L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  
Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 00:00

      Voici un charmant poème d'Anacréon (Poète Grec du VIe siècle av. JC), que j'ai traduit étant élève, à 16 ans en classe de première. Il s'agit d'une adaptation en vers réguliers et rimés, reproduisant le plus fidèlement possible le style du modèle. Ronsard a fait également une adaptation de ce poème dans ses Odes (II, 19), et vous en trouverez une traduction "fidèle" en ligne ici.

 

 


 


    Vers l’heure de minuit, un jour,

    Alors que l’Ourse fait son tour

    Par la main du Bouvier guidée,

    Et que la race fatiguée

    Des mortels dort profondément,

    Tout à coup Eros, m’éveillant,

    Frappa le heurtoir de ma porte.

    « Qui, dis-je, frappe de la sorte,

    Chassant mes rêves sans douceur ? »

    Mais il me dit : « Ne prends pas peur ;

    Je suis un enfant, ouvre vite,

    Qu’en ta demeure je m’abrite !

    Dans la nuit noire j’ai erré,

    Je suis trempé. » Je m’éclairai,

    Émue au son de sa prière,

    Et lui ouvris : à la lumière

    M’apparut un petit enfant

    Tout blond et délicat, portant

    Un arc, des ailes et des flèches.

    Je le guidai pour qu’il se sèche

    Devant mon feu, et de mes mains

    Lui épongeai ses cheveux fins,

    Le frictionnai ; lorsque la pluie

    Fut toute de son corps enfuie

    Et qu’il fut réchauffé, soudain,

    Il dit d’un petit air malin :

    « Je veux essayer cet arc, donne :

    La corde en est-elle encor bonne

    Malgré l’averse de ce soir ?

    Je vais le tendre un peu pour voir. »

    L’arc se tendit, la flèche fine

    Vola tout droit en ma poitrine

    Et m’y causa un mal cuisant.

    Mais lui bondissait en riant :

    « Ah ! Le bon tour ! Je t’ai bien eue,

    Ma flèche en ton cœur est venue !

    Ma corde a l’air en bon état,

    Mais c’est toi qui en souffriras ! »

Traduction de Martine Maillard
Tous droits réservés

 

 

Par Martine Maillard - Publié dans : Poètes antiques traduits ou adaptés
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