L'âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

  "Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

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(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.

Saint-Jean  III, 8    

 

   

(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet) 

        

 

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Samedi 17 février 2007 6 17 /02 /2007 17:28
    Puisque je suis dans l'élan du "Ferré chante Aragon", pourquoi ne pas citer cet autre poème d'amour - tiré cette fois du recueil "Elsa" ?
    Ceci me ramène à nos querelles d'enfants, lorsqu'
au lycée, je me heurtais à une camarade pleine d'arrogance et de certitude qui clamait la supériorité indiscutable de Paul Eluard et de Pablo Picasso. Ne pouvais-je avoir l'autorisation de préférer une forme plus "classique", un dessin moins agressif? J'étais aussitôt reléguée au rang de "petite fille à Maman", incapable de comprendre l'aspect révolutionnaire du génie. Oui, mademoiselle se disait "communiste", mais après tout Aragon l'était bien aussi, communiste, et cependant ne négligeait ni le rythme ni la rime !
    Il a marqué mes seize ans et est resté l'un de mes poètes préférés. Je n'ai jamais pu concevoir la poésie sans un "souffle" traduit dans le rythme et plus ou moins dans la rime, à l'image de la scansion grecque, latine ou germanique que j'avais longtemps pratiquées. C'est pourquoi à ses côtés je conserve en tête Paul Valéry et Guillaume Apollinaire, et pourquoi j'aime autant Edmond Rostand et Paul Claudel, que Victor Hugo et Racine...
    Il y a trois poèmes d'amour dans "Ferré chante Aragon". En voici un second.

Ombre, mer et palmes.

JE T'AIME TANT

Mon sombre amour d'orange amère
Ma chanson d'écluse et de vent
Mon quartier d'ombre où vient rêvant
Mourir la mer

Mon doux mois d'août dont le ciel pleut
Des étoiles sur les monts calmes
Ma songerie aux murs de palme
Où l'air est bleu

Mes bras d'or mes faibles merveilles
Renaissent ma soif et ma faim
Collier collier des soirs sans fin
Où le cœur veille

Est-ce que qu'on sait ce que se passe
C'est peut-être bien ce tantôt
Que l'on jettera le manteau
Dessus ma face

Coupez ma gorge et les pivoines
Vite apportez mon vin mon sang
Pour lui plaire comme en passant
Font* les avoines

Il me reste si peu de temps
Pour aller au bout de moi-même
Et pour crier-dieu que je t'aime
Tant

Louis Aragon, extrait de "Elsa" (1959)


    Si ce n'est pas un beau poème d'amour, ça ! Lorsqu'on aime, il semble que le monde entier s'incarne en l'être aimé, pour nous donner l'impression d'épouser la beauté même des choses...
    J'avoue de plus que les textes choisis par Léo Ferré, comme l'interprétation qu'il en donne, me séduisent davantage que ceux chantés pas Jean Ferrat. Il y a chez ce dernier une douceur de troubadour qui, non seulement ne m'attire guère, mais en plus, ne me paraît pas "coller" tout à fait avec le caractère passionné de notre grand poète...
    Pour écouter un extrait de la chanson... Allez, cliquez ci-dessous !




    *  Note : Tous les textes transcrits sur le net indiquent "Font", mais à mon avis cela n'a aucun sens. Je regrette de n'avoir plus sous les yeux le disque avec le texte original, mais je suis à peu près certaine que Ferré dit "Faux", ce qui correspond à une forme archaïque du verbe "faillir" à l'impératif, qui reprendrait l'expression "coupez ma gorge" au sens de "fauchez les avoines".
    Voici le passage en question :
    Qu'en dites-vous ?

    Réponse du 21 février
J'ai tout faux ! Le texte officiel est "FONT"!
    Pardon donc pour ces élucubrations et la mise en accusation abusive de contenu du net...
    Mes sources : "Aragon, l'oeuvre poétique", éditions "Livre Club Diderot" - tome XIII : "1957-1962" - p. 43, Recueil intitulé "Elsa, poème" et p. 76-77 : "Chanson noire" qui est le titre exact de cette oeuvre ici tronquée. Pour la lire en entier, cliquez ici.
Publié dans : Citations - Communauté : L'art et la manière - Par Martine Maillard
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