Mardi 4 novembre 2008
2
04
/11
/Nov
/2008
22:13
Comme je vous l'avais déjà indiqué
dans deux précédents articles consacrés à la trilogie de "l'Autre", de Pierre Bottero
(voir ici et ici), je me suis laissée envoûter, comme bien d'autres, par la personnalité riche et
généreuse de cet auteur, né en 1964 à Barcelonnette dans les Alpes (voir ici
l'article de Wikipédia le concernant, et là son interview par la
librairie Molla).
Pierre Bottero
portrait tiré du site de la librairie Molla
(voir le lien ci-dessus)
D'ailleurs, si son imagination semble défier nos limites habituelles, elle est totalement nourrie de son vécu, à commencer par les paysages de montagnes, qui
hantent son univers, et qu'il décrit avec une sensibilité captivante. Mais la base de son élan vers cette création de mondes imaginaires qui a fait sa notoriété, c'est sans doute - conjointement
à la lecture du Seigneur des Anneaux qui selon lui l'a profondément ébranlé - à ses débuts d'instituteur, puis à sa constante fréquentation des jeunes qu'il la doit, qu'il s'agisse de stages en
Salons du livre, ou d'interventions en bibliothèque ou plus couramment en milieu scolaire.
De plus en plus au fil de son écriture, Pierre Bottero se pose en éducateur; son ambition est de montrer à ses lecteurs la beauté de la vie, d'abord : ce qui explique en
partie son choix de situer ses histoires dans un milieu préservé, un monde pour ainsi dire "vierge". Mais elle est aussi de leur expliquer qu'il faut du courage et du désintéressement pour vivre
une vie pleine et ouverte : et là l'univers de "l'héroïc fantasy" convient à merveille à l'élaboration de personnages aux qualités chevaleresques.
Enfin, et c'est l'aspect le plus personnel et le plus émouvant de son inspiration, il s'attache de plus en plus à montrer comment l'art (qu'il s'agisse d'écriture, de dessin, et parfois même de
danse), permet de matérialiser ses rêves, jusqu'à vivre en projection à travers eux.
A cet égard, la trilogie d'Ewilan, qui m'avait rebutée au départ par les images de couverture d'une part, puis par ce démarrage sur une gamine en pleine rue, qui
bascule dans un autre monde pour apprendre qu'elle est appelée à le sauver (une histoire de fous ! et de plus trop flatteuse à mon goût pour le narcissisme des jeunes), m'a vite enchantée lorsque
j'ai découvert que dans ce nouvel univers, non seulement les jeunes apprenaient des valeurs morales essentielles, mais en plus découvraient incidemment leur créateur, occupé sous le nom de
"Merlin" à écrire leur histoire, tandis qu'eux-mêmes, à leur tour, devenaient capables de "dessiner" des situations qui, grâce à la précision de leur imagination, pouvaient devenir concrètes.
C'est ainsi que je me suis décidée à aborder "Ellana". Or cette trilogie, qui fait suite aux "Mondes d'Ewilan" et a été écrite après la trilogie de "l'Autre",
apporte encore plus - du moins dans le premier volume, mon préféré - que les précédents.
En effet, l'auteur y rapporte une initiation.
Ellana, orpheline élevée par des nains (clin d'oeil qui dépasse l'univers du conte, pour déboucher sur la réalité d'une enfance toute faite d'insouciance et de contact
étroit avec la nature, plus particulièrement les arbres), découvre qu'elle appartient à la race (Pierre Bottero dit, à dessein, la "guilde", pour induire cette notion d'initiation nécessaire) des
"Marchombres" - autrement dit, d'individus capables de se déplacer comme des ombres... Et un merveilleux maître, Jilano, va entreprendre de la former, physiquement et spirituellement, à une
existence de liberté totale : devenir comme un chat capable de grimper n'importe où, savoir se battre pour ne dépendre de personne, mais aussi savoir écouter le vent, entendre les sons les plus
ténus dans le silence le plus absolu, et enfin, devenir poète... A chaque émotion puissante, être capable de traduire celle-ci en mots, mais en mots qui ne doivent pas être dits, mais seulement
écrits : pas plus de trois vers, mais pleins de sens.
C'est la Poésie Marchombre.
(à suivre...)
Par Martine Maillard
-
Publié dans : Citations
1