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L'âme du poète



"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)        

 

 

Samedi 31 mai 2008
    Allons-y pour le tag.
    Consigne : écrivez au minimum dix choses qui vont donnent le moral dans une journée.
     Voici les miennes ; quand elles sont là, je jubile, et quand elles n'y sont pas, j'y pense pour me réconforter... C'est très souvent en rapport avec la lumière ; j'ai un énorme besoin de lumière.

- Me réveiller en voyant la lumière à travers les volets et penser qu'il fait soleil dehors.
- Voir la lumière étinceler derrière un arbre ou derrière un nuage.
- Prendre mon petit déjeuner : une bonne tartine grillée, un verre de jus d'orange, un bol de chicorée au lait bien chaud (parfois j'en reprends un à 18h en revenant du travail pour me détendre).
- Ecrire ou créer, produire quelque chose dont je suis contente.
- Me baigner, nager, plonger (courir, je ne peux plus).
- Marcher, ou faire du vélo dans la nature.
- Découvrir une belle région.
- Découvrir un beau livre, une belle oeuvre, un beau tableau.
- Rouler vers une destination attirante par beau temps.
- Regarder le ciel, un vaste espace de ciel, surtout s'il est dégagé - même la nuit.
- Voir une fleur éclore, un arbre s'épanouir (même un arbre d'automne, un arbre d'hiver)
- Voir et entendre couler un ruisseau.
- Entendre la mer.
- Surprendre un animal sauvage qui passe au loin.

- Ecouter une belle musique.
- Jouer une belle musique (chanter, je ne peux plus).
- Etre en communion avec une personne que j'aime, regarder ses yeux rire.
- Prier, en ressentant mon coeur qui s'ouvre à une immense lumière.
- Sentir que je ne suis pas seule, et qu'il y a quelqu'un qui peut m'entendre à l'intérieur, ou qui m'aide, subitement, aux moments les plus inattendus.
- Etre en paix, ressentir ce bienfait.
- Voir des enfants qui rient et qui sont heureux.
- Penser à mes adorables filles, à mes petits-fils craquants, à mes soeurs, à mon frère, à ma mère.
- Avoir fait plaisir à quelqu'un.
- Sentir les bonnes odeurs de la nature, au printemps ou après la pluie.
- Sentir le vent qui gonfle mes poumons, fait voler mes cheveux.


    Il y en a peut-être d'autres, que j'ai oubliés...

En illustration, la campagne aujourd'hui (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :


Le ciel immense, chargé de lumière... et dessous, la terre, qui boit cette lumière
(cliquez pour agrandir):




    Et maintenant, poursuivez la chaîne :


par Martine Maillard publié dans : Pensées
Mardi 25 mars 2008
 
   
    J'avais oublié la magie de Pâques.
    On pense trop "cloches" et puis "lapins".
    On pense trop "oeufs et "chocolats".
    On pense "coucous" et "pâquerettes", et gai soleil et vent léger...

    Alors que Pâques est un travail en profondeur, une puissante alchimie qui agit en nous-mêmes comme dans la terre, une fois pas an.
    Cette année, c'est bizarre : elle est tombée le 23 mars ; le surlendemain de la Pleine Lune du Bélier, jour de force où les puissances masculines s'allient aux puissances féminines, où les puissances du Mal s'opposent aux puissances du Bien, où s'équilibre la pulsion vers la vie matérielle et l'aspiration vers le Ciel (jour de Force donc pour un vendredi Saint !) ; et la veille de la Saint-Gabriel (archange de l'Annonciation) ; l'avant-veille de la fête de la Fécondation de la Vierge Marie (fête de l'Annonciation).
    Ce fut chez nous une journée de lumière, entachée seulement par le froid et l'annonce d'une proche perturbation qui ne nous toucha que le soir ; puis le lundi fut, malgré les prévisions de météo France, plongé dans les ténèbres de plus en plus profondes : rare en cette fête de la résurrection.

    Mais quelle résurrection ? Voici un mot qui ne nous parle plus dans son sens vrai. Oui, bien sûr on se dit : "ce qui était mort redevient vivant". Et on n'y croit pas, sauf pour la nature : eh oui, les arbres dépouillés bourgeonnent à nouveau... mais pour le reste ?

    Non, ce n'est pas "ressusciter" qu'il faut dire. Il faudrait revenir à l'ancienne formule, celle qu'illustra Moïse à la sortie d'Egypte : c'est traverser, trouver l'issue, dépasser une épreuve. Tout ce noir ambiant, toute cette agressivité de neige et de grêle que nous avons affrontée, elle représente les désordres qui sont en nous, et sous lesquels nous nous laissons peu à peu engloutir.
    Le monde nous semble de plus en plus hostile, nous nous battons. Et nous avons oublié la grande force de lumière, celle qu'on appelle de tous ces beaux noms d'amour, de courage, d'espérance, de volonté, de foi en la vie, celle qui d'un coup peut faire de nous d'autres êtres, plus vivants, plus joyeux, plus vigoureux.

    Quand nous plongeons en nous et nous abandonnons à l'immense ciel bleu qui dort au fond de notre coeur, nous y rencontrons la lumière, et d'autres forces alors nous sont données. Nous respirons plus amplement, l'espoir renaît, et une voix nous dit :
"Non ! Ce n'est pas fini ! Non ! La vie est Belle ! Non, la Terre est puissante et forte !" Et nous repartons pour de nouvelles batailles.

    Pâques est l'image de cette transformation. On y bénit le feu nouveau. On y bénit l'eau baptismale. Elle matérialise notre aptitude à choisir entre le bien et le mal, c'est à dire à donner sens à ce qui n'est que terre, à habiter ce qui est mort pour en faire du vivant, à respirer dans les choses. Un sacrement. j'ai toujours été fascinée par la présence dans la religion chrétienne, un peu dans la catholique, encore plus dans l'orthodoxe, de "sacrements".

    Je crois que le "sacrement" - reprise au quotidien de l'ancien mot "initiation" - est le fondement même d'une "religion" (en son sens de reliance), et l'élément le plus nécessaire à notre vie. Il est la rencontre entre un souffle de vie descendu d'ailleurs, et notre matière morte par sa propre nature.

    L'Esprit (Spiritus) est ce qui respire... Lorsque nous respirons, l'Esprit est en nous. Plus nous respirons grand, et plus l'esprit en nous est fort, et plus la Vie se dilate, et plus l'espoir se développe, et plus l'Amour grandit.

    Parfois l'on parle de Dieu mais cela n'a rien à voir avec les dieux païens.

    Cependant on ressent ce qu'il signifie, lorsque Messiaen fait dire à l'Ange, dans Saint-François d'Assise :

"Ton Coeur t'accuse ; mais Dieu est plus grand que ton Coeur !"

    Et lorsque Claudel fait dire à Jeanne, brûlant sur le bûcher :

"Il y a la Joie, qui est la plus forte ;
Il y a l'Amour, qui est le plus fort ;
Il y a Dieu, qui est le plus fort !"


« Elle est retrouvée. - Quoi ? - L'éternité !
C'est la
Terre allée
Avec le Soleil... »

(Panorama de Fontainebleau vu depuis la Croix du Calvaire, et interprétation libre
d'un poème d'Arthur Rimbaud qui dit : « C'est la mer... »)

par Martine Maillard publié dans : Pensées
Samedi 6 octobre 2007
    (Suite de l'article ci-dessous)
    A force de poursuivre ma lecture des commentaires dans Youtube, j'ai fini par découvrir qu'en effet cet enfant n'a pas reçu une éducation dirigiste ; mais en fait il se passe quelque chose qui alerte.
    Sa mère, qui ne semble pas vivre en couple, a trois enfants dont l'aîné compose (ses compositions, peu originales, sont sur Youtube), et dont la cadette est une fille. Il est apparemment entre les deux. Elle a écrit un livre qui s'intitule à quelque chose près : "Elever ses enfants, c'est s'élever soi-même", et en fait le commentaire dans une vidéo visible sur le site, en vantant son principe absolu de "laisser les enfants entièrement libres de faire ce qu'ils veulent", considérant que la "nature en eux" est seule juge de leurs véritables besoins ; même si, par exemple, Oliver bat sa petite soeur : elle n'intervient pas, c'est LEUR problème.
    Sans vouloir jouer les "petits psychanalystes" (mais je ne me cache pas d'être d'une génération éprise de psychanalyse), je crains que le jeune Oliver ne soit sans même le savoir le pur produit du rêve de sa mère, et qu'il n'en paie un jour lourdement les conséquences.
    Ne serait-ce que, comme me le disait un ami musicien, en plafonnant désespérément dès l'âge de 16 ans, et en s'effondrant ensuite parce que d'autres vont alors le rattraper, et lui causer une concurrence qu'il ne supportera peut-être pas.

    Qu'en pensez-vous ?
    Evidemment, je vous avoue que je suis conquise par ce gamin et souhaite de tout mon coeur qu'il trouve les soutiens nécessaires et devienne un grand concertiste, ou peut-être un grand chef d'orchestre ou un grand compositeur.
par Martine Maillard publié dans : Pensées
Samedi 29 septembre 2007

Vue de la Fontaine Saint-Michel, à Paris

    Il y avait un monde fou lorsque je suis passée sur la Place Saint-Michel ce samedi-là, et j'ai pris cette photo un peu vite, de trop loin, avec ce réverbère en plein milieu...

    Cependant aujourd'hui j'y repense, car nous sommes à la Saint Michel, ce jour où, dans ma mémoire, l'« Archange » terrasse le « Dragon ». Mais quel dragon au juste ?

    Sur cette statue, il s'agit d'un être humain, et c'est pourquoi inclure le bas de la fontaine devient utile, car les deux « griffons » érigés face à face font beaucoup plus figure de dragons que celui que terrasse le valeureux guerrier.

    Pourquoi les dragons ont-ils connu une telle importance dans l'imaginaire des occidentaux (dans les mythologies grecque, romaine, scandinave et celtique notamment, mais aussi dans la Bible et dans les contes de fées de l'époque romantique) comme des orientaux jusqu'à nos jours, au point de redevenir l'un des thèmes les plus prisés de la littérature (particulièrement de jeunesse) d'aujourd'hui ?


(illustration tirée du site)

   Goethe lui-même dans un poème demeuré célèbre salue « la descendance sacrée du dragon » dormant dans les profondeurs des enfers (Chant de Mignon, qui rêve de partir en Italie... Ces « rochers battus des flots », dans la 3e strophe, évoquent bien de rivage napolitain près duquel campe le Vésuve).  

    Et pourquoi sont-ils tantôt considérés comme bénéfiques, et tantôt comme maléfiques ?


(Bréhec, Plouha Côtes d'Armor : la Pointe de la Tour et sa forme étrangement proche de celle d'une tête de dragon- cliquez pour agrandir)

    C'est qu'ils représentent la Terre qui nous porte, avec son feu intérieur ; la Terre qui nous nourrit, sans laquelle nous ne serions rien ; mais dont aussi nous devons nous détacher  pour devenir nous-mêmes, êtres humains verticaux, qui aspirons au Ciel.
    Des noirceurs de la pierre et du végétal nous nous dégageons, pour monter vers la Lumière qui nous inspire... Aussi cherchons-nous à nous affranchir de la matérialité qui nous retient 
- de l'animal qui est en nous - que nous qualifierions volontiers de « démoniaque ».

     Mais comment survivre sans nos racines ? Et n'est-Elle pas notre mère ? C'est peut-être pourquoi Christopher Paolini met en scène non pas « un » dragon, mais une « dragonne » dans son best-seller « Eragon » : la douce et puissante Saphira aux yeux, paradoxalement, d'azur.



    En ce jour de Saint-Michel - prénom que j'aurais pu porter, si j'eusse été un homme -, je salue le Dragon qui n'est pas mon ennemi, mais mon partenaire, celui qu'à juste titre aujourd'hui on évoque comme  « porteur de Force » ! Il rampe puis il vole, et tour à tour serpent puis aigle de Saint Jean il dit les méandres de notre voyage intérieur, des ténèbres de l'Incarnation vers la Lumière de la Compréhension.

   Voici, en illustration musicale, un extrait d'une oeuvre particulièrement inspirée de Michael Stearns : « Sacred sites » (début de la 2e plage : Baraka Theme).

c


 


par Martine Maillard publié dans : Pensées
Vendredi 20 avril 2007


Sur quelle planète suis-je tombé ?
Quelle eau glauque et profonde,
Quels mouvants abîmes !

Comment trouver ma nourriture,
Où trouver la sécurité ?
Comment fais-tu pour y arriver,
Je ne le pourrai jamais !




Ah ! Là enfin on est bien,
On se sent protégé
par Martine Maillard publié dans : Pensées
 

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NB : Vous pouvez consulter les archives de ce blog, créé en mai 2005, en cliquant en haut à gauche de cette page sur "Poésie éternelle".

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