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L'âme du poète



"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)        

 

 

Samedi 9 juillet 2005

 

 


 

1 - Anactoria

 

Telle la blanche lune au milieu des étoiles,

Telle tu t'es levée, Sappho, parmi tes sœurs ;

Séléné t'a parée de son lait scintillant,

Apollon t'a comblée de ses dons lumineux ;

Et comme il offre aux jours harmonie et beauté,

Ainsi tu fais surgir de nos nuits la clarté.

 

*

 

2 - Atthis  

                                                                                                                               

 

Elle fuit, la jeune fille, telle un oiseau ;

Ses pas foulent à peine le sol,

Et son vêtement blanc s'ébouriffe autour d'elle

Aux brises matinales,

Comme les plumes de la colombe énamourée...

Mais où court-elle si tôt ?

Comme le tendre oiseau salue l'aurore,

Ainsi s'élance-t-elle vers toi,

Dame de ce logis !

 

*

 

3 - Anactoria

 

Plus douce que le miel

Est la Dame de mes pensées ;

Nymphes, Muses, Charites,

Joignez vos chants aux miens

Pour louer sa beauté !

Car pour la célébrer

C'est bien peu de ma voix :

Il faudrait la Nature

Assemblée en concert !

 

*

 

4 - Atthis 

                                                                          

 

Muses, chantez ici la déesse aux cent bras

Qui modela nos yeux profonds, nos cheveux sombres,

Nos corps jeunes et souples et nos jolis visages,

Et chantez sa tendresse

Qui modela nos cœurs !...

 

Muses, chantez ici la déesse aux cent voix,

Qui nous fit musiciennes et poètes à la fois,

Habiles à la lyre et aux accents rythmés,

Et chantez sa douceur

Qui nous fit harmonieuses...

 

Muses, chantez ici la blonde Aphrodita,

Qui nous a réunies en un amour unique,

Celui de la splendeur d'une vie foisonnante,

Et chantez son élue,

Psappha l'inégalée ! ...

 

Samedi 2 juillet 2005

 

(Le Parthénon au soleil levant)

    O Reine de clarté qui trônes dans ton temple,

    Vers Toi, seule aujourd'hui, j'ose lever les yeux ;

    Daigne accueillir mes pas au séjour glorieux

    Que, le front ébloui, humblement je contemple.

 

    J'ai laissé à mes pieds la ville ensommeillée,

    Et voici le portail immense devant moi :

    Que ton auguste main soutienne mon émoi

    Et me guide jusqu'à ta voûte ensoleillée.

 

    L'énorme colonnade a jailli vers les nues,

    Toute sonnante encor des hymnes du passé,

    Et l'astre qui scintille entre les fûts dressés

    Illumine mon cœur jusqu'à mon âme nue...

 

    Ainsi, voici ton temple éclatant de lumière,

    Et puis, voici mon âme offerte à ta beauté !

    J'ai gravi ta colline et son éternité

    Afin de Te connaître en ta splendeur première...

 

Mardi 31 mai 2005

Vole, vaisseau d'acier au vent vigoureux du large

Que tu effleures de tes trompes enfumées !

Va ! Les mouettes blanches te font cortège,

La mer étale à tes flancs ses mousses d'écume,

Et tu vogues vaillamment vers l'étincellement

Du soleil levant.

 

 *

 

Le bleu intense

Et les abîmes mouvants de la mer...

Le bleu pâli

Et les scintillements lointains du ciel...

Le vent léger

Et les espaces soyeux de l'air...

 

Çà et là,

Des îles brunes s'élèvent

Sur le miroir d'argent,

Langues de terre montagneuses et coniques

Issues du brouillard d'or.

 

Mardi 31 mai 2005

Apollôn, île de Naxos : la grève par grosse mer


Cette nuit la mer a grondé sans relâche,

Roulé et brassé ses galets comme une lionne sa proie ;

Par bonds féroces elle a cent fois heurté la côte,

Pour s'épanouir en gerbes d'écume salée,

Toujours plus haut, toujours plus loin.

Le vent soufflait et les barques dansaient,

Fermement amarrées à la digue ;

Cependant nous dormions,

Bercés par la clameur profonde

Du ressac mugissant,

A l'abri des arbustes

Sous un talus de pierres...

 

Ce matin elle gronde et explose encore,

Et les galets scintillent

Sous ses griffes luisantes.

Lorsque je suis allée vers elle,

Elle m'a tirée si violemment,

Puis rejetée d'un flot brutal,

Qu'on eût dit un cheval rétif

Désarçonnant son cavalier.

Roulée à terre, battue des vagues,

Je dus m'écarter promptement...

Mais qu'importait ! J'entrai ailleurs

Et, calculant l'assaut des vagues,

Je plongeai tout à coup et traversai la barre.

                                              

Je ressurgis enfin au sein d'une eau troublée,

Mouvante et animée,

Pressante, comme vivante...

Progressant vigoureusement,

Je me sentis portée comme un bouchon léger,

Ballottée, haut et bas, par les houles énormes,

Enserrée par l'écume,

Inondée de fraîches coulées ;
Et soudain je parvins dans des flots plus tranquilles,

Plus profonds et plus bleus,

Où je pus m'arrêter...

 

O cœur immense de la terre !

Je m'étais redressée au centre de la baie,

Et là je respirais,

Paisible entre les bras de l'eau,

Dans un décor sublime :

Autour de moi

Un gigantesque cirque de montagnes

Étincelait dans le soleil levant...


 

 


Apollôn, île de Naxos : même grève en sens opposé

 

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NB : Vous pouvez consulter les archives de ce blog, créé en mai 2005, en cliquant en haut à gauche de cette page sur "Poésie éternelle".

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