Jeudi 26 février 2009
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18:40
Pour tous les mystères du monde il y a l'explication du
Scientifique et l'explication du Poète.
C'est déjà ce que disaient les Marchombres dans le
roman de Pierre Bottero. Mais je partage paraitement cette pensée et pour moi aucune interprétation ne prime, car ce
que l'on ressent dans son coeur contient parfois de grandes vérités.
C'est ainsi qu'il faut aborder le livre consacré
par Pierre Lassalle(1) aux "Mystères de la Dame à la
Licorne"(2).
Cette série de tapisseries très connues et actuellement
visibles au Musée de Cluny à Paris, était autrefois la propriété du château de Boussac en Creuse, où les découvrit George Sand. A cette époque (1847) elles étaient au nombre de huit alors qu'il
n'en reste que six aujourd'hui, et la description qu'en donne George Sand ainsi que les commentaires qu'elle en
fait, en en rapportant la conception à un prince ottoman, ont inspiré à Pierre Lassalle l'idée de restaurer les toiles disparues en partant du principe que l'ensemble évoque un cheminement
spirituel lié à l'amour courtois.
La Dame à la Licorne : le goût
(image tirée du site de J. Lorette mentionné ci-dessous)
Ce chercheur spirituel fécond et très attachant peut
sembler rêver un peu, si l'on en croit l'étude exhaustive et passionnante que fait de cette série de tableaux Jacky Lorette, ou si l'on se réfère plus simplement à la page consacrée par Wikipédia aux
tapisseries.
Cependant, pourquoi ces tapisseries ont-elles suscité tant
d'intérêt et de commentaires ? La seule dénomination de "Dame à la Licorne" est porteuse d'un symbolisme qui transporte. La succession sibylline des gestes de
cette Dame, toujours différente et encadrée à chaque fois par un Lion à gauche et une Licorne à droite toujours différents eux aussi, ne peut qu'interpeller ceux qu'intéresse le monde
symbolique.
Les explications d'ordre historique qu'apporte Jacky Lorette dans son site sont convaincantes : il s'agirait d'une évocation de la destinée de Mary Tudor, dépouillée du
trône de France puis retrouvant un "trône" en Angleterre auprès du duc de Suffolk ; l'inscription "A mon seul Désir" apposée au sommet de la tente du 6e tableau, et suivie d'une lettre à demi
cachée que l'on occulte toujours (un R ?), signifierait en fait "A. M. S. D. R." - "À Mary
Suffolk Duchesse Reyne",
ou "Antoine (et) Mary Suffolk Duchesse
Reyne" (voir le passionnant développement exposé ici ;
et lire aussi la note 1 de cet article de Wikipédia).
Dédicace portée sur la tente qui abrite la Dame dans le
6e tableau, où elle se débarrasse de ses bijoux.
(image prise ici)
Mais il est vrai que ces suppositions peuvent aussi paraître trop
recherchées et que la série des tapisseries, qui a longtemps été interprétée en relation avec le Roman de la
Rose, possède avec certitude une connotation ésotérique.
Voici une partie (recoupée en as de carreau mais l'original est plus vaste évidemment)
de la fameuse "6e tapisserie". Image extraite du site.
Or ce n'est pas un nouveau commentaire qu'en fait Pierre Lassalle. Bien au contraire, cet artiste dans l'âme en propose plutôt une réactualisation sous forme de tableaux
contemporains, délivrant un message symbolique directement accessible à notre époque.
C'est pourquoi le livre que je vous propose est avant tout un livre d'art. Publié dans un format très particulier (21x24,5 cm) par les éditions toutes
récentes "Terra Lucida", sur du papier 100% recyclé et avec des encres végétales ("par respect envers la nature"), il présente en regard des oeuvres
originales fidèlement reproduites, six tableaux de réinterprétation contemporaine de celles-ci plus deux tendant à reconstituer les tapisseries perdues.
Ce n'est pas lui qui les a peints, mais un collectif d'artistes réuni sous sa direction. Ceux-ci (des femmes bien entendu, afin qu'elles ressentent le
message de la "Dame") relatent dans le livre l'expérience qu'a représentée pour eux (elles) ce travail de recréation.
Sur la couverture du livre, un extrait de la réinterprétation
du tableau intitulé "la vue".
Parallèlement à chaque tableau, l'étape
correspondante d'un cheminement intérieur est évoquée par un
poème composé lui aussi par une femme : Céline Divoor.
En fin d'ouvrage sont
indiqués des exercices mettant en relation chaque toile avec
un type de travail à effectuer sur soi-même. Un glossaire détaille le symbolisme des différents accessoires, depuis les animaux ou les objets jusqu'aux couleurs employées.
Enfin Pierre Lassalle développe le concept d'Art Imaginatif, qui est tout le contraire d'un art "exutoire" destiné
à exprimer ce que l'on a sur le coeur, et prend modèle sur les peintures de la Renaissance ou du XVIIe inspirées de sujets religieux : il s'agit là de se laisser imprégner d'une image noble et
lumineuse, et de tenter de la représenter avec la vision du coeur. Retrouvez les différents tableaux ici sur le site qui est dédié à
ce concept.
Avec ce sujet, il rejoint finalement sa quête initiale : l'esprit de la chevalerie et le symbole du Graal, suprême
aspiration que l'on peut parfaitement réactualiser pour l'être humain de notre époque.
Notes : (1) Pierre Lassalle, voir ici (site français) et là (site canadien).
(2) Le livre peut être acheté en librairie ésotérique, ou ici pour Amazon et là à la boutique du "Jardin du Graal" (ses coordonnées sont en bas de la page).
Par Martine Maillard
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Publié dans : Citations
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