Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)

Dans Toulouse-la-Rose
L'Amour se niche au creux des fosses
Dans les sous-sols des bars de nuit
Sur les bords du canal et tout au long des rues
L'Amour chemine et s'effiloche
L'Amour s'empoigne et s'égratigne
L'Amour se crie et se délie
L'Amour s'enivre et s'empoisonne
Dans Toulouse-Rêveuse
Sur les balcons ornés de vigne vierge
Par les hauteurs de Jolimont
Deux hirondelles ont niché cette nuit
Bien loin bien loin des voix malsaines
Là-haut près des étoiles
Dans l'envolée du ciel rose et bleuté
Elles ont vu la cité endormie
Et le bourdon continu des voitures
Les a bercées ainsi qu'un cœur
Battant sous un corsage
Elles ont rêvé du soleil de midi
Des matins enchanteurs
Leurs ailes doucement repliées sous leurs têtes
Puis elles sont reparties
Dans un pépiement de joie
Comme une seule flèche

Au cœur d’oiseau
Aux cheveux brûlés de soleil
Qui fuis comme l’éclair chaud à travers les feuillages
Prends garde à mes bonds souples de chat sauvage
Car je te piège interminablement
Quand je te tiens captive au filet du regard
Craintive tu te détournes
Et te métamorphoses en forteresse d’épines
Grand Sphinx aux yeux aveugles et remuant ses ailes
Mais je t’attends
Tapie au pied d’une arbre
J’épie l’écroulement de tes mirages sans corps
Aussi patiente que la racine de l’arbre
J’attends que tu m’oublies
Et que tu redeviennes
Ce flexible roseau mollement agité par la brise
Dont je tirerai la plus belle musique
Qu’ait pu rêver mon âme
Extrait de la fresque de Michel-Ange : la Création d'AdamQue nos mains aveugles se toucheraient
Dans le vide du temps
Je savais
Que l’étincelle ferait surgir des mondes
De nos deux abîmes
Je savais
Ma pâleur et ma chute
Et ton envol de feu
Je savais qu’en tes doigts je deviendrais poussière
Je savais
Ton mystère d’été
Et le temps qui me change en feuille de risée
Et l’odeur de ta vie qui colore mon sang
Et l’épaisseur du jour qui te crée ou t’efface
Mais le dieu s’est glacé
Et je sais ton sourire
Il m’a tuée
Je sais aussi
Que sous mes pas
Naissent les fleurs que tu désires
L’ombre de ton regard
C’est moi-même immobile à ta source
Et tes gestes dorés
Sont mon reflet dans le miroir
Un vol suffit
Je le savais
Mais les étoiles nous entraînent…
© Les éditions Saint-Germain-des-Prés, 1974

Une illustration musicale, et une petite devinette : c'est quoi ?
(enregistrement privé - moi-même au piano)
Sirène, par René LaliqueJ'éveillerai de toi mille étoiles d'argile,
Ma nymphe aux yeux d'océan,
Ma nymphe aux yeux de plein ciel...
Tu naîtras de la mer des nuages,
Au lever du soleil rouge et or,
Par-delà les nuées d'harmonies,
Par-delà le miroir glauque de mes regards ;
Et je verrai la féerie
Danser dans tes cheveux mêlés
Et dans tes yeux étranges...
Et tu t'élèveras, mon étoile-émeraude...
Tu seras le soupir des glissantes épaves,
Comme les algues vertes
Que la mer abandonne,
Expirante, exténuée d'amour...
Et tu me souriras, telle un reflet dans l'eau,
Telle une fée des ondes,
Telle la mort au fond de l'océan ;
Et je mourrai de t'avoir embrassée,
Ma sirène au chant constellé...
Sheena Robinson, Ghost Cranes (voir ici le site)Nous voguions entre les constellations
T’en souvient-il
Le feu te consumait
Et de mes mains purifiées
J’effaçais une à une tes brûlures
La cendre à mon souffle s’envolait
Un jour je suis née
Nous existions déjà depuis longtemps
Ed. St-Germain-des-Prés, coll. Miroir Oblique







