L'Âme du poète

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  
Mercredi 31 mai 2006 3 31 /05 /Mai /2006 17:07
Les "fichus quarts d'heure"
(Amaradougou)

    Depuis le temps que je les annonce, il faut bien que j'y vienne ! Je ne sais plus trop quand ils se produisirent, sauf en ce qui concerne les conséquences du repas d'éléphant, qui heureusement intervinrent à la fin du séjour : c'est pourquoi cet article sera le dernier concernant notre passage en brousse, qui dut s'étendre sur deux semaines, et sur lequel, je le rappelle, je n'ai pris aucune photo hélas, Robert s'appliquant à filmer.
    Lors de notre dîner à Niamagui, nos hôtes nous avaient mis en garde contre les tripes, qui "pouvaient nous rendre malades". Je veillai à n'y pas goûter ; mais Robert, qui était prêt à tout supporter pour vivre une vraie vie d'aventurier, ne s'en priva pas ! Dès le lendemain, nos intestins étaient complètement révolutionnés, et même les miens, car tripes ou pas, un éléphant "non vacciné" n'est pas forcément le meilleur repas pour nos organismes occidentaux... Le problème en ce qui me concerne était double : premièrement, j'étais fort inquiète à cause de ma grossesse, les douleurs de ventre et les expulsions brutales n'étant jamais des plus rassurantes quand on tient là-dedans un petit germe que l'on n'a absolument pas l'intention d'éjecter ! Mais deuxièmement, il y avait l'absence totale de zones "d'aisance" dans le village, ce qui nous obligeait à sortir de notre case et à quitter les parages
d'un air dégagé chaque fois qu'une urgence survenait, répondant de notre mieux aux salutations avenantes des uns et des autres qui nous pensaient "partis en promenade "!
    Heureusement, le départ approchait, et très vite nous fûmes au dispensaire de Soubré où nous nous jetâmes sur le charbon qui nous soulagea.
     C'est la "vengeance de l'éléphant"! diraient les écologistes... Eh ! oui, il n'avait rien demandé, le pauvre.

   


   
   
    Cependant, quelque temps plus tôt s'était présenté un autre problème, plus grave...
    Nous prenions de la Nivaquine, chaque jour depuis notre départ au début du mois, et pensions être parfaitement protégés du paludisme. Pourtant, un jour Robert me dit :
    - "Il paraît que Francis est couché chez lui aujourd'hui ; ça ne va pas fort, il a du palu."
    Il n'aurait donc pas pris correctement sa quinine ?... Margaret nous expliqua : même en se soignant, on peut faire une poussée de fièvre quand même, à 38° ; mais ça ne dure pas.
     Le lendemain, Francis repartit en tournée, il allait mieux ; mais c'était au tour de Margaret de s'aliter. Cela prenait une allure d'épidémie, et nous restâmes tranquillement dans notre coin.
    Soudain, le drame !
    Je m'en souviens comme d'un drame, tant j'ai paniqué, mais je ne sais plus exactement comment les choses se sont passées...
    Robert fit une poussée de fièvre effrayante, à 39° ou 40°, et avec de tels frissons et de tels claquements de dents que ses amis africains, inquiets, vinrent à son chevet pour le soutenir. Pour l'arrêter, une seule solution : nivaquine à haute dose ! Mais ces poussées de fièvre n'arrivent que la nuit, et il fallait d'abord attendre le matin ; puis se rendre à Soubré, et il n'y avait pas de voiture... Francis était absent pour deux ou trois jours.
    Sékou Traoré me prêta un vieux vélo désossé, et me voilà partie, au petit jour, avec mon petit bout de bébé dans le ventre, sur la piste à pédaler. Heureusement que c'était plat... Douze à quatorze kilomètres de piste, en dépassant les indigènes à pied qui me faisaient des signes de la main, jusqu'au dispensaire de Soubré où j'entrai bien sûr un peu en force et en coup de vent. Il y avait là un médecin qui m'offrit la quantité nécessaire de quinine pour rétablir mon jeune aventurier... Ah ! comme j'ai apprécié dans ces pays d'Afrique (même chose au Maroc, plus tard) la disponibilité et la gratuité des services médicaux !
    Mais il me fallait reprendre le vélo, et repédaler vaille que vaille jusqu'à Amaradougou... Cela me parut très dur. J'y parvins enfin vers midi, et trouvai Robert épuisé par la fièvre, les yeux fermés, veillé par Amara, qui en personne était venu s'asseoir à son chevet pour réciter des prières.
    C'était le plus beau souvenir que Robert garderait de son voyage en Afrique, je crois :
    -"Tu te rappelles ? Quand j'étais si malade, et qu'Amara était venu à mon chevet réciter des prières..."
    Il avait dû le lui demander lui-même.
    Quand on est pris de telles fièvres, le plus difficile est de boire la quinine, car on est comme paralysé et ne peut rien avaler. Mais une fois que c'est fait, on va mieux... Robert se rétablit en quelques heures, et le lendemain était sur pied.

    C'est l'année suivante, pour la veillée pascale 1976, qu'il vit la mort de près. Marie-Noëlle était née et avait deux mois. Nous étions chez mes parents, qui refusaient de déranger un médecin une veillée pascale pour quelques claquements de dents. Cependant Robert hurlait, tant les
nausées et les frissons étaient violents, et mon père, férocement accroché à son téléphone, grommelait que c'était un comédien.
     A force de supplications, vers minuit, quand nous nous aperçûmes que la fièvre était montée à 42° et que Robert était presque dans le coma, ma mère obtint qu'il appelle le médecin de garde. Par chance c'était un indonésien qui sut immédiatement de quoi il retournait. Mais venant de loin, et très occupé à cause de la date exceptionnelle, il ne put être là avant 2 h du matin.
    Robert ne répondait plus, et ne pouvait plus parler ni remuer. Il avoua depuis qu'il s'était réellement senti mourir... Son coeur battait si follement qu'il
lui semblait sur le point de lâcher
.
    Cependant, comme Amara, le médecin est resté à son chevet jusqu'à 4 h du matin ; en lui parlant doucement mais fermement, il réussit à lui faire avaler la quinine, et il attendit que celle-ci commence à agir.
    Ça, c'est une veillée pascale ! (non pas pour ceux qui vont à la messe, mais pour ceux qui soignent les autres).
    Le lendemain, il s'est retrouvé dans son lit inondé d'une telle sueur qu'il fallut tout enlever ; il n'avait plus que 38° mais ne pouvait tenir debout. Il mit une semaine à s'en remettre.
     En fait, il avait contracté le "plasmodium falciparum", le pire germe de paludisme (qui est mortel), et devait, pour l'éradiquer, poursuivre la quinine pendant au moins trois mois. Le patient docteur Thran était tombé à point nommé pour le lui expliquer et pour l'aider à s'en débarrasser...

     Quelques jours plus tôt, il avait connu les signes avant-coureurs de la crise, sous la forme d’une poussée de fièvre modérée, dont il s’était ouvert à un de ses amis étudiants en médecine : celui-ci, confiant, lui avait conseillé de prendre un peu d’aspirine, diagnostiquant « une petite grippe ».

      Quant à moi qui m’efforçais d’allaiter ma babichette, j’en perdis tout mon lait d’un seul coup. Mais pour le paludisme ? Eh bien ! Je n'en eus pas du tout. Protégée par mon bébé ? dirent certains. Peut-être. Mais surtout, parce que j'étais restée prudemment dans ma case, à la différence de Robert qui traînait chaque jour dans les marigots, et que je m'étais appliquée constamment à me badigeonner de "moustifluid" !


L'animal le plus sanguinaire de la jungle : le moustique...

Par Martine Maillard - Publié dans : Voyages et promenades - Communauté : images du monde
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Commentaires

en effet, en voilà des péripéties, qui ne se sont pas arrêtées aux limites de l'Afrique à ce que je vois ...! Robert avait à ce que je vois emporté un souvenir "en nature" !!! Ce qu'il y a de bien maintenant, c'est qu'on peut lire vos déboires en souriant : les crises de palu sont loin ! (j'espère ! ? )
Commentaire n°1 posté par Vouvoune le 31/05/2006 à 23h05
C'est un épisode de ton voyage qui me donne des frissons rétrospectifs car effectivement, en 17 ans passés en Afrique et en divers endroits, nous avons bien fini par récolter cette saleté là en dépit de la nivaquine chaque jour (maintenant on fait semble-t-il mieux que ce médicament) et donc rentrant en France il y en avait toujours un qui faisait un falciparum comme on disait alors.

Maladie effectivement très éprouvante j'en ai encore le souvenir, d'une nuit de suées et de visions délirantes.

Nous avons perdu un ami en quelques jours qui avait refusé de prendre le traitement...

Tu as vraiment eu de a chance de ne pas attraper cela, mon père prétendait (il n'était pas le seul, l'institut pasteur travaillait là-dessus) que la présence naturellement dans le sang d'une certaine vitamine était une protection.
 Qui sait...

Hé bé! Que d'émotions!!!
Commentaire n°2 posté par Russalka le 01/06/2006 à 20h07
Je viens de regarder bien sûr dans le net ce qu'on en dit : il semblerait que ce ne soient pas exactement les symptômes du falciparum, mais pourtant c'est ce qu'a assuré le jeune médecin indonésien (en raison de la fièvre élevée et de la résistance du germe à la quinine prise jusque là) ; en tous cas le fait d'avoir, comme il l'a prescrit, repris le traitement pendant TROIS MOIS consécutifs hors exposition (en France) a permis apparemment de faire entièrement disparaître tout résidu.
En ce qui me concerne, la réponse est dans les sites que je viens de visiter : la meilleure prévention est de se mettre de la crème antimoustiques afin de n'être pas piqué - ce que j'avais fait.
Réponse de Valentine le 01/06/2006 à 22h56

Bonjour Valentine, Ton texte es trés beau et j'adore cette image " touche pas a mon pote " Bisou ................rose


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Commentaire n°3 posté par ROSE le 02/06/2006 à 13h07
Après la tourista éléphantiasesque et un plasmodium pas piqué des hannetons même s\\\'il n\\\'était pas nécessairement falciparum, je dis heureusement que vous n\\\'ayez pas rencontré aedes albopictus.
Quelles aventures, entre les querelles intestines et les mosquitos suceurs !
Lorsque je pars dans ces zones infetées de tout, je prends toujours de la Savarine et de l\\\'Immodium dans mon sac à dos. Tu peux demander à Michel de Toulennes, c\\\'est efficace à 99 % ! Je sais, il ne faut pas être le 100ème...
Bon, pour le falciparum, de nos jours, il vaut mieux prendre de la Malarone... C\\\'est plus sûr !

Si si, je pense que ton Robert avait contracté un plasmodium... falciparum. C\\\'est pour cela qu\\\'il a été guéri après le traitement donné par le Dr Thran.
Quant à toi, tu as eu raison de te badigeonner de moustifluid et j\\\'espère de dormir sous une moustiquaire.
Ah ! des moustiques, j\\\'en ai eu dans ma vie ! Je n\\\'ai jamais attrapé le moindre signe de paludisme car je respecte les consignes scrupuleusement.
Les voyages aventureux, c\\\'est ça Martine ! Merci de nous avoir raconté ces épisodes et heureux que ta petiote soit passée au travers de tout ça...
Commentaire n°4 posté par Merlin le zététicien le 02/06/2006 à 22h07
Que d'émotions !! Je suis plutôt choqué de l'attitude négative de vos parents : quelle négligence, quelle légèreté ... Je me demande bien quelle aurait pu être leur attitude si les choses avaient mal tournées ...
Commentaire n°5 posté par sam le 03/06/2006 à 22h02

les femmes sont souvent plus raisonnables que les hommes. Ils se croient invulnérables parfois et plus voilà.. tandis que dames savent bien que l'invulnérabilité cela s'acquière.


que d'émotions ! un plaisir de lire.


clem

Commentaire n°6 posté par clem le 05/06/2006 à 07h26
Ca file la chair de poule, il a eu chaud Robert, c'est le cas de le dire, c'est un peu dangeureux quand même de se balader et de se faire piquer dans ses pays. Ouf ! Tu devais être dans tout tes états. bisous
Commentaire n°7 posté par Pauley le 29/06/2006 à 14h30

Bonjour,

 



Rare de trouver des cas de personne s'en etant sortie !!
Nous cherchons, la famille de Carine, décédée d’un plasmodium falciparum en 2005, et moi-même ayant subit un coma paludéen mais m’en étant sortie tant bien que mal, à faire partager notre expérience et faire passer le message de la prévention, de la prudence, merci de visionner mon site et faire passer.

 



www.mon-paludisme.com  

 



Bien à vous

Nathalie CONSTANTIN

 



Avec : un h o m m a g e : à Carine Koehler Quant

 




 



Commentaire n°8 posté par CONSTANTIN Nathalie le 02/08/2007 à 17h02
Merci de ce petit mot et de nous faire connaître ton site, Nathalie. C'est affreux ce qu'il vous est arrivé, je t'envoie toute mon amitié.
Réponse de Valentine le 15/08/2007 à 15h18

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  Aux éditions Stellamaris vient de paraître

Instants Secrets.

Couverture réduiteVous pouvez le feuilleter et vous le procurer à cette page.

Musique pour la Pentecôte

Premier choeur : "O ewiges Feuer" (O feu éternel) tiré de la cantate n°34 de J.S. Bach.

Interprète : Karl Richter.

Instants Secrets

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Rossignol d'Argent-Martine Maillard   Le Rossignol d'Argent, publié en 1974 aux Editions Saint-Germain des Prés (Paris), collection Miroir Oblique. Epuisé chez l'éditeur mais exemplaires neufs disponibles sur ebay (ici) ou sur priceminister ().

Renaitre       Renaître, publié au printemps 2011 aux éditions Stellamaris (voir ici).

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