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Psyché déposée par Zéphyr au jardin d'Eros Esquisse deGeorge Romney
N'oubliez pas d'accompagner votre lecture du fragment musical
correspondant de César Franck (voir précédents articles) : à cette page.
III –Psyché au jardin de l’Amour :
Quelque chose pourtant fait que son rêve cesse ; Peut-être elle a senti que la fraîche caresse Et le doux bercement n’étaient soudain plus là. Le regard aveuglé par le splendide éclat De l’astre éblouissant alors tout proche d’elle, Assise, et détournant ses yeux de l’étincelle, Elle cherche à comprendre où elle est à présent ; Car elle voit sous elle un gazon fleurissant Qui rafraîchit son corps brûlé par la lumière Et elle a deviné que, par un grand mystère, On l’avait enlevée au roc et à la mort. Elle s’inquiète encor cependant de son sort : Qui sait si ce jardin merveilleux, si étrange, N’abrite pas les jours d’un dragon effrayant ? Peut-être ces douceurs, ces parfums attrayants Ne sont qu’une illusion pour tromper sa défiance ? Elle cherche à s’enfuir, mais la lourde indolence Qui emplit l’atmosphère, engourdit son esprit ; Elle ne sait comment déjà son cœur est pris Par le charme invincible émané de l’espace. Elle s’est relevée et a suivi la trace D’un tout petit sentier serpentant dans un bois. Elle va lentement, pleine d’un grand émoi. Les arbres et les fleurs aux espèces diverses Produisent sûrement ce poison qu’ils déversent, Qui envahit son corps d’une immense torpeur ; Son cœur est submergé d’un merveilleux bonheur Et d’une ivresse étrange : débordant de tendresse, Il est en même temps accablé de tristesse. Ravie, émerveillée, elle voit dans les airs Passer de temps à autre aussi vif que l’éclair Un oiseau magnifique à la traîne royale ; Il se pose, orgueilleux, entre les fleurs, étale Tout l’or de son plumage et toute sa splendeur, Et se met à chanter comme un chant de douleur. Une émotion poignante emplit alors son âme Et l’enfant sent surgir en son cœur une flamme : Son corps tout haletant de faiblesse et d’ardeur Goûte le douloureux charme de la langueur Qui la fait frissonner, alors qu’elle est brûlante ; Elle étouffe d’ivresse et se sent chancelante. Un chagrin inconnu remplit ses yeux de pleurs ; Pour la première fois elle sait la douceur Que peuvent procurer d’inexplicables larmes ; Elle se jette au sol, s’abandonnant aux charmes De sa mélancolie – et pleure de bonheur. Suffocante, elle entend la lutte de son cœur Entre les sensations vagues et violentes Qui s’emparent de lui ; son âme défaillante Ne sait que la douceur déchirante et sans nom Qui l’entraîne à jamais dans un gouffre sans fond. Elle meurt de vertige, expire de tristesse, Et son cœur qui bat trop l’enivre d’allégresse…
Vos impressions