L'âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

  "Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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Inspiration

  
L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.

Saint-Jean  III, 8    

 

   

(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet) 

        

 

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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /2009 22:10
Bourges la nuit
Photo Jean-Pierre Gilbert (gilblog)



     Étroite rue montante
     En pavés inégaux
     Vers une cathédrale
     Et je bascule hors temps


    Je l'emprunte et voici
    La maison du luthier
    Des odeurs de vernis
    Emplissent mes narines


    Le tablier jauni
    Les cheveux en bataille
    L'artisan me sourit
    Dans l'atelier obscur éclairé d'une lampe
   Au chaud miroitement


    Des crins d'archets y pendent
    Et des formes galbées attendant l'assemblage
    Reposent dans les coins
    De hautes contrebasses
    Un violoncelle ambré dépouillé de ses cordes


    Et l'odeur de la colle ou de la colophane
    Et celle des vernis qui imprègnent le bois
    Pénétrantes et douceâtres
    M'enveloppent et me grisent
    Les larges établis couverts de vieux outils
    Et les petits violons
    Qui pendent au plafond
    Tout me fait chavirer


    Une antique fenêtre ouvre sur une cour

    Pavée de pierres grises
    Entre des murs austères
    Et soudain retentit le son grave et pensif
    D'une cloche tout près
    La cathédrale est là puissante et protectrice


    Je suis au moyen âge
    Dans un cocon de rêve
    Très loin avant les temps
    Que l'on prétend « modernes » et qui ne sont qu'éteints
    Au tréfonds d'un passé où dans le cœur des villes
    Lorsqu'on gravit les rues

    Juste en dessous de Dieu qui règne dans la pierre
    Il y a l'Instrument qui vibre dans le bois
    Afin de Le chanter.

 

 


      Nota : ce poème s'inspire de la boutique de Jacky Gonthier située rue Bourbonnoux à Bourges, mais aussi de deux autres boutiques de luthiers que j'ai visitées, l'une à Orléans juste en montant vers la cathédrale, et l'autre à Tours, non loin de celle-ci.  

      Ce qui rend les instruments à cordes si attachants, c'est qu'il y a un contact charnel et sensible avec l'instrument dans son dépouillement et sa fabrication. On les fabrique comme des poupées, on les habille, on les pare... Et cet art qui tient de la magie se plaît en compagnie des vieilles pierres et de la spiritualité.

Publié dans : Nostalgie - Communauté : Terre de lumiére - Par Martine Maillard
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