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L'âme du poète



"Eurydicen !" toto referebant flumine ripae.

"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.

VIRGILE, Géorgiques

(Mort d'Orphée)

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L'Esprit souffle où Il veut ; et tu entends sa voix, 

Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.

Jean  III, 8    

 

   


(Iegor Reznikoff à l'abbaye du Thoronet)        

 

 

Mercredi 28 mars 2007
    Note : ce poème, écrit sous l'effet puissant de la représentation du "Parsifal" de Richard Wagner à Bayreuth en 1970, tire son titre d'un rapprochement entre la nationalité anglaise de l'interprète féminine de Kundry - Gwyneth Jones - et de son rôle qui est celui d'une "folle"- folle parce qu'elle est ensorcelée et lutte contre la force qui la domine dans des hurlements qui prennent au tripes -, mais aussi assez proche du thème "ophélien", car à la fin, déliée de sa faute par le courage de Parsifal, elle sombre dans une mort bienheureuse qui évoque, avec le fond laiteux du décor, une sorte de dérive berçante.

Gwyneth Jones à Bayreuth en 1970

Le Jour finit
Ma Nuit s’enfuit
Ah fuir là-bas
Oh fuir
Loin des monstres sordides

Que l’aveugle clarté se déchaîne
Et que je croule
En vagué éclaboussée
De pierres silencieuses

O ma noire divinité glacée
Où es-tu mon Sourire

Je t’aime
Blanche colombe
Des soupirs effacés
Toi que mon ange ténébreux
A baptisée sans bruit
Entre mes cieux changeants

Rivière immaculée
Gerbe enflammée

Tu es ma griserie
Vertigineuse
Mon averse
D’ambre
Et d’or

par Martine Maillard publié dans : Poèmes de détresse
Samedi 3 février 2007
Psyché au jardin d'Eros, par Howard David Johnson



Où sont les roses mortes
Qui s’endormaient hier
On les a par la porte
Envoyées à la mer

Où est le cheval gris
Qui sautait la barrière
Il a fui dans la nuit
Vers une autre lumière

Où est la neige d’or
Qui scintillait aux brises
Elle a trouvé la mort
Parmi les aubes grises

Je cours ainsi qu’une étincelle
Vers un point qui m’est inconnu
Et ma trop blanche tourterelle
Agonise sous le ciel nu

Psyché passe avec sa bougie
Mais il fait nuit et elle a froid
Elle frissonne et la magie
La précipite avec sa croix

Qu’elle est lourde à porter la peine
Je crie vers mon Libérateur
Mais son âme est encore pleine
De mépris pour mon pauvre cœur

Je pleure des fleuves de flamme
Je donne des ruisseaux de sang
Ainsi se dépouille mon âme
En tremblant et en gémissant

Quand viendra donc la fin de ces tourments
Quand reverrai-je enfin mon ciel de fête
Quand viendra-t-Il si puissant si charmant
De son laurier recouronner ma tête

Je perds espoir au fond de mon abîme
Et mes appels me semblent par trop vains
Mes yeux levés fouillent parmi les cimes
Pour retrouver Celui dont ils ont faim

Tombe le ciel tombe la nuit
Tombent les cimes les montagnes
Tombe l’obstacle que je fuis
Et tous les arbres des campagnes

Meure mon rêve inoubliable
Meure ma mort de chaque jour
Meure ma peine inépuisable
Meurent mon cœur et mon amour

J’erre sans force et sans courage
Comme un vieux chien abandonné
Tout est gris sombre sous l’orage
Je n’ai plus rien j’ai tout donné


Poème de jeunesse
par Martine Maillard publié dans : Poèmes de détresse
Mercredi 29 mars 2006
    Puisque je suis dans mes anciens poèmes, en voici un de ma période "symboliste".
    Après l'étude poussée de l'alexandrin et la lecture abondante de Racine, Hugo, Musset ou Edmond Rostand, qui m'avaient rendue si experte en l'art des rythmes et des rimes que j'en écrivais des pages et des pages sans effort, je participai à un concours de poésie où je ne fus pas retenue, et où le vainqueur écrivait "moderne"! Cela me fit réfléchir, et je commençai à m'intéresser au vers libre.
    Cependant l'inspiration est ici plutôt Verlainienne : il y a même un vers qui rappelle Maeterlinck dans Pelléas et Mélisande... (Tiens ! Quel est ce vers ? Voir commentaires).

    J'ai écrit ce poème tout d'un trait, presque sans réfléchir, en 68 ou 69, et il est publié avec mon premier (et seul) recueil édité, dans la partie préliminaire intitulée "Pour Survivre". En effet, à l'adolescence j'étais très, très triste...
 


Pleurez oiseaux bleus du printemps
Pleurez oiseaux verts de l’automne
La pluie triste et douce chantonne
En larmes chaudes sur l’étang

Calmes soirées sous les averses
Bleuités troubles du ciel gris
Où tremblent des rayons épris
De feuilles vertes qu’ils transpercent

Larmes de vent larmes du cœur
Larmes d’espace où l’or ruisselle
Larmes aux sourdes étincelles
De désespoir et de douleur

O douce voix qui t’es brisée
Dans le sous-bois un soir d’hiver
Quand l’oiseau mort sous le couvert
Perdait ses plumes irisées

O blanches gouttes sur ton front
Qui était ceint de la couronne
Et de ta gloire qui rayonne
Et de te cheveux plus que blonds

O larmes bleues sur tes joues pâles
O spectre du passé qui meurt
O nuits mortelles de terreur
Qui déchirent nos blancs pétales

A présent c’est la pluie qui vient
La pluie qui règne enveloppante
Qui nous transit et nous enchante
Et nous endort et nous retient

Elle est fraîche comme un sourire
Elle est froide comme la mort
Elle résiste à notre effort
Et nous soumet à son empire

Nous ne sommes plus que du froid
Où dégouline un peu de lierre
Nous sommes pareils à la pierre
Qui reçoit la pluie sans émoi

Ce sont larmes si tristes douces
Larmes vertes et bleues sans fin
Que l’on croirait voir le matin
Se fondre au soir parmi les mousses

Ce sont pleurs si mystérieux
Coulant sur les fleurs en silence
Que l’on dirait que le ciel pense
Au-delà des arcs radieux

Et quand l’averse recommence
Un chagrin si bouleversant
Que la rosée en se berçant
Glisse à terre en pleurs d’impuissance

Une tendresse se répand
Une épouvantable tristesse
- Alors un navire en détresse
S’enfonce dans les flots mouvants

Sombre se noie perd sa couleur
S’efface et se confond aux ondes
Disparaît dans les marées blondes
Et n’est plus qu’obscure douleur


Extrait de "Pour Survivre"
in "Le Rossignol d'Argent"
© les éditions Saint-Germain-des-Prés, 1974
par Martine Maillard publié dans : Poèmes de détresse
Vendredi 17 mars 2006

Galaxies en formation


Les morts hallucinés sont des statues de glace
Ils marchent transparents sur l'eau des souvenirs
En tournoyant au gré des astres scintillants

Puisque la fleur est morte elle glisse avec eux
Immobile figée en joyau translucide
Les pétales givrés elle dort constellée

Tu cherches en vain au sol trace de leur passage
Ils se sont évanouis au soleil de l'aurore
Il ne te reste plus que l'obscure souffrance
Et l'angoisse inconnue qui te serre à la gorge

Oppressante et tenace





Pour accompagner ce texte, écoutez les extraits du dernier disque de Logos, Tao.



par Martine Maillard publié dans : Poèmes de détresse
Vendredi 3 mars 2006
Etoile morte
(image tirée du site ci-après)

Vivante elle avait pris la couleur des astres ensommeillés
Et le jour qui virait
Lui dessinait des parures plus riches
Que les cristaux de l'espace interstellaire

Quand chantera le crépuscule
Tu la verras tournoyer
Vague libellule des étés maudits
Tu la verras danser dans la lumière incertaine
Comme un joyau de verre brisé
Etincelle jaillie et perdue dans les temps infinis

Tu la reconnaîtras sans peine
A sa couleur flétrie
A ses cheveux brûlés
A ses bras envolés
A son étoile morte

Et tu la pleureras
Misérablement
Désespérément
Comme on pleure un beau rêve
Lorsqu'on s'éveille tout meurtri de révolte
Abandonné


par Martine Maillard publié dans : Poèmes de détresse
 

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NB : Vous pouvez consulter les archives de ce blog, créé en mai 2005, en cliquant en haut à gauche de cette page sur "Poésie éternelle".

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