L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  
Mercredi 24 mai 2006 3 24 /05 /Mai /2006 21:57
Fêtes
(2ème partie : à Niamagui)
   
    Un jour Robert, toujours à l'affût, apprit qu'une battue à l'éléphant allait être organisée à Niamagui, pour une raison de force majeure. A cause du défrichement de plus en plus important des forêts, les éléphants se rapprochaient dangereusement des villages et l'un d'entre eux venait chaque nuit dévaster les cultures aux alentours de Niamagui. Ce n'était plus tenable, il fallait intervenir d'urgence. Seulement, si l'on faisait appel aux autorités cela risquait de prendre un moment...! Alors, autant se débrouiller entre soi : les hommes allaient partir avant l'aube et abattre l'animal, purement et simplement. Bien sûr, c'était interdit, mais il ne fallait pas l'ébruiter. Tout le monde faisait comme ça, dans le pays.
    Robert pria et supplia pour accompagner la battue. Non !! C'était trop dangereux ! Il n'en était pas question ! Désolé, Robert dut y renoncer... Pour le consoler, les habitants de Niamagui lui expliquèrent qu'ensuite il faudrait manger l'éléphant, et qu'à cette occasion on organiserait un grand banquet où tout le monde serait invité, nous aussi bien sûr. Nous habitions toujours Amaradougou, mais comme je vous l'ai dit, Niamagui n'en était qu'à 2 km, c'est à dire à 20 mn de marche.


    Le jour venu, l'expédition eut lieu, et comme prévu l'éléphant fut abattu - dans la plus grande clandestinité évidemment. Tout se passa fort discrètement et les gens du village dépecèrent l'animal, puis préparèrent le festin. Vu la chaleur, il n'était pas envisageable de conserver quoi que ce soit, or sur un éléphant, il y avait de quoi manger !
    Ainsi lorsque nous arrivâmes à Niamagui ce soir-là, vers 19 heures, alors que la nuit commençait à tomber, l'atmosphère était à la fête. Très différents des gens d'Amaradougou et plus européanisés, nos amis avaient installé de grandes tables faites de portes posées sur des tréteaux le long des cases rectangulaires, et sur les toits de chaume ils avaient disposé des lampes, je ne sais plus par quel système (j'aurais tendance à dire "électriques", mais cela me paraît fort improbable). Nous avions des assiettes et des couverts un peu rudimentaires, posés sur des nappes blanches. Les femmes du village, moins hiérarchisées et moins pauvres que leurs homologues Malinké, nous avaient préparé de vrais plats cuisinés : du ragoût de plusieurs morceaux d'éléphant, avec pour accompagnement des ignames bouillies, qui rappelaient agréablement la pomme de terre. Les sauces pimentées relevaient l'ensemble, et faisaient de ce menu un repas africain tout à fait présentable pour une fois, surtout qu'il s'acheva il me semble par un dessert - mais je ne sais plus lequel, peut-être des bananes en beignets. Nous passâmes une soirée gaie et enthousiaste, dans une ambiance chaleureuse où tout le monde, pour une fois, se comprenait aisément... 
    Les enfants étaient également de la partie, et ce dont je me souviens le mieux, c'est de l'abondance des coléoptères dont nous fûmes subitement entourés, à cause des lampes qui éclairaient dans la nuit. Cela mit Robert et les enfants en effervescence, jusqu'au moment crucial où tout le monde hurla de rire,  car un énorme "Dynastès Centaurus" (espèce très répandue dans le secteur) venait de tomber dans son assiette ! Il s'efforça de le capturer, comme des quantités d'autres dont il fit bientôt sa collection privée, heureux de pouvoir rapporter ces trophées de son voyage en "forêt équatoriale".

Dynastès centaurus mâle

    - "Gobos ! Gobos ! " criaient les enfants, soutenus par les adultes qui s'amusaient aussi beaucoup.
     Les coléoptères
volaient autour de nous dans un vrombissement d'ailes étourdissant et se heurtaient en aveugles aux parois des cases comme d'énormes hannetons. Ils étaient deux fois plus gros - de la taille d'un oeuf environ -, et aussi cuirassés que des scarabées, avec pour le mâle une corne de rhinocéros - corne très atténuée chez la femelle qui était également plus petite. Leur couleur générale était rouge très foncé, ou marron violacé.
     Nous passâmes une merveilleuse soirée, malgré quelques suites fâcheuses contre lesquelles nos amis nous avaient cependant mis en garde... Mais ce sera le sujet du prochain article.

Cet animal n'est pas exactement le même, mais je vous en joins la photo
pour vous permettre d'en apprécier l'envergure en vol
(cliquer sur l'image pour trouver le site dont elle est issue)
Par Martine Maillard - Publié dans : Voyages et promenades - Communauté : images du monde
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