Inspiration
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Saint-Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
"Eurydice !" répercutaient les rives à travers tout le fleuve.
VIRGILE, Géorgiques
(Mort d'Orphée)
Mais tu ne sais d'où Il vient, ni où Il va.
Saint-Jean III, 8
(Iegor Reznikoff à l'abbaye du
Thoronet)
Qui a fréquenté l'Anse Cochat, sur la commune de Plouha (Côtes d'Armor), sait que c'est une plage gagnée au tourisme grâce à un tunnel percé dans la falaise, et autrement quasi inacccessible.
(Photo CRDP de Reims)
Cette plage, rebaptisée "Bonaparte" en raison des activités de résistance dont elle fut le théâtre (c'était son nom de code), présente à son entrée une plaque commémorative du Réseau "Shelburn", et est surplombée d'une stèle détaillant les noms des différents réseaux s'étant impliqués avec Shelburn dans l'évasion d'aviateurs anglais et américains depuis Plouha.
Un cinéaste, Rolland Savidan, a conçu à partir d'interviews, de pélerinages sur les lieux, et de films d'archives, un magnifique documentaire qui retrace, images à l'appui, toutes les activités du Réseau, dirigé par un canadien et organisé sur la commune de Plouha par des habitants remarquablement efficaces et d'une discrétion extraordinaire.
On en trouve la présentation ici sur Youtube :
Mais voici, emprunté à l'association "Forcedlanding" la description des activités de ce réseau :
« Provenant de différents lieux de France, les aviateurs alliés étaient pris en charge par les membres du réseau SHELBURN. Bien souvent, on venait les chercher en train dans les campagnes pour les regrouper secrètement à Paris.
A Paris, les "logeurs" se chargeaient de prendre les "colis" aux gares, d'encadrer ces aviateurs, de les réunir si possible, de les loger et de les nourrir. Bien souvent, un même aviateur était relogé successivement chez différentes personnes afin de dissiper les soupçons des voisins et surtout de la Gestapo. A noter que ces aviateurs étaient durement interrogés pour éviter l'infiltration d'agents ennemis. Parfois, les transports intra-muros se faisaient en métro où le risque était grand car la Gestapo y avait des agents en civil pour débusquer les comportements suspects. Le chef de la branche parisienne était un dénommé Paul Campinchi.
Après quelques jours d'hébergement à Paris, les "logeurs" redéposaient leurs colis à la Gare Montparnasse pour être transportés par un convoyeur jusqu'aux gares de Saint-Brieuc, de Châtelaudren ou de Guingamp, en Bretagne. Les aviateurs étaient alors munis de faux papiers avec des noms bretons. En cas de contrôles par les autorités allemandes (ou françaises), le convoyeurs faisait passer ses aviateurs pour des sourds et muets. L'ensemble des aviateurs étaient ensuite logés provisoirement chez des résistants locaux (des "hébergeurs").
Lorsqu'une nuit sans lune s'annonçait et qu'un voyage était confirmé par radio (avec le message "Bonjour à tous dans la Maison d'Alphonse"), les membres du réseau Shelburn préparaient l'opération d'évasion en réunissant l'ensemble des aviateurs dans la maison de Mr J. Gicquel dite "la Maison d'Alphonse", demeurant à deux kilomètres de l'Anse de Cochat, plage choisie pour les opérations d'évacuation. Cette plage fut appelée "Plage Bonaparte" par les résistants. La première évasion par la Plage Bonaparte se fit le 28 Janvier 1944 avec 18 aviateurs regagnant l'Angleterre le même jour.
Conduits de nuit par les Plouhatins qui connaissaient bien les falaises, les aviateurs
étaient amenés sur la plage à marée basse en passant au travers de la lande et d'un champ de mines, puis marchaient dans l'eau jusqu'à la taille et attendaient (parfois longtemps) deux ou trois
barques (sans moteur) qui les transportaient ensuite à trois kilomètres du rivage où une vedette armée de la Royal Navy (la MGB 503), les attendait. Tout cela, sous le nez des Allemands qui
avaient un Blockhaus sur les hauteurs des falaises de l'Anse de Cochat... »
(suite ici)
L'une de ces vedettes, surnommées "autobus de la mer" à cause de leur fréquence et de leur fiabilité, était pilotée par le père de Jane Birkin, David Birkin (voir ici), qui nous a laissé un film tourné en 1944.
(Photo Forcedlanding)
Ce qui est pariculièrement étonnant, c'est que ce réseau d'évasion réussit à embarquer 135 aviateurs vers une vedette ancrée au large de la Pointe de la Tour, au voisinage du Toureau (ou "Taureau"), sans jamais attirer l'attention des nazis installés sur celle-ci.
L'explication en est que les militaires en faction dans les blockhaus de la pointe n'étaient pas habitués à la mer, et
donc n'imaginaient pas que le vol de mouettes soulevé par la vedette amarrée tous feux éteints à quelques kilomètres seulement avait quelque rapport avec la présence d'un bateau.
Vous pouvez vous procurer ce magnifique documentaire ici, à la cinémathèque de Bretagne, pour 20 € - ou peut-être un peu moins ailleurs, mais l'approvisionnement par les gros commerces (Fnac et Amazon) n'est pas garanti.
Pour répondre à ma question d'hier (sur laquelle vous avez été généralement peu loquaces !), cette ravissante photo a été prise à PORT-MOGUER, une plage particulièrement belle et préservée des environs de Plouha, dans les Côtes d'Armor : à marée haute le littoral dessine un bassin séduisant dans lequel il fait bon nager et même plonger. Mais évidemment il vaut mieux pour cela être suffisamment développé au plan musculaire et avoir une bonne expérience de la natation (allusion aux excentricités incroyables sans cesse tentées par l'aîné de mes petits-fils qui, malgré nos cris, était immédiatement suivi de son cadet).
Le bassin de
Port-Moguer à marée haute.
Et voici le même lieu photographié par moi-même sous un autre angle à partir de l'ancienne digue du port à marée moins haute (avec une vue vers le petit port pittoresque de la presqu'île de Gwin Segal, au fond) :
Vous remarquez qu'en Côtes d'Armor (et notamment en baie de Saint-Brieuc) il fait toujours chaud et doux, avec
des marées des plus agréables et un paysage prestigieux... les galets que vous voyez au niveau du port sont compensés sur le côté droit par une chaussée de béton (visible à l'image de l'article
précédent) qui mène à une magnifique plage de sable fin, ferme pour les châteaux à construire.
Enfin voici un plan vous permettant de situer ce petit paradis :
Pour terminer, je vous invite à relire le poème que j'ai écrit sur Port-Moguer il y a cinq ans, déjà : eh oui ! Ce blog a plus de cinq ans ! C'est ici.
Vous pouvez également trouver une autre allusion là... J'ai déjà tant parlé de cette région, et particulièrement de ce lieu sur ce blog ! Mais il y a toujours à en dire, et je n'ai pas dit mon dernier mot.
La
Pointe de Plouha, vue du sentier de corniche en arrivant de Bégastel.
Derrière elle se trouve la plage du Palus, avec la Pointe du Bec de Vir, puis l'anse de Tréveneuc.
Vos impressions