L'Âme du poète

"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais  d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

 En l'écoutant, toi aussi tu peux créer...


   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)      

  

Pensées, réflexions

Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 15:34

Il n'y a pas de culpabilité, la Chute fut un accident !


les_beatitudes-Philippe_de_Champaigne.jpg

"Les Béatitudes" - Toile de Philippe de Champaigne (1602-1674)

      L'Evangile est une "Bonne nouvelle" : c'est du moins le sens du mot en grec.

     Or à lire les évangiles qui nous sont proposés et à entendre les chrétiens traditionnels, la nouvelle n'est pas toujours si joyeuse qu'on le voudrait, et nous sommes plutôt confinés dans la culpabilité de voir notre Messie, Jésus-Christ, souffrir pour nous et à cause de nous. Qui plus est, on le déclare immaculé - exempt de tout péché - ainsi que sa mère, alors que le "péché" est "originel" ce qui impose déjà bien des ajustements propres à en faire douter plus d'un ; et voici que nous l'immolons, comme un "agneau sans tache" ! Ce qui finalement rappelle tant d'anciennes pratiques religieuses, que toutes cultures comparées nous finissons par douter de l'aspect "nouveau" de cette prétendue "Bonne nouvelle" !

     C'est là que d'autres sagesses nous viennent en aide... Et si la "Chute" n'était pas ce que l'on croit ? Si elle était juste un accident - chute par surprise d'esprits purs dans la matière - et non pas une dégradation, voire une punition comme on a voulu le croire - et donc une source de dépression et de culpabilité ?

     Si en purs enfants de Dieu jouant dans son Amour nous nous étions soudain laissés piéger par une sorte de "cristallisation" de l'énergie, qui se serait refermée sur nous sous forme de matière, et que terrifiés nous nous étions soudain imaginé avoir fait une "grosse" bêtise et avoir perdu Dieu à jamais ? Comme Caïn enfermé sous terre qui pense que Dieu ne le retrouvera jamais dans sa cachette ! Et qui s'il L'aperçoit par hasard sous forme d'un rayon de Soleil par un interstice, s'imagine que c'est pour le châtier que celui-ci le regarde ! Alors qu'il n'en est rien !

Adam-Eve-chasses.gifAdam et Eve chassés du Paradis Terrestre selon un recueil janséniste

 

    Alors il nous faudrait déboutonner notre col, respirer un grand coup, et laisser venir à nous la Lumière - comme le voyageur de La Fontaine dans "Phébus et Borée" (Le Soleil et le Vent).

 

    Il y a tant de choses qui nous rappellent que notre vraie patrie est le Beau, le Vrai, le Grand... ! Un superbe paysage ensoleillé, une musique sublime, en particulier, dessinent une sorte de pont de lumière entre le fond de notre coeur, là où réside la Vérité de notre Etre, et cette Source inimaginable d'Amour que j'appelle vonlontiers "Dieu" mais qui n'a rien du Père Noël et que vous pouvez appeler comme vous voulez... Un beau tableau, une rencontre exceptionnelle, un beau texte éveillent en nous le sentiment d'être unis les uns aux autres, établissant entre nos Etres profonds nichés au fond de nos coeurs des liens si extraordinaires de lumière, qu'ils abolissent presque nos différences et les frontières de nos corps.

  campagne-310508-02.jpg

     La Lumière circule verticalement entre nous et la Source, et horizontalement entre TOUS les êtres vivants : non seulement à travers les humains, mais aussi à travers les animaux, et elle enveloppe aussi les végétaux qui n'ont pas de conscience mais participent à la Vie. Si nous nous identifions à Elle nous oublions nos corps, et en cela les animaux sont nos maîtres : parce qu'eux, le corps, ils s'en moquent ; ils ne pensent ni au lendemain, ni à la mort... Par le regard nous échangeons avec tous ceux qui nous entourent la Lumière qui nous anime. Si l'autre n'était pas là, nous ne saurions même pas que nous existons : l'autre est là pour nous l'apprendre, et donc il nous donne la vie par son regard et nous la lui rendons par notre regard... et alors où est la différence entre nous tous ?

 

 

    L'autre jour j'étais en voiture et écoutais une musique superbe sur une chaîne de radio. Le paysage qui m'enveloppait m'exaltait car le ciel était immense et lumineux. Soudain, pénétrant avec mon véhicule dans un passage plus encaissé, j'ai perdu le son de ma musique et mon autoradio s'est mis à cracher. Quel déchirement !... C'est alors que m'est venue à l'esprit cette comparaison : enfermés dans nos corps comme je l'étais dans ma voiture, nous recevons les messages d'Amour de notre Source comme on reçoit une musique dans un appareil spécialisé, c'est-à-dire de façon fragmentaire et en fonction de notre état physique, psychique et mental ; et il suffit de la moindre petite perturbation pour que nous n'entendions plus cette voix qui est pourtant pour nous la Voix même du Bonheur.

    Alors tout nous semble noir, difficile, désespérant ; il nous semble en avoir des preuves. Mais tout n'est en fait que le fruit des Ténèbres ; or les Ténèbres N'EXISTENT PAS !! Elle ne sont que la résultante de l'ABSENCE de Lumière ! Seule existe LA LUMIÈRE !!

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Tableau d'Alfred Soord pour "La brebis égarée"

      Il faut donc reprendre confiance. Comme la Brebis égarée nous sommes peut-être tombés dans un ravin, mais de même que le berger n'abandonne pas sa bête, de même que la musique continue toujours d'être émise lorsque je ne la perçois plus, de même ce Père infiniment bon que nous pensons avoir perdu continue inlassablement de venir nous rechercher, et seule notre angoisse nous empêche de le percevoir.

 

    C'est du moins le message véritable de Jésus, au-delà des dogmes que l'on a développés autour de lui. Et en tous temps, à toutes les époques il y a eu des personnes pour l'enseigner... Le Bouddha ; Platon ; le philosophe Pascal... de vrais mystiques qui n'érigent pas de dogmes religieux mais tentent d'expliquer leur ressenti. Dire qu'aujourd'hui nous sommes "plus avancés" qu'autrefois est une bêtise : au-delà des apparences l'être humain est toujours le même, et si l'on considère que le temps et l'espace sont les deux dimensions de la cage dans laquelle nous sommes piégés, il est facile de voir que si on enlève le temps, à quoi peut-il bien servir de parler "d'évolution" ?!

 

    D'où la conclusion du livre de Gary Renard : "Et l'univers disparaîtra", malheureusement déjà épuisé, mais relayé par celui qui lui fait suite pour le compléter et le préciser, "Notre réalité immortelle". Si on nous enlevait brusquement l'univers, c'est-à-dire ce voile qui brouille nos yeux et qui nous enveloppe complètement, nous serions perdus et tremblants comme des enfants qu'on a sortis brusquement de l'eau. C'est pourquoi cela se fait tout doucement, sans brusquerie, par des appels de plus en plus pressants...

Mont-Sinai.jpg

Égypte - Le Mont Sinaï   

   

Par Valentine - Publié dans : Pensées, réflexions - Communauté : SPIRITUALITE - SAGESSE
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Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 19:13

Creche.jpg

 

      Sur cette crèche, toute simple et un peu stylisée, l'enfant n'est pas encore déposé, comme c'est l'habitude puisqu'on le fait apparaître traditionnellement à minuit le 25 décembre.

     L'ajouterons-nous ? Y croirons-nous, à cette "naissance" merveilleuse, prodigieuse, miraculeuse ... ? La naïveté de l'enfance accepte tout, comme elle accepte l'idée du Père Noël, mais  bientôt la rationalité s'installe avec la maturité, et l'on commence à douter. Et si tout ceci n'était que balivernes pour nous endormir et nous faire rêver ? Où trouver la preuve qu'un enfant nommé Jésus est né à ce moment-là en Judée, si seuls les écrits fondateurs d'une religion l'affirment ? Et encore plus à minuit pile, d'une vierge engrossée par l'Esprit-Saint, ce qui devient très, très dogmatique...

  Vierge-a-l-enfant.jpg Nativité - auteur inconnu

     Et pourtant, cette fête, nous y tenons, et pour plusieurs raisons.

    La première est évidente : c'est que c'est le fond de l'hiver, le moment où les nuits sont les plus longues et les jours les plus gris, et où l'on a besoin de se retrouver et de se réchauffer tous ensemble. Et la seconde en découle en quelque sorte : dans les anciennes religions de l'antiquité, le 25 décembre a toujours été une date phare (c'est le cas de le dire !), pour des raisons astrologiques notamment, parce que c'est à partir de ce moment que les jours cessent de diminuer et que la lumière reprend petit à petit ses droits  ; ainsi, comme le développait récemment Mamadomi sur Caplibre, et comme on peut en voir l'évocation ici, il y eut à cette période en Égypte la célébration de la naissance d'Horus, fils de la déesse Isis, en Perse la naissance du dieu solaire Mithra, puis en Grèce les petites Dionysies (ou Dionysies rurales, organisées en vue de la fertilité des champs) qui avaient lieu fin décembre, et à Rome les Saturnales, grandes fêtes populaires agrémentées de marchés, de festins et de distributions de cadeaux qui s'achevaient le 24 décembre. En fait le christianisme n'a rien inventé, bien au contraire : comme on peut le constater très souvent, il n'a fait que reprendre à son compte les traditions qui l'avaient précédé.

Naissance-d-Horus.jpg La naissance d'Horus

    Mais dans ce cas, à quoi bon critiquer la légende qui y est associée ? Comme tout ce que relatent les évangiles, elle est symbole... Les symboles et les paraboles sont deux des voies royales qui mènent à l'ouverture de notre esprit sur une autre dimension, dimension indispensable à notre équilibre puisqu'elle a toujours été cherchée, à travers religions, philosophies, ascèses, enquêtes, mystères... Comme les mythes qui ont fondé la pensée grecque, comme les légendes qui ont marqué la civilisation nordique, cette histoire de l'enfant béni tombé du ciel est pour nous riche de sens ; elle est même une nourriture bienfaisante pour la partie de nous qui erre en cette vie en quête de compréhension et de lumière.

Petit prince

Le Petit Prince de Saint-Exupéry

 

    Nous ne sommes pas ce que nous croyons être : posés sur cette terre, comme des "Petits Princes" tombés de notre planète, nous ne rencontrons qu'énigmes et surprises, joies parfois mais que nous ne savons comment retenir ni obtenir, souffrances souvent et que nous ne savons ni  éviter, ni supprimer... Et ce, quelle que soit la période à laquelle nous sommes arrivés ici-bas, ou l'endroit sur lequel nous avons échoué ! Si vous y réfléchissez bien, les expériences que nous vivons se résument toujours à des joies, des peines, des manques, des douleurs, des extases... fluctuant au gré d'événements non gérables.

 

   Le sens est ailleurs ; et ce sens, ce sont les mythes, les légendes, les symboles, les paraboles, les contes qui nous l'apportent car il échappe au quotidien, il est situé ailleurs.

 

     Et maintenant, la voici cette promesse qui nous est envoyée :

    - D'un monde matériel totalement stérile, qui ne fait que se renouveler lui-même à l'aveugle, la vie peut germer ;

    - Et dans cette nuit où nous marchons au hasard, perdus et sans repère, soudain une lumière peut surgir ;

    - Si nous la voulons, si nous y croyons, c'est en nous-même que nous la sentirons, cette vie, cette lumière, car elle est au-delà de celle que nous avons connue jusqu'alors, elle est ailleurs, elle est au sommet d'une colline qu'il nous faut gravir !

La montagne Sainte-Victoire-effet nuit(J'espère que vous me pardonnerez d'avoir transformé ce tableau de Cézanne - la Montagne Sainte-Victoire - pour en obtenir un "effet de nuit"...)


    La colline est notre esprit rationnel ; les orientaux enseignent à le dépasser par la méditation : c'est une méthode scientifique. Mais le mythe, le symbole permettent de le dépasser instantanément, par un simple basculement ! On appelle cela la "foi", mais le mot est galvaudé : il ne s'agit pas d'une croyance mais d'un RESSENTI.

     Lorsque vous basculez dans la joie de Noël vous savez que c'est la VÉRITÉ !! Et c'est cela qui vous faite rire aux éclats, rire, rire, rire de bonheur !

 

 

     A titre d'illustration musicale, je vous propose un extrait de la Cantate de Noël d'Arthur Honegger (1892-1955), sa dernière oeuvre et en quelque sorte son testament musical - créée le 12 décembre 1953.

    Vous y percevez d'abord les cris de désespoir de l'humanité souffrante ; puis avec le choeur d'enfants apparaît la promesse du salut... On notera qu'ici il n'est pas question de Jésus mais "d'Emmanuel" ce qui en hébreu signifie "Dieu parmi nous" : originaire de Suisse, Honegger était de confession protestante, et c'est aussi pourquoi les premiers chants de Noël entonnés ensuite sont des chants de Noël allemands ; cependant dans la suite de l'oeuvre on entendra des chants français, puis anglais, pour terminer - à l'opposé du démarrage - dans une apothéose de joie (pour entendre un peu de cette fin merveilleuse, rendez-vous ici).

 

 

 

    Les interprètes sont ici Les choeurs et l'orchestre de la Fondation Gulbenkian sous la direction de Michel Corboz, avec pour soliste le baryton Gilles Cachemaille.

    Voici le texte entendu (à l'exception de celui du baryton que l'on discerne parfaitement) :

Choeur d'adultes :

O viens ! Emmanuel !

En toi vit l'espoir d'Israël.
Nos lourdes fautes

Nous pleurons, entends,

Entends nos voix qui t'implorons.

Choeur d'enfants :

Joie et Paix sur toi Israël !

Voici venir Emmanuel.

Choeur d'adultes :

O viens, parais lumière du jour

qui dois nous apporter ton secours.

Nous errons tous sans but ni fin.

O désigne-nous le clair chemin.

Choeur d'enfants :

Joie et Paix sur toi Israël,

Il est venu Emmanuel.

 

   Bien sûr le texte reste "théorique", mais comme je vous parlais du ressenti, j'ai toujours été émerveillée par la puissance émotionnelle de cette musique. Et c'est cette émotion précisément qui compte : aspirer à une chose que soudain l'on reçoit ; appeler, et obtenir une réponse, une guérison.

 

 

noel_139.gif

   Mais maintenant je vais me taire et vous souhaiter un très joyeux Noël ! En effet je risque de disparaître pour quelque temps... Jusqu'en janvier.

 

noel_104.gif

  Et gros bisous à tous !!

 


Par Valentine - Publié dans : Pensées, réflexions - Communauté : SPIRITUALITE - SAGESSE
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Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 22:49

   Quelques petites images glanées de ci, de là ces jours derniers...

 

Tuya-decore-2.jpg

 

    Dans mon quartier, personne ne décore !! Plus loin d'autres le font pourtant... Et nous sommes loin du centre ville où tout est somptueux. Pour égayer, j'ai placé quelques boules dans le tuya du jardin (que je m'étais appliquée cette année à tailler justement en boule pointue).

cheminee1.jpg

   J'ai aussi rallumé la cheminée ! Quand dehors le temps est sinistre, il faut recréer un espace de chaleur et de lumière.

Demolition2-2dec.jpg

    Mais vous vous souvenez de ce quartier en démolition près de chez moi ?

   ...Et qui m'évoque irrésistiblement ces vers de Victor Hugo, au début de son poème "Mors" :

« [Je vis cette faucheuse : elle était dans son champ ;

    Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant,]

    Noir squelette laissant passer le crépuscule. »

   Magnifique ce vers, vraiment ; et comme ce triste immeuble désossé laisse lui aussi passer le crépuscule ! Or ce cliché, pris par un bel après-midi de début décembre, se voit complété par celui-ci, pris hier matin sous un soleil également radieux :

Demolition-12dec.jpg

    Voilà ! L'immeuble est tombé ! Et la "faucheuse" est cette fois la machine montée sur les gravats... Mais "ce n'est pas triste les vieilles écorces", s'écriait le Petit Prince ! La vie, qui était dans l'immeuble, s'est retirée... Et où est-elle, cette vie ?

Nouveau-quartier-Nation.jpg

   Dans de chouettes petites maisons construites juste à côté et qui me rappellent diablement...

Timimoun84.jpg

   ... Les maisons carrées vues dans le désert !! (Ici à Timimoun lors du voyage effectué en décembre 1984 et relaté ici).

Justement il y arrive quelques femmes au pas balancé enserrées dans de longues robes et coiffées d'épais foulards... J'en ris de gratitude. Elles se retrouvent "chez elles"... en mieux !


Par Valentine - Publié dans : Pensées, réflexions - Communauté : papierlibre
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