Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)
Du Pérou, nous pensons toujours à Ingrid)
Au seuil tout s'est éteint
O la paix des mirages
Et ce fut l'infini dans un poisson-sirène
Ce fut la conque rose à l'oreille ravie
A perte de regard le silence épandu
Un amour sans égal au fond du cœur brisé
La Paix nous a saisis
Comme des malfaiteurs
Et tout s'est arrêté nos regards suspendus
Nos cheveux envolés notre sourire ému
O miracle soudain qui fais le jour nouveau
O l'amour sans égal au fond du cœur brisé
L'oubli a inondé
Le lit de notre cœur
C'est un fleuve éclatant maintenant que notre âme
Et l'amour sans égal nous élève sans fin
Éveillant des parfums des sons et des couleurs
Inépuisablement de notre cœur brisé
Plumes irisées
Vagues qui refluent vers une rive ouverte
La fleur éclate et crie au vent sa vie
Son œuvre et son vouloir
C'est le bleu du désir parfait
Calice d'idéal
C'est une question que je me suis posée il y a quelque temps et qui a motivé ce poème, que j'avais publié au début de ce blog mais qui n'avait pas été lu.

Au jeu des balançoires
Il a perdu son âme…
Ou n’est-ce pas auparavant,
Tandis qu’enfouie au fond de lui
Il la tenait captive,
Muette et oubliée,
Qu’il en était privé ?
Et voici qu’à force de rire
A gorge déployée
Sur un morceau de bois agité dans les airs,
Atterrissant et décollant sans cesse
En un piqué-levé,
En une chute-élévation,
Allant, venant,
Poussé, chassé,
Il ne fut plus qu’un ample mouvement,
Que vitesse envolée,
Que va-et-vient charmé,
Qu’emportement ravi…
Et soudain,
Son âme s’échappa comme l’eau s’évapore
Et s’immobilisa à le regarder vivre,
Ailes déployées,
Superbe comme un lys
Dressé dans le soleil couchant…
Défaillant, à sa corde agrippé,
Il vit le soir doré
Superbement s’épandre,
Et il sentit les arbres exhaler leur odeur,
Tandis que peu à peu
Leurs effluves le pénétraient…
Et le rayonnement secret du soir,
Comme une nourriture exquise
Entra dans sa respiration,
Y demeura comme en suspens,
S’y déploya…
En un instant,
Il se sentit égal au paysage,
Rire égrené sur fraîcheur répandue,
Et chute suspendue ;
Alors son corps fut si sensible
Qu’il le posa sur le gazon.
"Il n'y a pas de méditation plus profonde et plus fructueuse que celle sur "le Coeur du Grand Silence". Vous devez vous y exercer le plus souvent possible."
Je me décidai donc, entreprenante comme je l'étais à cette époque, à méditer sur "le Coeur du Grand Silence" et à en faire un poème.
Aujourd'hui encore je pense que je n'aurais pu faire mieux, et que cette méditation est proche de celle qu'aimait "Mère" (ou Mirra Alfassa, la collaboratrice de Sri Aurobindo), si l'on en croit son disciple Satprem : "Om namo Baghavate". Même si le sens littéral évoque plutôt "Je m'incline devant toi, Très Saint...", sur le plan de la résonance intérieure on retrouve un atmosphère similaire, cette adoration d'un point aussi élevé qu'indéfini.
Je dédiai ce poème à mon père, qui venait d'être hospitalisé pour de graves problèmes cardiaques, dans l'espoir qu'il ait sur lui une vertu curative.
Aujourd'hui il me semble avoir toute sa place au coeur de la nuit profonde de l'hiver.
O Source Pure dans le Grand Silence
O Cœur si blanc replié sur toi-même
O Cœur si blanc aux ailes de Colombe
O Source fraîche au délicieux murmure
Qui t’écoules sans trêve au sein du Grand Silence
O douce et neuve et régulière Source
Au Cœur du Grand Silence
Jaillie du Cœur si blanc aux ailes de Colombe
Recueillies en attente à demi repliées
Au Cœur du Grand Silence
O Lumière immobile
O douces ailes d’ange à demi déployées
O Cœur du Grand Silence

En illustration, une toile de Valérie Vickland, "la Montagne Magique"
aux éditions "le Chant des Toiles" (cartes postales)
(Martine Maillard - Tous droits réservés)
J'avais tissé autour de lui toute une philosophie - que j'ai abondamment "psychanalysée" par la suite. Mais bon, n'approchais-je pas en cela de toute une mystique allemande dont j'étais nourrie, et dont Richard Wagner, dans "Tristan et Isolde", se fait particulièrement l'écho ?
Ce jour-là, nous visitions le château de Fougères, en Bretagne.

Un très vieux château fort qui m’était sympathique
Il était haut perché on marchait à l’étroit
On longeait des ravins d’une hauteur tragique
Les soleil était chaud le ciel était serein
Le paysage au loin était bleu et tranquille
J’aimais le fier donjon pour son air souverain
Des églises sans nombre émergeaient de la ville
Le guide m’ennuyait il faisait l’important
J’eus voulu être libre et je suivais derrière
Nous n’avions rien pu voir de très intéressant
Au sommet du donjon j’arrivai la dernière
La vue était si belle et si grand le soleil
J’étais tout près du ciel qui me lançait des flammes
J’étais tout au sommet du fort de son orgueil
Mes cheveux rayonnaient la clarté de mon âme
Je me suis avancée et j’ai sauté au ciel
J’ai bondi en avant au-dessus de la terre
J’ai crié OLIVIER et ce fut éternel
Je volais je tombais tombais dans la lumière
Je tombai très longtemps c’était délicieux
Je volais dans les airs j’étais une colombe
Mon être était léger il aspirait aux cieux
Je m’abattais au sol comme un oiseau qui tombe
Ce fut un choc brutal et puis la nuit soudain
----------------------------------------------------------
J’étais là au milieu des ténèbres profondes
J’étais toute légère et j’en cherchais la fin
Tout était silencieux désert étrange monde
Et tout à coup je vis les étoiles au ciel
Elle venaient à moi elles m’éblouissaient
Et la nuit s’embrasa d’un feu surnaturel
Tout le ciel s’enflamma les étoiles passaient
Ce fut épouvantable et ce fut délicieux
Ce fut un tourbillon de chaleur de lumière
Ce fut un grand frisson qui agita les cieux
Une flamme brûlante et un bruit de tonnerre
Quand je rouvris les yeux que cela fut passé
Tout était devenu une lumière immense
Le monde de la nuit avait été chassé
L’univers était plein d’une chaude présence
Tout mon être goûtait une étrange douceur
Je m’abandonnais à une ivresse légère
Comme si j’avais là touché au vrai bonheur
Que depuis si longtemps je cherchais sur la terre
Je flottais je nageais dans une mer de feu
Des vagues de tendresse étouffaient ma poitrine
Mon esprit oublia que j’étais peu si peu
Et de ces voluptés je cherchai l’origine
Le Tout qui m’avait prise était donc un grand roi
Puisque malgré ce rapt il me rendait heureuse
Il devait habiter depuis longtemps en moi
Car j’aspirais à lui j’en étais amoureuse
Je creusai mon esprit plus avant pour savoir
Qui possédait mon cœur autrefois sur la terre
Et le mot éternel jaillit d’un grand trou noir
OLIVIER Olivier Olivier ma lumière
C’est pourquoi mes désirs s’étaient soudain calmés
C’est pourquoi j’éprouvais ici un tel bien-être
De douces voluptés m’endormaient à jamais
J’étais retournée au sein du soleil mon maître

Blason d'Olivier, inscrit dans le "O" qui le représente.







