Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)

J’ai un tic
J’ai un T.O.C.
C’est classique
Je débloque
Tout à trac
Je fais couic
Ma joue craque
En oblique

Oh ! oh ! Le bel oiseau ! s’exclament les passants.
Pardon, je fais la moue, elle m’échappe encore…
Ma bouche se dévisse et dérape en glissant,
Faisant bouger mon nez et dilater mes pores.
Que faire
De sa bouche,
Quand elle ne parle pas,
Quand elle ne mange pas,
Quand elle ne fume pas,
Quand elle ne bâille pas,
Quand elle ne sourit pas ?
C’est terrible
Elle n’arrête pas
De gigoter
De se faire
Remarquer
Elle fait couic
Elle fait pouac
Elle fait blic
Elle fait plouc
Enfin
Le singe quoi

J'ai donc tenté, par ce texte de relire la Bible à ma manière, et je le confesse, je demeure persuadée que le monde ne saurait être différent de ce qu'il est. Car mon intelligence étroite ne sait concevoir un monde exempt de la dualité, par laquelle il est fatal que tout bien engendre un mal - de même que tout mal engendre un bien. S'il n'y avait le malheur, nous ne connaîtrions pas le bonheur, et s'il n'y avait la cruauté, nous ne connaîtrions pas la compassion... Ainsi donc, pourquoi nous détourner de ce qui pour nous est surtout une grande et belle école ? Ecole d'amour, car, comme l'amour a lancé nos ancêtres dans ce guêpier, de même, l'amour est le seul viatique nous permettant d'en retirer le meilleur : en effet lui seul - le vrai, le grand, l'amour désintéressé - permet d'échapper à la dualité en acceptant tout ce qui est.
Adam était à Eve,
Eve était à Adam,
L’un à l’envers de l’autre
Et l’autre à l'endroit de l’un.
Dans le jardin sans fin où ils s’étaient trouvés,
Un peu seuls
Parmi les ailes froissées de quelques anges clairs
Et le gazouillis des oiseaux.
Etait leur seule aventure journalière,
Et puis se regarder aussi,
Se détailler :
Etaient-ils beaux !
Parmi ce foisonnement de merveilles,
Parmi la féerie d’un monde à peine né,
D’un monde vierge,
D’un monde encore tout chaud sorti
Du giron du Grand Dieu.
Lovés dans des replis de terre
Parmi renards, furets ou bien lézards,
Et chaque nuit ils contemplaient avec ferveur
L’immensité du ciel tout parsemé d’étoiles,
Le firmament clouté
Tel un parterre d’or.
Et fallait s’aimer ?
Fallait-il débuter l’histoire inexorable ?
Ils auraient pu rester inertes et transparents
Ainsi que des poupées-chiffon
Dans le décor mouvant
Du jardin chatoyant,
Sans manger ni sans boire...
Mais n’étaient-ils pas là pour expérimenter ?
Adam, premier danseur,
Prit Eve dans ses bras comme l’on porte un cygne
Et la porta si haut
Qu’elle atteignit les arbres.
Se lever et danser, c’était leur vocation ;
S’élever et mourir, c’était leur destinée…
Fatalité première :
Gravité, pesanteur
Venaient de se créer…
Et il y eut l’espace,
Et la Terre tourna,
Et le monde naquit
Dans toute sa splendeur
Et toute son horreur.
Il y eut l’extérieur,
Il y eut l’intérieur ;
La pomme fut mangée,
Et il y eut la mort
Et il y eut la vie,
Le début et la fin,
Le bien-être et la faim…
Sans tout l’amour du monde ?
L’absence engendra la présence,
Et ce cercle infini
On l’appela serpent.
Mais la sphère parfaite,
La bulle des délices,
C’était d'abord la pomme
Qu’ont choisie nos parents,
Pour que naissent les hommes
Et que rient leurs enfants.

La vie est belle,
Quand on est chien !
Dans ma nacelle,
Je suis trop bien.

(Cliquez sur l'image)
Un poisson rouge
Dans un bocal
Lorsque tout bouge
C'est très bancal
Un poisson-scie
Dans un goulot
Ça fait vessie
Ça fait ballot

Un poisson-chat
Dans ma bouteille
Moi ch'aime pas
Ça tue la treille
Mais deux poissons
Qui font des bulles
C'est polisson :
Qu'on cille, y a bulle !!


(Cliquez sur les images)

à l'époque même où est né ce poème
De moire,
Quéquette
D’ivoire,
Toilette
Très noire,
Paul guette
L’armoire,
Projette
Languette
Sur poire,
S’apprête,
Baguette,
Et foire.
C'est très vivant, c'est tordant... Seule chose étrange : toutes les rimes sont féminines. Est-ce voulu, est-ce un hasard de l'inspiration ? Je penche plutôt pour la seconde solution.

Arthur Rimbaud, par Fantin-Latour
Alors, puisque d'aucuns s'attellent aux exercices "à contrainte", je me suis amusée à pasticher Rimbaud ; en choisissant bien sûr des rimes "faciles", mais qui cette fois alternent.
Et voici mon oeuvre... (ornée il est vrai d'un titre moins comique et plus allusif !)
Ecrit,
Mûrit,
Se tance.
Immense
Dépit :
C’est pis
Que rance.
Un cri !
L'esprit
S'élance ;
Tu ris,
Relis,
Et danses...

L'écrivain.








