ahurie par la foule qui se pressait partout, par les queues interminables qui longeaient la plupart des pavillons, par l’immensité de ce royaume à découvrir, je repérai vite les multiples moyens de transport prévus pour relier les différents points de l’exposition.
    Il y avait d’abord l’Expo-Express, sorte de métro ou de train de banlieue ; puis, dans chaque secteur, il y avait deux ou trois minirails ; on pouvait également se promener dans des petits trains automobiles ou dans des sortes de vélos-taxis. A la « Ronde » enfin (le parc des attractions), on nous offrait encore la promenade en Jeep dans une jungle artificielle ou bien à dos de dromadaire ou d’éléphant. On pouvait aussi survoler l’exposition en hélicoptère, suivre un petit parcours en télévoiture à environ dix mètres du sol, monter au sommet de la Tour de l’exposition, faire un tour sur le Saint-Laurent en hovercraft ou en vedette, en barque, en bateau ou en gondole... Que de possibilités alléchantes de voir sans se fatiguer ! Mais je réalisai bien vite que si je me laissais tenter, mon porte-monnaie ne tarderait pas à se vider ; aussi préférai-je le moyen de transport le plus économique… Tant pis pour les ampoules dont souffrirent mes pauvres pieds.

Vue aérienne de l'expo ; pour aller sur le site, cliquez sur l'image

    En route donc ! Je me rendis compte immédiatement qu’il me serait impossible de tout visiter en si peu de temps. Le mieux était donc d'essayer d'aborder en détail le plus de choses intéressantes possible, tout en tâchant de prendre une idée d’ensemble de cet immense et grouillant dédale. Ma première impression, sous le soleil éclatant de midi, fut la multiplicité des architectures déroutantes, aux formes et aux couleurs agressives, aussi vaines que vaniteuses… Je ne suis pas tournée vers le modernisme (cela viendra peut-être !) mais je me demande tout de même si ces formes-là ont beaucoup d’avenir. C’est sans doute pour cela qu’elles me semblaient si superflues et si peu attirantes.

Voici le pavillon américain, avec son petit train d'accès...

... Puis ce qu'il est devenu : seul survivant de l'expo de 67, il a été appelé la "Biosphère" et se visite toujours à Montréal

    J’ai visité bien peu de pavillons à fond, mais ils m’ont tous fait sensiblement la même impression à l’intérieur comme à l’extérieur : ils cherchaient tant l’originalité et l’avant-garde que l’on ne trouvait plus qu’un amas de boules, de formes indécises, de mécaniques compliquées ou de mystérieux effets d’optique et de lumière. C'étaient des effets à sensation et il y en avait tant qu’on s’en lassait très vite. Tout ce qui était solide actuellement avait été rejeté pour le plaisir de se projeter dans l’avenir, tant et si bien que je n’ai éprouvé, en visitant, qu'une impression de fragilité, d’inconsistance.
    J’ai rencontré quelques bibliothèques, j’ai vu quelques tableaux, des structures abstraites absolument horribles qui voulaient évoquer le rayonnement artistique ; j’ai entendu si peu de musique qu’il vaut mieux ne pas en parler. Lasse de chercher dans ce sens, je me suis contentée de regarder un peu tout. Je crois qu’il y avait un pavillon réservé aux Arts, mais je n’ai pas pu le dénicher ; je trouve d’ailleurs que les Arts ne sont pas une chose à part à enfermer dans un seul petit pavillon au milieu de l’immense exposition... C’est comme ce pauvre pavillon des Jeunesses Musicales, que j’ai enfin découvert et qui se bornait à présenter un concert de musique canadienne après deux heures d’attente !
    J’ai donc marché, marché, marché. J’ai vu des pavillons affreux : un jeu de cubes bariolés et gigantesques pour évoquer le Venezuela ; des cônes verts, sapins stylisés pour le pavillon de la pâte à papier ; et d’autres plus jolis comme celui de la Thaïlande, évoquant l’architecture du pays.
    Puis je me suis tournée enfin vers le Pavillon de la France. Celui-là, je le mets à part, car il m’a vraiment plu, sans doute parce qu’il représente mon pays ; comme tous les autres, il sacrifiait bien au modernisme un tantinet agressif et à la sacro-sainte science ! Mais son architecture donnait tout de même une impression d’équilibre et d’élan à la fois ; et à l’intérieur, son installation évoquait une idée complète et agréable de la France. C’est là que je suis restée le plus : trois heures environ.

Le pavillon français (carte postale d'époque - cliquez pour l'agrandir)
[J'ai bien photographié l'expo, mais ce sont des diapositives en format carré que nul aujourd'hui ne peut me développer. Si je peux les scanner,  je les insérerai plus tard]

    Il y avait une présentation de l’atmosphère parisienne ; les visiteurs faisaient connaissance avec l’ORTF et la télévision en couleurs ; des films sur les diverses régions et activités françaises, sur la jeunesse française étaient projetés au public ; nous pouvions également nous arrêter dans un coin littérature avec des enregistrements, dans un coin musée de peinture, dans une bibliothèque assez importante ; ailleurs, le mobilier français était évoqué ; mais la place laissée à la musique était, hélas, toujours aussi mince. Je commençais à m’y habituer !

Reconstitution d'un village de pionniers, à "La Ronde" (id.)

    C’est à peu près tout ce que j’ai vu en une journée et demie. En effet, le deuxième jour, je n’ai fait que marcher entre les pavillons, boire aux fontaines tant il faisait chaud, et parfaire mon idée d’ensemble. Vers la fin de la journée, j’ai essayé quelques attractions de « La Ronde ». Elles étaient à peu près toutes semblables, et aussi dispendieuses les unes que les autres, si bien qu’après avoir tâté de deux ou trois d’entre elles et m’être bien amusée, cela m’a suffi.

Le parc de "La Ronde", côté fête foraine (id.)  Au fond le "Gyrotron", l'attraction principale :
on s'y envolait vers la lune, avant de s'engouffrer dans les profondeurs de la terre.
Je n'ai malheureusement pas pu y entrer, faute de temps.

    A présent je suis heureuse d’avoir fait connaissance avec une grande exposition universelle, mais je crois malgré tout que je n’aime pas beaucoup cela !
Publié dans : Souvenirs de voyages - Communauté : images du monde - Par Martine Maillard
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